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A la une / Témoignage

Comment j’ai vécu mes deux fausses-couches

Tu as toujours quelqu’un pour te dire : « Je connais Truc et Truc qui ont déjà fait une fausse-couche, ça arrive à beaucoup de femmes, tu sais, c’est la vie, au moins, tu sais que tu n’es pas stérile… » Des mots que je n’ai plus envie d’entendre, même si c’est pour être gentil et me rassurer. Ça me donne juste envie de dire : « Tant que tu ne l’as pas vécu, tais-toi… »

Parce que moi, j’ai fait deux fausses-couches en un an.

Femme triste au bord d'un lac

Crédits photo (creative commons) : martinak15

Après un an de relation avec Mr BN, je décide d’arrêter la pilule pour faire un mini-nous. Par chance, deux mois plus tard, ça fonctionne : je suis enceinte. C’est la joie !! J’offre une paire de chaussons à Mr BN pour lui annoncer. Il est heureux, il verse sa larme.

Puis, quelques semaines après, j’ai des saignements. Je file aux urgences, et là, on me dit qu’il me faut du repos. Je dois rester allongée et ne pas faire trop d’efforts.

Arrivent ensuite les nausées, la fatigue et les vomissements… l’horreur ! Je suis malade comme un chien, et j’ai toujours des saignements. Je ne sors que pour aller chez la gynéco. Elle me dit toujours la même chose : il faut que je me repose.

Après deux mois et demi de « souffrances », je n’ai plus de vomissements et je me sens mieux. La semaine suivant mon rétablissement, j’ai rendez-vous chez la gynéco pour faire une échographie de datation. Mon mari est avec moi : habituellement, il travaille beaucoup, mais pour une fois, il a sa journée.

La gynéco est en retard de plus d’une heure. C’est dur d’attendre. Plus j’attends, plus j’ai un mauvais pressentiment.

Enfin, c’est notre tour. Je m’installe sur le fauteuil et la gynéco commence l’échographie. Je sens qu’il y a quelque chose de bizarre : il n’y a aucun son, l’électrocardiogramme est désespérément calme, aucune oscillation. La gynéco me dit que le cœur s’est arrêté, et ce depuis quelques semaines…

Mon cœur aussi s’est arrêté. Je pense que si on m’avait fait un électrocardiogramme à ce moment-là, il aurait été plat, tellement je me sentais mal. Je pleure, mon mari aussi. La gynéco n’est pas du tout conciliante : elle nous dit que ça arrive à beaucoup de femmes, qu’il faut qu’on sorte de son cabinet car elle a d’autres personnes à voir, qu’il faut que je me rende aux urgences.

Nous voilà arrivés aux urgences gynécologiques. J’attends mon tour durant des heures, à côté de futures mamans aux gros bidons. C’est très dur à vivre.

On m’appelle. Le médecin de garde me reçoit, m’explique plein de choses. Je ne comprends rien, je suis ailleurs : j’entends, mais ça ne parvient pas au cerveau.

On me fait une écho et on me demande si je veux regarder. N’importe quoi ! Pourquoi voudrais-je voir mon bébé mort ?

Le médecin me dit qu’il vaut mieux faire partir le fœtus avec un médicament, plutôt que de le faire par aspiration, car il faudrait faire une anesthésie générale et c’est toujours un peu risqué. Elle m’explique que le médicament va déclencher la fausse-couche, que ce sera comme de grosses règles et que ce sera douloureux.

Prévenir les proches est très dur aussi. J’ai du mal à appeler pour l’annoncer sans pleurer, j’ai l’impression de les décevoir, de ne pas avoir assuré…

Le lendemain, Mr BN part à la pharmacie me chercher ce fameux médicament. À partir de ce moment, c’est l’horreur : des douleurs atroces, des vomissements… mais pas de saignements. Et toujours pas après une semaine de traitement.

Je dois retourner aux urgences pour le contrôle. Comme je le pressentais, rien n’a bougé. Je suis obligée de faire une aspiration. Celle-ci est prévue une semaine après. Encore une semaine à vivre avec un fœtus mort dans le ventre, une torture…

Le jour de l’aspiration, j’avoue, je ne m’en souviens plus trop. Je pense que mon cerveau a zappé cette partie douloureuse.

Après cette terrible épreuve, on organise notre mariage en quatre mois : on veut une note positive dans notre vie. C’est un petit mariage qu’on a réalisé de A à Z. Un mariage parfait, à notre image, un moment de joie et de bonheur intenses.

Et puis, quelques mois après, on retente de faire un bébé. Je tombe enceinte. Malheureusement, la joie est de courte durée : seulement quelques jours plus tard, j’ai de nouveau des saignements très importants.

On file aux urgences. Là-bas, on me dit que je suis en train de faire une fausse-couche spontanée, encore une fois. Pas besoin de médicament : « tout » va partir tout seul. En effet, quelques jours plus tard, je prends une douche et je vois le sang couler à flot…

Je n’ai plus rien dans le ventre, je me sens vide. C’est dur. Je me demande : pourquoi moi, pourquoi nous, qu’est ce qu’on a fait de mal ?

Ça fait un peu plus de six mois que cette deuxième fausse-couche s’est passée. J’ai vu plusieurs gynécos, j’ai fait un bilan complet pour voir si quelque chose n’allait pas (des mois d’attente, d’angoisse, de peur…), qui a révélé une infection assez importante. J’ai été soignée et on m’a dit que je pouvais reprendre les essais.

C’est dur. Dans mon entourage, on m’annonce au moins deux grossesses par semaine. J’ai de plus en plus de mal à m’en réjouir, car moi aussi j’aimerais pouvoir avoir un bébé, voir mon mari heureux…

J’ai peur de tomber dans la dépression. Je me bats, mais je somatise beaucoup. J’essaye de trouver chaque jour une chose positive, de pas trop penser à ça, de ne pas me focaliser sur mon ovulation, d’organiser mes vacances pour changer d’air… mais c’est plus facile à dire qu’à faire ! Heureusement, Mr BN est toujours là. L’épreuve a renforcé notre couple.

Toutefois, si tu as des solutions pour relativiser et me sentir mieux, je les accepte avec plaisir !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !