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A la une / Témoignage

Quand une grossesse miracle ne se poursuit pas…

C’était un matin très tôt, le lendemain de la fête des mères. Chéri venait de partir travailler et moi, pour la première fois depuis deux ans et demi, j’hésitais.

J’hésitais, parce que des tests de grossesse, en deux ans et demi, j’en avais tellement fait que j’avais dû enrichir les pharmacies de la région de façon fulgurante. Sauf que ce jour-là, c’était différent.

Je n’avais aucun signe de débarquement des ragnagnas, et j’avais un retard, ce qui était vraiment très rare chez moi. Et quelque part, je le sentais. J’ai donc fait le test. Et quelques secondes plus tard, le résultat s’est affiché : enceinte 1-2. J’ai pleuré, évidemment.

Moi qui m’étais toujours imaginée faire une surprise au futur papa, lui emballer des petits chaussons, lui écrire une lettre, ou que sais-je encore… Je lui ai téléphoné en pleurant si fort que plus tard, il m’a avoué qu’il a de suite pensé que notre chat était mort.

Lui aussi a pleuré.

C’était tellement improbable, tellement irréel. En deux années, nous étions passés du « Il sera difficile que vous ayez un enfant biologique », à « la FIV ICSI »( une fécondation in vitro encore plus spécifique), au « On va tenter une première insémination d’abord », pour finir par une grossesse surprise et naturelle.

Chéri lui, s’est vite fait à l’idée. Pour lui, si cela avait fonctionné, ça ne pouvait qu’aller jusqu’au bout. Car il avait déjà fallu beaucoup de ténacité à son spermatozoïde et à mon ovule pour arriver à entrer en communion selon lui, donc ils ne pouvaient qu’être des gagnants. Pour ma part, j’étais plus septique.

Le jour même où j’ai appris que j’étais enceinte, je me souviens avoir écrit ces mots dans un document sur mon ordinateur : S’il te plait, tiens le coup, nous t’attendons depuis si longtemps…

Nous en avons parlé aux plus proches : nos meilleurs amis et nos parents, pour ma part tout en restant très prudente. J’avais toujours dit que j’attendrais trois mois. Mais c’était si déroutant, si inattendu, et en même temps si désiré, que nous ne pouvions garder le secret. Comme si, enfin, nous aussi, nous étions « normaux ».

Il parait que cela porte malheur, mais encore aujourd’hui, je ne suis pas superstitieuse. Pour moi, si les choses arrivent, c’est qu’elles le doivent, et non parce que je suis passée sous une échelle ou que j’ai brisé un miroir.

Ce furent quelques jours de bonheur. Cette semaine où je me suis sentie complètement enceinte et sans problème apparent fut merveilleuse. Fatigante, car emplie de symptômes, mais merveilleuse tout de même. J’avais enfin une raison d’arrêter complètement de fumer (finie la cigarette quotidienne, vestige de mon addiction !), je devais faire attention à la nourriture, ne plus nettoyer la litière du chat. Je me lavais les mains toutes les cinq minutes, ai jeté toutes les huiles essentielles qui n’étaient pas adéquates.

Il était si important pour moi de ne rien faire qui puisse nuire au petit être qui grandissait en moi . Cela peut paraître bête, légèrement exagéré, mais j’y avais tellement pensé durant ces dernières années que j’étais ravie d’y être enfin, et que je voulais être exemplaire.

Peu après, les choses se sont gâtées.

ventre de femme enceinte vu par la porte

Crédits photo (creative commons) : Aurimas

Le weekend suivant, j’ai commencé à avoir de petites pertes brunes. Au départ, je ne me suis pas trop inquiétée, en ayant souvent. Et puis finalement, le dimanche, nous nous sommes tout de même rendus aux urgences. Il était hors de question de faire courir un risque à notre futur enfant tant attendu, et mieux valait passer pour des imbéciles plutôt que de s’en vouloir ensuite.

Après quelques heures d’attente, des prises de sang et une échographie (le début d’une série…), nous sommes sortis rassurés. Le petit œuf était bien là, le col bien fermé, les dosages HCG évoluaient toujours aussi bien. Il n’y avait aucune raison de s’inquiéter pour le moment, la grossesse était trop jeune de toute façon pour pouvoir donner une réponse probante.

Une échographie est programmée pour la semaine suivante. En attendant, il me faut du repos, rapport à ces pertes de sang inexpliquées.

Chéri continuait d’être heureux. Mais moi, malgré la présence des symptômes de grossesse (seins gonflés, grosses nausées, vomissements même – cette grossesse m’aura fait perdre trois kilos !), je ne pouvais me détendre.

