Menu
A la une / Témoignage

Les rendez-vous parents/profs, vus par la prof

Je suis prof de français en Hollande depuis cinq ans maintenant, et s’il y a quelque chose qui me rebute, à part les paquets de copies, ce sont les rendez-vous avec les parents. Je stresse de dire quelque chose d’idiot ou bien qu’ils me racontent des choses trop personnelles. Je n’ai jamais été du côté du prof en France, alors peut-être que les choses se passent différemment, mais voici comment moi je le vis.

Après chaque bulletin, les parents ont la possibilité de rencontrer deux profs. Ils s’inscrivent sur Internet, le logiciel fait son travail de puzzle, et quelques jours avant la soirée de rencontres, je reçois mon emploi du temps et les parents reçoivent le leur.

Dans la salle des profs, on entend alors : « Et toi, cette fois, t’es là jusqu’à quelle heure ? » « Oh, t’as les parents de Marieke ? Ils sont cools ! » « T’as les parents de Jan ? Hum, ça ne va pas être un rendez-vous facile ! » « Ah, les parents de Mohammed ne viennent pas ? Dommage, ça aurait été utile. Il faudra leur téléphoner ! »

Et puis, il y a toujours les parents retardataires qui ont perdu les codes pour s’inscrire, ou qui se rendent compte trop tard qu’il y avait cette soirée, ou qui travaillent tard et qui ne peuvent pas être là à l’heure dite, alors on décale l’un, on pousse les autres et on essaie de voir tout le monde le même soir.

Les rendez-vous durent dix minutes, de 19h à 22h ! Autant dire que parfois, la tête me tourne un peu quand toutes les dix minutes, je vois de nouvelles têtes face à moi !

Avant la soirée

J’ai donné des notes aux élèves pour leurs tests, mais aussi des notes pour leur comportement et leur compréhension, mais (heureusement) je ne donne pas d’appréciation pour chaque élève ! Ça, je le fais seulement pour ma classe principale.

Quand je reçois mon emploi du temps, je regarde quels parents se sont inscrits et je me fais une idée de ce que sera le sujet de l’entretien. Quand un élève a 4 de moyenne (ici, les notes sont sur 10), je regarde s’il fait ses devoirs, je réfléchis à son comportement en classe, et j’ai une idée de ce que je peux dire aux parents.

Parfois, je ne sais pas ! Quand un élève de ma classe principale a la moyenne partout, je me demande pourquoi les parents viennent me voir. Mais comme je suis prof principale d’une classe de première année (les sixièmes français), en général, c’est qu’ils ont besoin d’être rassurés, ou bien qu’ils veulent faire connaissance.

Pour chaque élève, je fais une fiche de préparation. Je note (ou j’essaie de noter, en tout cas) quelque chose de positif. Je regarde ses notes, je gribouille quelques conseils. J’ai aussi une rubrique « questions » sur ma fiche, parce que parfois, je me demande comment et où un élève fait ses devoirs, combien de temps il passe à préparer un test, etc.

Si besoin, j’apporte les tests avec moi, parce que dans mon école, les élèves ne rapportent pas les tests à la maison, ce qui est parfois frustrant pour les parents.

Pendant la soirée

Je mange avec mes collègues, et on se détend avant une longue soirée ! Je fais un tour aux toilettes, parce que de 19h à 22h, plus de pause ! J’apporte aussi une bouteille d’eau, parce que papoter pendant trois heures, ça donne soif.

Et puis, je me rends dans la salle où je vais passer la soirée, pour vérifier qu’elle est rangée, que le tableau est effacé. J’allume mon ordinateur pour avoir accès à toutes les notes et montrer des choses aux parents. Je téléphone à la maison pour savoir comment ça va.

Je copie parfois aussi des documents que je veux donner aux parents, avec des conseils pour aider leur enfant à apprendre.

Les premiers parents arrivent, on commence ! Je souffle un bon coup, je souris et je les accueille.

Rencontre parents prof

Crédits photo (creative commons) : jsoto

Ensuite, les rendez-vous se suivent, et je dois garder un œil sur ma montre pour ne pas trop dépasser ! Heureusement, la sonnerie retentit toutes les dix minutes, et certains parents se lèvent d’eux-mêmes. Les autres, j’essaie de les pousser poliment dehors.

Pendant le rendez-vous, je suis toujours le même schéma. J’accueille les parents à la porte, on se serre la main, je les invite à s’asseoir, je leur souhaite la bienvenue et je leur demande en quoi je peux les aider. Je les laisse parler un peu, et puis je rebondis sur ce qu’ils ont dit. Je leur montre les tests, les contrôles des devoirs, et autres preuves.

Je résume ce qu’on a dit, et éventuellement les choses sur lesquelles on s’est mis d’accord comme : « Marine va s’asseoir au premier rang » ou bien « À la maison, les parents contrôlent les devoirs ». Ma règle d’or, c’est de ne jamais promettre des choses que je ne serai pas capable de faire, comme donner des cours particuliers en plus. Je leur demande s’ils ont d’autres questions. On se dit au revoir et je les accompagne à la porte. Et au suivant !

Mon but, c’est qu’à la fin des ces si petites dix minutes, les parents repartent avec l’idée qu’ils ont obtenu des réponses à leurs questions, qu’ils ont matière à discuter avec leur enfant, mais surtout que les documents ou les conseils que je leur ai donnés sont applicables. Quand un parent repart en me disant : « Merci ! Avec tout ce que vous m’avez dit, je vais pouvoir aider Hanneke ! », alors, c’est un entretien réussi pour tout le monde.

Je me demande parfois si ces rendez-vous sont bien utiles, mais ces soirées ont l’avantage de permettre de voir tout le monde en une fois. Si c’est nécessaire, on prend rendez-vous pour un entretien plus long.

À la fin des rendez-vous, je suis fatiguée ! Converser toute une soirée en néerlandais en faisant bien attention à ne pas faire de fautes et à dire des choses sensées, c’est fatiguant ! Mais avec l’adrénaline, je ne suis pas capable de rentrer tout de suite. Il y a souvent quelques collègues qui traînent, avec qui je peux boire un thé et débriefer la soirée. Quand un rendez-vous s’est mal passé, c’est bien utile !

Après la soirée

Je suis toujours étonnée de l’intimité que j’entrevois pendant ces dix minutes. Pendant ce court instant, j’ai un bref aperçu de la relation que les parents entretiennent avec leurs enfants, et c’est parfois touchant, amusant, inspirant, agaçant, attristant…

Il y a :

  • les parents qui viennent seuls, parce que l’autre n’est plus dans le tableau, ou bien parce qu’il travaille toujours tard et est peu présent,
  • les parents divorcés qui viennent à deux, qui laissent leur fils s’asseoir entre eux et qui n’échangent aucun regard (le fils ne regarde d’ailleurs que moi, aucun de ses parents, quand il parle),
  • les parents qui viennent à quatre, les parents et les nouveaux conjoints, et qui admettent en rigolant que c’est en fait mieux qu’ils se soient séparés, puisque ce sont les nouveaux conjoints qui aident pour les devoirs, alors qu’eux n’en sont pas capables,
  • les parents qui sont fiers de leur fille, parce qu’elle n’a que des bonnes notes et qu’en plus, elle fait du théâtre,
  • les parents qui ne savent pas comment s’y prendre avec leur fils et qui me demandent de les aider,
  • les parents qui viennent régler leurs comptes devant moi,
  • les parents qui viennent me raconter qu’à la maison, ça ne va pas très bien, et que ça peut influencer les résultats de leur fils,
  • les parents qui parlent avec leur fille avec tant de bienveillance que j’ai envie de devenir comme eux,
  • les parents qui viennent à deux, mais où c’est seulement la maman qui parle, parce que le papa ne parle pas suffisamment bien le néerlandais,
  • les parents qui viennent juste faire connaissance avec la prof de français, parce que leur fille leur parle souvent de moi…

Bref, ce soir, j’y retourne, et je me demande comment ça va se passer !

Et toi, tu es de quel côté de la table ? Tu en penses quoi, de ces rendez-vous ? Tu imaginais qu’il y avait tant de travail et de stress côté prof ? Raconte !

A propos de l’auteur

Une Française au pays des tulipes et des moulins. Un Hollandais les pieds sur terre. Un couple "mixte". Un bébé chéri un peu surprise. Deux chats au caractère bien particulier. Une nouvelle maison pour accueillir tout ce monde là. Un congé pour profiter et bientôt, à nouveau, des élèves à embêter.