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A la une / Témoignage

Ma fille de 7 mois est végétarienne

Aujourd’hui, je t’avoue qu’on va moins rigoler que d’habitude, toi et moi. Je vais te parler d’un sujet qui n’a rien de très marrant et te fera peut-être réagir, à savoir le végétarisme des enfants. Sens-toi libre de me donner ton point de vue dans les commentaires. Mais laisse-moi auparavant te faire part du mien.

Je suis végétarienne. Pour les animaux (pas pour la planète ou pour ma santé – même si c’est important, hein -, et encore moins par effet de mode).

Alors oui, ça fait un peu sentimentalisme. Je t’arrête tout de suite : si ton loisir dominical est la chasse, super. Sans blague, je trouve ça un peu gratuit, mais enfin. Si mon chat me ramène un oiseau mort, je serai triste pour la petite bête, mais je ne pleurerai pas pendant trois jours (ok, ok, fut un temps, j’allais les enterrer dans le jardin et je mettais des bouquets de pâquerettes sur leurs tombes en versant ma larmichette, mais j’avais 7 ans, alors tu voudras bien m’excuser). L’homme et mon chat sont des prédateurs, c’est un fait. De leur coté, le petit zozio et la maman de Bambi ont bien vécu et sont morts rapidement.

Ce qui m’embête, c’est le principe de l’élevage industriel : entasser des animaux par centaines dans un espace confiné, les bourrer de médicaments pour qu’ils survivent le temps d’engraisser suffisamment, et les conduire dans une usine puant la peur et la mort de leurs congénères pour y finir leur vie (cette dernière étape vaut autant pour les poulets élevés en batterie que pour les bœufs bios broutant en plein air). Je ne suis pas végétarienne contre les animaux morts, je suis végétarienne pour les animaux vivants.

petit personnage Jeero fourchette et épinards

Crédits photo (creative commons) : Nomadic Lass

Pourquoi ma fille ne mangera pas de viande

Lorsqu’on devient végétarien, c’est souvent qu’on a renoncé à deux idées qui jusque là structuraient notre rapport à l’alimentation :

  •  les animaux d’élevage ont une belle vie et une belle mort,
  • on a besoin de viande pour être en bonne santé.

J’ai déjà réfuté la première idée dans mon discours d’introduction (et pourtant j’y ai cru, ou ai voulu y croire, pendant 24 ans), et la seconde servira de base à ce que je vais te raconter aujourd’hui. Si l’on croit que les animaux d’élevage ne souffrent pas, devenir végétarien est inutile. Si l’on croit que la viande est indispensable à notre organisme, devenir végétarien est suicidaire.

Je ne suis pas suicidaire, je me suis renseignée. Et il serait incohérent, alors que je sais très bien qu’on peut vivre sans viande, d’en faire manger à ma fille. Je veux changer le monde, moi, pas me différencier pour le plaisir de me différencier.

Il est vrai que, dès les débuts de son histoire, l’homme a mangé de la viande. Il chassait pour se nourrir, principalement parce qu’il y était obligé, ne trouvant pas dans le monde végétal qui l’entourait des aliments suffisamment énergétiques. Avec l’essor de l’agriculture, cette contrainte a disparu : nous cultivons un nombre très important de végétaux différents, qui couvrent totalement nos besoins (à la seule exception de la vitamine B12 pour les végétaliens).

Ce n’est sans doute pas conforme au mode de vie de l’homme préhistorique, mais qu’on m’explique le rapport entre l’homo erectus et l’homme moderne, qui vit dans un immeuble et fait ses courses au supermarché ! Oui, nous sommes omnivores. Comme nos cochons, pourtant bien gras, qui se nourrissent principalement de végétaux. Pouvoir digérer une grande diversité d’aliments n’implique pas que nous devions tous les consommer.

On me dira peut-être que je devrais laisser choisir mon enfant. Pour moi, ce n’est pas non plus laisser choisir son enfant que de lui donner de la viande. Nous faisons toutes des choix pour nos enfants lorsqu’ils ne sont pas en mesure de donner leur avis : réfléchis et assumés, ces choix sont normalement bien vécus. Si par malheur, ce n’est pas le cas, nos enfants pourront toujours s’y opposer quand ils seront en mesure de le faire.

Je ne cuisinerai pas de viande chez moi, ce serait contraire à mon éthique. Mais si ma fille veut manger de la viande chez ses grands-parents, ses copains ou à l’école, je ne m’y opposerai pas. Je trouve bien plus violent d’obliger un enfant à manger de la viande que de ne pas lui en donner, sachant qu’il n’en a pas besoin. (Pour rappel, le bébé de parents végétaliens décédé dont on a tant parlé il y a quelques années était allaité exclusivement à 11 mois, ne grossissait pas, souffrait d’une bronchite depuis des semaines et ses parents refusaient de le diversifier et de le soigner autrement que par des plantes… On ne peut en aucun cas en tirer des conclusions sur un régime végétarien bien mené.)