J’essayais malgré tout de me projeter dans un avenir de maman, en discutant avec lui du futur prénom du bébé (bébé qui, comme par un merveilleux hasard, naîtrait aux alentours du 14 février, nous qui adorons le prénom Valentin…), de comment nous allions aménager l’appartement, du changement de voiture… Mais quelque part en moi, je savais que ce ne serait pas pour cette fois-ci.

Il est vrai que je suis de nature pessimiste, mais je dois dire que le fait de ne pas trop vouloir m’imaginer le futur m’a permis d’avaler plus facilement la pilule lorsque la semaine suivante, lors de l’échographie, le médecin s’est montré beaucoup plus pessimiste. L’enveloppe grandissait, mais toujours aucun embryon. Rien ne pouvait encore en être déduit, mais cela s’annonçait moyennement bien.

Il s’est avéré aussi qu’un hématome avait fait son apparition. Donc repos complet, pas d’effort, pas de voiture, et une échographie dans mon centre AMP la semaine suivante. Autant dire que nos vacances en Corse dans la famille de mon chéri furent annulées pour moi.

C’est peut-être ce moment-là le plus difficile à vivre, ce moment d’attente où tu n’as que ton espoir pour que la semaine se déroule plus vite, cette semaine si longue que tu passes dans ton lit ou sur ton canapé, en essayant de préserver l’éventuel petit être que tu as en toi. Tout en te disant parfois que garder cet espoir est tellement ridicule que tu ferais mieux de ne pas te priver de te lever. Ce fut certainement le moment où je me suis sentie la plus seule.

Finalement, le vendredi suivant, j’étais heureuse. J’allais enfin savoir si notre bonheur allait réapparaître, ou s’il allait falloir passer à autre chose… du moins, c’est ce que je croyais.

Je dois dire que sur tous les médecins que nous avons vu durant cette période, je pensais que ce serait dans mon centre AMP qu’ils seraient le plus humains. Ce ne fut pourtant pas le cas. Je pense que dans un certain sens, c’est normal : leurs habitudes, ce n’est pas le suivi de grossesse, mais plutôt l’avant. Pour autant, j’aurais pensé recevoir un peu plus de chaleur lors de l’échographie. Eh bien non. Il s’est avéré qu’après m’avoir fait venir jusqu’à l’hôpital, on m’a bien fait comprendre qu’il fallait que je prenne rendez-vous plutôt avec mon gynécologue (alors qu’on m’avait demandé de venir, vois-tu l’erreur ?) pour… une autre échographie, car il était encore trop tôt pour poser un diagnostic.

Le sac gestationnel grandissait toujours, mais toujours aucune autre activité. Ils ont enfin ajouté que de toute façon, ma grossesse était à risque. (Je n’entrerai pas plus dans les détails, mais il s’est avéré pourtant qu’après visite chez mon cardiologue et chez un spécialiste pour mon conjoint, les deux nous ont rassurés. Mon cardiologue n’a même pas compris pourquoi je venais… Mais ceci est une autre sujet.) Du repos m’a encore été prescrit.

Nous sommes ressortis de là encore plus déboussolés… mais néanmoins sans plus aucun optimisme. J’ai pris rendez-vous avec la gynécologue ayant remplacé le mien, parti en retraite.

Après un weekend prostrés, à discuter, s’énerver, pleurer… Nous avons décidé que si quelque chose devait arriver, cela arriverait. Alors, il ne fallait pas gâcher le peu de jour de vacances qu’il nous restait. Un restaurant par ci, une courte balade par là… C’était peut-être proscrit, mais qu’est-ce que ça faisait du bien au moral !

La semaine est ainsi passée beaucoup plus rapidement, et nous sommes arrivés sereins chez la gynécologue. Nous espérions juste savoir enfin, que ce soit positif ou négatif. Cela peut paraître assez étrange peut-être, mais cette attente pour nous (et je le confirme encore aujourd’hui !) était pire qu’un résultat négatif.

Nouvelle échographie donc, et là le verdict est tombé : œuf clair, qui avait encore continué à se développer, mais sans que l’embryon n’apparaisse. En regardant ensuite les barèmes, la gynécologue nous a dit qu’il se pourrait aussi que la grossesse soit plus jeune, et donc qu’il y avait encore un espoir. Elle préférait donc attendre encore une dizaine de jours pour confirmer le résultat.

Entre-temps, je pourrais faire une fausse couche naturelle, ce qu’elle préconisait (et je la remercie encore maintenant de ne pas m’avoir prescrit de cachets accélérant le processus), ou alors l’embryon pourrait apparaître, et ce ne serait que du bonheur.

