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Nos conseils pour accompagner une proche en PMA : les mots qui peuvent blesser

P.M.A. 3 petites lettres pour désigner la Procréation Médicalement Assistée, recouvrant un champs de pratiques et de situations incroyablement larges. De l’insémination artificielle à la Fécondation In vitro, du don de gamètes au diagnostic pré-implantatoire, les parcours se suivent et, bien souvent, ne se ressemblent pas. Il est donc remarquablement compliqué pour un proche de savoir comment accompagner son amie, sa collègue, sa sœur ou sa cousine, lorsque celle-ci met un pieds dans le parcours tortueux et parfois douloureusement incertain que représente ce projet.

Avec les autres chroniqueuses de Dans Ma Tribu et de Mademoiselle Dentelle, qui ont été ou sont encore concernées par le sujet, nous avons donc décidé de t’apporter nos conseils et notre éclairage pour t’aider à mieux comprendre les enjeux et la souffrance de tels parcours, et te guider afin de te donner quelques clefs. Quels sont les mots qui fâchent, les mots qui blessent? Ceux qui réconfortent ou qui soulagent? C’est par ici!

Crédit photo (creative commons): trevoykellyphotography

Petit disclaimer avant de commencer

Si ton amie ou ta cousine passe par une PMA, elle en est déjà à plusieurs années d’essai pour tenter de devenir maman. Je pense que c’est sans doute l’élément le plus important à avoir en tête: on ne fait pas une PMA au bout de 3 mois. Avant même d’entamer le protocole, il y’aura eu des mois, voire des années, de tests désespérément négatifs, de découragement, de nouveaux espoirs, d’attente lancinante à chaque fin de cycle, de rage et de colère à l’arrivée du sang menstruel. Donc ton amie est déjà quelque peu éreintée face à tout cela, et je pense qu’il est important de le garder en tête. Ce qui explique (entre autres choses) que certaines phrases qui pourraient te paraître anodines peuvent en réalité se révéler blessantes.

Bien évidemment, la liste qui suit n’est ni exhaustive, ni universelle, et je précise qu’il ne s’agit en aucun cas de te pointer du doigt si tu as déjà prononcé certains de ces mots (je le sais, j’ai fait pareil avant d’être concernée à mon tour). Il ne s’agit pas d’un guide à suivre à la lettre, simplement de recommandations et de pistes pour t’aider à comprendre ce que peut ressentir ton amie ou ta sœur face à certaines situations.

(Et si tu as déjà gaffé par le passé: promis, on t’aime toujours).

 

Les petites phrases à éviter

 « Je suis sûre que ça va marcher ». J’avoue, celle-ci, j’étais la première à la sortir à mes copines en PMA, je plaide coupable. Cela partait d’un bon sentiment: je voulais leur redonner espoir, et puis, pour être très honnête, je ne savais simplement pas quoi leur dire d’autre.

Pourquoi il vaut mieux l’éviter quand même: ta copine est sans doute inquiète à mort, et peut avoir l’impression qu’avec cette petite phrase, tu éludes la conversation qui pourrait suivre.  Et puis, c’est très triste à dire, mais je pense qu’il faut aussi rester sincères et lucides: parfois les PMA ne « marchent » pas. Et il est tout simplement impossible de prédire l’issue du truc- et ça, ta copine, elle en a déjà bien conscience (même si elle choisit de croire à fond les ballons que la prochaine, c’est la bonne).

 

« Je connais quelqu’un pour qui ça a marché lors de la dernière dernière FIV / alors qu’ils faisaient une pause / alors qu’ils avaient renoncé, etc. »

Pourquoi il vaut mieux l’éviter: alors tout dépend du parcours de ta copine, et peut-être qu’en tout début de PMA, cela peut lui offrir une grande bouffée d’espoir. Mais si elle est déjà dans le process depuis plusieurs longues années, cela peut tout simplement la foutre par terre, en ayant des pensées du type « pourquoi cela marche pour d’autres, et pas pour moi? ». C’est le désespoir de celle qui voit les annonces de grossesse s’accumuler autour d’elle, alors qu’elle n’y arrive tout simplement pas. On finit par se dire que le « happy end » ne veut décidément pas de nous.

 

« Oh la la je trouve que ça commence à faire long. Ce n’est vraiment pas juste. J’ai envie d’être grand-mère / tata / marraine! ».

Pourquoi il vaut mieux l’éviter: tout simplement parce que cela revient à faire passer ta souffrance avant celle du couple en attente, et donc à minimiser la leur. Dis-toi bien que si tu as envie, toi, de devenir tata, ta sœur a encore plus envie de devenir maman.

 

« ….. » (faire comme si de rien  n’était)

Pourquoi il vaut mieux l’éviter: concrètement, cela revient à ne pas du tout en parler, changer de sujet comme si rien n’avait été dit ou – pire!- parler de ses propres problèmes de parents avec ses enfants ou sa grossesse sans jamais demander de nouvelles (nb: ça fonctionne aussi très bien avec le deuil périnatal). Le silence est un poison pour celle qui souffre: cela ruine son estime d’elle-même et lui donne l’impression de ne pas compter pour les autres. Comme si sa souffrance n’avait aucune importance.Et puis, soyons honnêtes: éviter le sujet n’évite pas la réalité du truc qui est en train de se passer. Donc autant essayer de faire face (je te donne quelques conseils un peu plus loin, pas de panique).

Autre écueil: disserter sur le choc qu’a été la découverte de ta grossesse, ou sur ton IVG. Bien évidemment, certaines grossesses ne sont ni attendues, ni désirées, et il est très important de pouvoir se confier dans de pareils moments. Vraiment: je te soutiens à 200% sur ce coup. Ta copine en PMA n’est, en revanche, sans doute pas la mieux placée pour t’écouter. Dans le doute, demande-lui comment elle sent par rapport à ça avant d’aborder le sujet avec elle.

 

« Mais tu vas changer de mari alors ?! »

Pourquoi il vaut mieux l’éviter: parce qu’on ne se marie pas « juste » pour avoir des enfants, parce qu’une relation de couple est riche de tellement d’autres choses. Parce que ta copine est sans doute également morte de trouille à l’idée que son couple n’explose en plein vol, ou que son mari la quitte pour une autre plus fertile si elle soupçonne (à tort ou à raison) que l’infertilité vient de son côté (et parfois, ce genre de croyance peut devenir franchement irrationnel, je sais de quoi je parle!). Et puis bon… parce qu’on ne s’immisce pas comme dans ça dans l’intimité d’un couple, à moins que ta copine n’ait abordé le sujet d’elle-même.

 

« Ça va fonctionner, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas » :

Pourquoi il vaut mieux l’éviter: l’envie de rassurer en invoquant le karma (« les bonnes choses arrivent aux bonnes personnes ») est plutôt naturelle, mais en vrai, même les serial killers (ou, pour rester plus prosaïques: même les parents maltraitants) arrivent à se reproduire. Et puis moi, quand on me dit qu’il n’y a « pas de raisons » que cela ne fonctionne pas, j’ai simplement envie de répondre « ben si, justement: une maladie génétique » (je ne le fais pas, en vrai) (COUCOU LE MALAISE). Si tu ne sais pas s’il existe une maladie qui « explique » l’infertilité de ton amie, il vaut mieux éviter de mettre le pied sur un terrain très glissant.

 

« T’as essayé la tisane SuperFertilePlus/ l’herbe de Perlimpim/ de rester les jambes en l’air 5h après chaque rapport? »

Pourquoi il vaut mieux l’éviter: quand on entre dans ce type de parcours, en général, on a déjà plus ou moins « tout » essayé: on a épluché Doctissimo, on a partagé sur des forums, on a téléchargé 15 applications de suivi des cycles, on a même suivi un régime sans gras, ni gluten, ni sucre, ni produit laitier (et on meurt de faim) parce qu’on a lu dans le dernier Marie-Connasse que cela boostait la fertilité. En bref: on est au TAQUET. Mieux vaut s’abstenir de partager des conseils de grand-mère avec des astuces pas toujours très… fiables. Hum.