Toujours pas convaincue ? Sache que la totalité de l’Union Européenne est végétarienne. Tu me traites de menteuse ? D’accord, j’avoue, je fais de la rhétorique. Il y a seulement presque autant d’Indiens végétariens en Inde que de personnes dans l’Union Européenne (oui, la plupart des Indiens sont hindouistes et n’ont pas très envie de faire un hachis parmentier avec la réincarnation de leur grand-mère). Pas mal, hein, pour une pratique non-viable ?

Comment bien nourrir un enfant végétarien

Avant toute chose, je tiens à préciser que ce que je te dis là ne remplace pas l’avis d’un pédiatre ou d’un nutritionniste. Cependant, si ton pédiatre te semble ouvertement végéphobe (ce n’est malheureusement pas rare en France), n’hésite pas à en changer. Mais ne mets pas la santé de ton bébé en danger en ignorant systématiquement les avis d’un professionnel ! Ceci étant dit, voici quelques bases de nutrition végétarienne.

Je ne te redirai pas que les végétaux sont riches en vitamines, en fibres, en glucides… Tu le sais sans doute déjà, et c’est pour ça que tu planques toujours deux-trois courgettes dans ta quiche lorraine. On va plutôt s’intéresser à ce qui fait débat.

  • Les fameuses protéines : on trouve des protéines dans tous les légumes ! Eh oui ! De plus, elles sont présentes en grande quantité dans les céréales, les légumineuses comme les pois ou le soja, et les oléagineux comme les noisettes, les noix, les amandes… Et bien évidemment dans les œufs et les produits laitiers pour les ovo-lacto-végétariens (c’est notre cas), que je nommerai juste végétaRiens (en opposition aux végétaLiens) pour faire simple.
  • L’indispensable fer : le fer hématique se trouve dans la viande, mais il n’est pas le seul fer assimilable par l’organisme. On trouve du fer en grande quantité dans les légumes verts (mâche, épinard, brocolis…), les légumineuses (lentilles, pois chiches…) et les oléagineux une nouvelle fois. Ainsi que dans les œufs pour les végétariens. La vitamine C (en grande quantité dans les agrumes par exemple) aide à son assimilation.
  • Les gentilles graisses : tu sais, celles qui aident ton cerveau à se développer. Elles ne se trouvent pas que dans le poisson (personnellement, je n’ai jamais mangé de poisson de ma vie, je déteste ça) ! On en trouve également dans les fruits gras comme l’avocat, les légumes à feuilles, les oléagineux (gras comme leur nom l’indique) et les huiles végétales, en particulier colza et noix.
  • Le roi calcium et la perfide vitamine B12 : pour ceux qui en boivent, on en trouve évidemment du calcium et de la B12 dans le lait de vache. Les végétaliens trouveront le calcium dans les fruits à coque comme l’amande, dans certains légumes comme l’épinard, le chou, le brocolis ainsi que dans les laits et yaourts végétaux enrichis. La B12, insuffisante dans le monde végétal, devra être prise en complément ou par le biais de produits enrichis.

Dans le cadre de la diversification, on commence par les légumes et les fruits dès 4/6 mois, et on peut introduire céréales, œufs et produits laitiers à partir de 6 mois. Concernant les légumineuses et oléagineux, les avis divergent : certains professionnels les autorisent à partir de 9 mois, d’autres préfèrent attendre 15 mois… A partir de 6 mois, on peut donc faire des purées toutes simples et très nutritives composées de légumes, de céréales et d’huile végétale.

Enfin, il ne faut surtout pas oublier qu’un enfant a besoin de lait maternel ou maternisé jusqu’à au moins un an, et doit en consommer régulièrement pour couvrir la totalité de ses besoins ! Après 1 an, il reste grandement recommandé de lui donner du lait de croissance (il en existe des végétaux pour les végétaliens), et ce jusqu’à 3 ans.

Voilà, j’espère que tu auras compris avec mon article que le végétarisme n’est pas (que) le nouveau hobby à la mode de trentenaires branchés qui kiffent le tofu, mais bien une pratique alimentaire respectueuse de l’homme, des animaux et de la planète, qui peut être adoptée à n’importe quel stade de la vie, de 7 mois à 77 ans.

Sur internet, il est extrêmement compliqué de trouver des informations qui ne soient pas partisanes (« Les végétariens sont une aberration et vont tous mourir de malnutrition » Vs « La viande, c’est le diable, ça file le cancer et des hémorroïdes »), mais n’hésite pas à parler de ce choix de vie à ton médecin, et tu seras sûrement surprise de constater qu’il ne verra pas d’objections à ce que tu te lances avec ta petite famille si tu as quelques connaissances nutritionnelles (et s’il est un minimum ouvert et progressiste).

C’est à toi ! Tu es végétarienne et tes enfants le sont aussi ? Tu ne vas pas donner de viande à ton bébé ? Ou au contraire tu penses que c’est indispensable pour son développement et tu me prends pour une illuminée ? Tu es une trentenaire branchée et tu kiffes le tofu ? Dis-moi tout !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Jeune maman de 27 ans, au foyer, fauchée, débordée, stressée, addict aux blogs, blogueuse moi-même, addict à ma fille, fille moi-même, j'essaie de montrer ce que c'est de vivre au quotidien avec un bébé de sexe féminin et de signe taureau (donc plutôt génisse, on est d'accord) quand on n'a aucun diplôme en parentalité.