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A la une / Témoignage

La question de la reprise du travail pour une jeune maman poule

Cette histoire ayant un début, un milieu et une fin, le tout rythmé de péripéties en tout genre, je te la présenterai en chapitres, comme Twilight.

Chapitre 1 : Ascension

Quand j’avais 13 ans, mes parents eurent l’idée saugrenue de nous attribuer un et un seul qualificatif à ma sœur et à moi. Si ma frangine héritait d’un flatteur « charmeuse », j’écopais pour ma part d’un vexant « travailleuse ». Vexant, oui, car à 13 ans, on est quand même plus intéressée par l’amour, la gloire et la beauté que par un éventuel plan de carrière.

Mais soit, puisque le travail semblait me définir, je me donnais pour mission de ne pas décevoir mes géniteurs. J’obtenais mon bac avec mention très bien, ratais de peu une première année de médecine (ayant passé un bac littéraire, on m’excusa aisément et applaudit plutôt des deux mains), obliquais vers des études de lettres et obtenais ma première année avec plus de 17 de moyenne.

Chapitre 2 : Corruption

Et là, c’est le drame. En deuxième année de lettres, je rencontrais celui qui allait devenir mon mari. Histoire compliquée, multiples ruptures, séparation de six mois, retrouvailles passionnées, nouvelles ruptures, fiançailles officieuses, emménagement, chat, déménagement, re-chat, fiançailles officielles…

Tout à mon roman d’amour aux multiples rebondissements, je mettais de plus en plus de côté mes études. Ainsi, je validais mon DEUG de lettres avec mention très bien, ma licence avec mention bien et mon master avec mention assez bien. Il faut dire que parallèlement, je commençais à comprendre qu’en fac de lettres, tout le monde s’en tamponnait joyeusement le coquillard, de mes mentions.

Cependant, tout en disant f… à l’entité universitaire désincarnée, je continuais à souhaiter faire de mon mieux lors de mes expériences professionnelles. Et je peux dire sans me vanter (ou presque) que j’ai plutôt donné satisfaction à mes employeurs. Je suis le genre qu’on rappelle.

Ainsi, j’ai passé deux étés en tant que jeune fille au pair en Belgique et les parents m’ont demandé tous les ans pendant cinq ans si je souhaitais revenir (maintenant je discute sur facebook avec la fille aînée). Ainsi, pendant plus d’un an, j’ai enchaîné cinq contrats dans la même librairie entre stages, job d’été et job étudiant. En juin 2013, j’y achevais mon stage de fin d’études. En juillet 2013, je tombais enceinte.

petite fille bébé et sa maman jouent

Crédits photo (creative commons) : Jessica Nazarova

Chapitre 3 : Damnation

Je me suis mariée en septembre 2013. Un mariage catastrophique, ponctué de nausées, vomis et crises d’angoisse. Je le raconterai peut-être un jour sur Mademoiselle Dentelle, qui sait ? (Mais pas tout de suite, c’est encore douloureux.) (Non, en fait non, pas vraiment, mais le passé est le passé, viva la vida, y tu mama tambien.)

En novembre, la librairie me recontactait pour savoir si j’étais libre à Noël : toujours malade comme un chien et très faible physiquement, je déclinais l’offre.

(Auparavant, au début de ma grossesse, j’ai travaillé deux mois dans un autre magasin, vomi copieusement dans les toilettes de mon lieu de travail, fait des malaises devant les clients… et décidé d’arrêter les frais. Autant dire que ces employeurs-là ne m’ont jamais rappelée !)

Pendant sept mois, j’endossais le rôle de femme au foyer et souffrais plus ou moins en silence, rendant un repas sur trois, tombant dans les pommes une sortie sur deux, me confiant tous les quinze jours à une psy pour cause de dépression pré-natale. Je te raconterai peut-être tout ça aussi en détails plus tard (wouhou, grosse éclate en perspective).

Chapitre 4 : Expulsion

Ma fille est finalement née (eh oui !) le 22 avril 2014. Pendant huit semaines, nous sommes restées en amoureuses. La santé m’est revenue aussi vite qu’elle était partie. Le jour même de mon accouchement, je remangeais normalement, sans nausée. Rapidement, j’étais à nouveau capable de gambader. La reprise du travail était plus que jamais d’actualité. Mais je ne voulais pas voir plus loin que mon congé maternité.

C’est alors qu’il est arrivé, le coup de téléphone qu’on n’attendait pas. Ce n’était pas ma famille belge, car des petites qui ont un facebook sont capables de se garder toutes seules. C’était la librairie, qui avait un contrat de quatre mois à commencer le plus tôt possible à me proposer. Fort heureusement, je n’ai pas pu répondre au téléphone et ils m’ont laissé un message, ce qui m’a laissé, à moi, une soirée pour réfléchir (mais pas plus, au risque de sembler méprisante).

Chapitre 5 : Confusion

Cette soirée a été extrêmement compliquée à vivre pour moi. J’oscillais sans cesse entre le cœur et la raison. D’un côté, ce travail qui me tombait dessus était une bénédiction, car vivre à trois sur un SMIC (celui de mon mari), ce n’est pas facile tous les jours. J’imaginais déjà tout ce que le fait de doubler nos revenus pourrait nous apporter, ce que ça apporterait surtout à ma fille, qui grandit avec le minimum niveau vêtements, jouets, qui dort dans notre chambre (sanglots de violons en fond sonore)…

De l’autre côté, ma petite est encore allaitée exclusivement, et il faudrait alors la sevrer en urgence, en l’espace de deux semaines (d’ici la fin de mon congé maternité). Et puis elle n’a même pas deux mois, je n’imaginais pas la confier à des étrangers si vite, des gens qui la laisseraient crier dans son lit alors qu’elle a juste hérité du délicieux caractère de sa maman besoin d’énormément d’affection et d’attention.

Je pleurais toutes les larmes de mon corps, sous les yeux médusés de mon époux qui ne comprenait pas (lui avait repris le travail depuis belle lurette).

Je les ravalais pour contacter le service petite enfance de la mairie pour savoir s’il y avait des places en crèche pour tout de suite. On pouvait effectivement me la prendre (me la prendre !) en urgence trois semaines, mais pas plus, et pas le samedi, et pas au-delà de 19h (dommage, nous travaillons tous deux dans le commerce, donc le samedi, donc au-delà de 19h).

Dans l’idéal, il serait mieux que j’essaie plutôt de contacter une nounou. Encore fallait-il en trouver une qui prendrait une petite de 2 mois tout juste, possiblement de 8h30 à 19h30 cinq jours par semaine, samedi compris, dès maintenant, mais peut-être pas au-delà de quatre mois. Bref, tout cela s’annonçait fort douloureux et compliqué. Mais à la fin de la journée, j’avais pris ma décision.

Chapitre 6 : Conclusion

En effet, j’ai fini par suivre mon envie, l’avis de mon mari et les conseils de mes amis sur facebook : j’ai décidé de ne pas accepter la proposition, même si on avait (énormément) besoin d’argent. Ma fille était trop petite, la faire garder relevait de la mission impossible, et mon cœur saignait à cette seule idée.

J’ai rappelé la librairie à la première heure (enfin, à 10h30, après avoir fait téter ma fille et avalé un morceau de brioche) pour leur donner ma réponse. Mon ancienne chef avait l’air heureuse de m’entendre (moi en tout cas, j’étais heureuse de l’entendre), m’a demandé si ça allait (oui), si j’avais accouché (oui), ce que c’était (un cochon d’inde, pourquoi ?), comment elle s’appelait (« Adèle ? C’est très joli. Ah non, Hazel ? Ah. ») et quel âge elle avait.

Quand j’ai annoncé qu’elle allait avoir 2 mois, elle m’a dit : « Oh ben du coup je suppose que tu veux rester avec elle encore un peu ? » Voilà, j’avais juste à dire oui, exit tous les arguments que j’avais préparés. Ça semble naturel de vouloir rester avec son tout petit bébé, ouf ! Elle m’a quand même demandé si je voulais reprendre le travail plus tard et s’il fallait garder mon numéro pour la prochaine offre. J’ai acquiescé et on s’est quittées bonnes amies. Je dois avouer que j’étais soulagée. Et pour le travail (et la richesse), on verra plus tard !

Et toi alors ? Tu aimes Twilight et les titres en -ion ? Tu as repris le travail dès la fin de ton congé maternité ? T’es fauchée mais contente ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Jeune maman de 27 ans, au foyer, fauchée, débordée, stressée, addict aux blogs, blogueuse moi-même, addict à ma fille, fille moi-même, j'essaie de montrer ce que c'est de vivre au quotidien avec un bébé de sexe féminin et de signe taureau (donc plutôt génisse, on est d'accord) quand on n'a aucun diplôme en parentalité.