Nous savions que la grossesse ne pouvait pas être plus jeune, car avec toutes ses péripéties, le sexe n’avait pas été notre priorité. Mais étant donné que nous attendions depuis longtemps cette grossesse, la gynécologue nous a expliqué ne vouloir prendre aucun risque. Nous sommes repartis soulagés. Soulagés d’avoir enfin rencontré une personne qui a pris le temps de tout nous expliquer, de nous rassurer, et de relativiser les choses.

Le soir même, nous avions un repas de famille, et même si je n’étais pas de la meilleure compagnie, ce fut bénéfique de pouvoir aérer mon esprit, d’être entourée d’enfants en bas âge, de vrais enfants, prouvant ainsi que la vie était belle malgré tout.

Deux jours après, les contractions ont commencé, les pertes de sang se sont fait plus abondantes. Tu vas certainement trouver ça étrange, mais malgré la très forte douleur physique, j’ai ressenti un fort soulagement. Soulagement de savoir que mon corps fonctionnait bien, qu’il évacuait naturellement ce qui n’aurait jamais pu être un enfant.

J’ai eu des contractions durant quelques heures, tous les matins, durant trois jours. Le troisième jour, ma fausse couche fut complète. Je ne peux te dire comment je le sais, mais je le sais, c’est tout. Les pertes de sang et les douleurs (moins importantes aussi) ont continué, mais je me sentais bien. Je me sentais bien parce que soulagée, parce que vide mais confiante, beaucoup plus confiante que durant ces deux années et demi de galère.

Car enfin, même si aucun petit enfant ne s’était développé, cela avait fonctionné.Nous nous sommes rendus à l’échographie de contrôle rassurés, et encore plus lorsque j’ai su que tout était bien parti naturellement,ne restant qu’un petit épanchement de sang qui allait disparaître d’ici quelques jours.

Psychologiquement, le plus dur pour moi aujourd’hui n’est pas la fausse couche en elle-même : je suis quelqu’un de très rationnel, et je sais très bien qu’il ne s’agissait pas d’un enfant. Ce qui est le plus difficile reste de me dire que je n’ai pu faire de l’amour de ma vie un père. Que j’ai beaucoup d’amour à donner, et qu’il se perd au fil du temps.

Mais malgré tout, aujourd’hui, je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment que je serai mère très bientôt.

Nous avons décidé de ne reprendre le parcours AMP qu’après notre mariage, nous laissant un peu de temps pour que mon corps se remette, et qui sait, pour qu’une autre grossesse, plus heureuse cette fois, se produise. Nous avons aussi adopté un nouveau chaton pour tenir compagnie à notre gros matou, mais aussi certainement aussi (ça peut paraître ridicule mais ça fonctionne) pour nous donner un peu de bonheur. Je ne sors pas beaucoup, je crois que j’ai besoin de mon cocon familiale pour le moment, mais je ne me sens pas mal pour autant.

Tu remarqueras que j’ai beaucoup employé le nous dans ce témoignage. Pour moi, même si tout ceci s’est passé dans mon être, ce fut aussi difficile, si ce n’est plus, pour mon amoureux. En effet, le fait d’avoir pu vivre cette fausse couche (naturellement qui plus est) m’a permis d’appréhender ceci au mieux, de m’y habituer, de faire quelque part le deuil de cette grossesse. Alors que mon compagnon, lui n’a pu que voir ma douleur physique, et son impuissance à la soulager.

J’ai parfois honte lorsque je lis des récits de grossesses arrêtées, honte d’avoir vécu ceci si bien alors que tant d’autres souffrent psychologiquement. Je ne veux en aucun cas dédramatiser ce qu’est une fausse couche ou paraître trop frivole sur le sujet. C’est difficile, j’en ai pleuré bien évidemment, mais j’aimerais insister sur le fait d’en parler. C’est important.

Parler de sa souffrance, ou du moins mettre des mots sur ce qui nous arrive, que ce soit à un proche, à plusieurs personnes ou à un professionnel, permet de dépasser cet événement et le relativiser, voire même en tirer une certaine force.

Personnellement, moi qui ne suis pas bavarde sur ma vie, je dois dire que tout comme le fait de parler de notre infertilité librement, sans complexe, et même avec humour, parler de cette fausse-couche, me fait vraiment du bien… Après évidemment, tout le monde n’est pas capable d’écouter, mais ça, c’est une autre histoire…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Jeune femme de bientôt 28 ans, animatrice... au chômage, gribouilleuse de mots à mes heures, adore la récup et les activités manuelles, la littérature plus ou moins contemporaine, le théâtre, la musique un peu pop et beaucoup rock, le cinéma des frères Coen, et le ballon rond. En couple avec celui que nous appellerons Monsieur Unbringeek, amateur de jeux en ligne, de ballon rond aussi et tout comme moi, gaga de nos deux chats!