 

« C’est parce que tu n’as pas vraiment envie d’être maman » (variante: « c’est dans ton inconscient »).

Pourquoi il vaut mieux l’éviter: j’aimerais tout simplement répondre « parce que c’est une connerie », mais je vais élaborer un peu. On sait qu’en médecine, il y’a des choses qu’on ne sait pas, justement . On sait que certains couples, même après XXX FIV, ne parviennent pas à devenir parents. On sait surtout qu’il y’a encore quantité de mystères en génétique qui ne s’expliqueront très certainement que dans quelques (dizaines d’) années (je le sais pour en faire partie)(j’aurais préféré gagner au loto, mais je m’égare). C’est comme ça. Nos ancêtres pensaient bien que la foudre et le tonnerre étaient la manifestation des dieux, avant de découvrir l’électricité. Donc oui, il est bien évidemment tentant de se dire que, quelque part, quand on veut vraiment devenir maman, on peut. Mais il faut surtout garder en tête qu’il ne s’agit principalement que d’une croyance, et je suis persuadée que, dans un futur plus ou moins proche, nous saurons expliquer rationnellement certaines situations d’infertilité qui aujourd’hui encore échappent à la science.

 

« La nature est bien faite »

Pourquoi il vaut mieux l’éviter: parce que la nature est une connasse. Next.

 

« Je te comprends, on a beaucoup de mal à faire le 3e enfant »

Pourquoi il vaut mieux l’éviter: ne pas réussir à agrandir la famille est une vraie souffrance, j’en sais quelque chose. Je pense en revanche qu’il est plus judicieux de partager ce genre de pensées avec une personne qui aura également déjà eu des enfants par ailleurs. C’est sans doute très idiot, mais ta copine en PMA qui n’est pas encore devenue maman va surtout penser « parle pour toi, toi au moins tu as la chance d’avoir un enfant ». Parce que oui, être maman, même une fois, est un trésor inestimable. Et non, cela n’empêche bien évidemment pas la souffrance de ne pas parvenir à devenir maman de nouveau. Disons que, sur cette petite phrase, je te conseillerais surtout de choisir ton public.

 

« Tant que tu n’es pas maman, tu ne peux pas comprendre pas le sens de la vie »

Pourquoi il vaut mieux l’éviter: parce que ta copine ne choisit pas de ne pas être maman; elle subit. Donc mieux vaut éviter les petites phrases qui pourraient la « culpabiliser » et lui donner envie d’aller se pendre (c’est une image, mais tu me comprends).

 

La liste qui précède peut te sembler un peu longue, mais il nous est apparu nécessaire de sensibiliser et d’expliquer, le mieux possible, les mots qui font mal. Nous avons aussi parfaitement conscience de la difficulté de comprendre une situation pareille si on ne l’a pas vécu soi-même (votre dévouée chroniqueuse a longtemps été la première à mettre les pieds dans le plat avant d’en passer par là). Mais j’ai une bonne nouvelle: il existe quantité de choses que tu peux faire et dire… et on en reparle très très vite.

 

Et toi, tu as fait l’expérience de petites phrases qui blessent lors de ton parcours en PMA? Tes proches ont été géniaux et ont su comment t’accompagner? Tu préférais ne pas en parler du tout? Raconte!

A propos de l’auteur

Je m'appelle Julie, executive woman le jour, blogueuse/ instagrammeuse la nuit. Passionnée de littérature et de séries TV, je suis aussi et surtout maman d'une petite fille absolument adorable (#zéroobjectivité), mais aussi de deux bébés qui n'auront pas pu vivre. Tu peux me suivre sur mon blog perso (La Marmotteuse) et mon compte instagram spécialement dédié au deuil périnatal : à nos étoiles