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Quand les services sociaux ont débarqué chez moi


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Comme tu le sais déjà, je crois, je vis en Allemagne. En Allemagne, tous les châtiments corporels -y compris la fessée- sont interdits par la loi depuis l’année 2000.

Au-delà, la municipalité de la ville dans laquelle j’habite -de la taille de la ville de Nantes- a mis en place un dispositif d’accompagnement original. Dans les trois premiers mois suivant chaque naissance, une assistante sociale rend visite à la nouvelle famille. L’objectif de cet entretien est, entre autres, de prévenir toute forme de maltraitance.

Lorsque j’ai appris ça, je peux te dire que je n’étais pas ravie. J’avais la désagréable impression qu’on venait me contrôler dans mon rôle de maman. J’angoissais à l’idée de faire une erreur, un faux pas que l’assistante sociale noterait dans ses précieux papiers. Après tout, son service est aussi celui qui gère les enfants retirés de leur famille !

Avec beaucoup d’arrogance, je pensais par ailleurs ne pas être concernée. Je me revois dire à mon mari : « Ils ne peuvent pas investir leurs moyens plus efficacement ? Nous gagnons bien notre vie, nous vivons dans le meilleur quartier de la ville, nous n’avons aucun antécédent judiciaire et nous venons d’avoir notre premier enfant ! On ne fait pas partie de la population à risque, non ? » Je sais que cette remarque est idiote, que la maltraitance touche tous les milieux. Mais je crois juste que je n’avais vraiment, vraiment pas envie de recevoir cette visite !

Peluche mouton

Crédits photo (creative commons) : Nicolas Buffler

Deux mois après la naissance de Pierre, la fameuse lettre annonçant la venue de l’assistante sociale est arrivée. C’était une lettre très gentille, qui s’adressait directement à mon enfant en tant que nouveau citoyen de la ville. Sans doute pour amadouer les parents, il était écrit que l’assistante sociale lui remettrait un petit cadeau et nous fournirait beaucoup d’informations utiles. En tout cas, le rendez-vous était fixé : elle serait là dans deux semaines.

Je peux te dire que, malgré le fait que nous n’ayons strictement rien à nous reprocher, avec mon mari, nous avons serré les fesses avant ce rendez-vous ! Nous avons nettoyé l’appartement comme jamais ! Je me suis même demandée si je devais faire les vitres. Et puis je me suis dit que ça ne pouvait quand même pas rentrer dans les critères de maltraitance…

Le jour donné, vers 10h, la dame est arrivée. Elle avait l’air gentille, mais semblait très bien savoir ce qu’elle faisait. Elle a demandé à aller dans la salle de bain pour se laver les mains, et en a profité pour jeter un œil dans l’appartement. Mon bébé dormait à ce moment-là. Elle m’a fait comprendre qu’elle aimerait bien qu’il se réveille tant qu’elle serait encore là.

L’entretien a commencé. La dame s’est présentée et a présenté son service. Elle m’a ensuite informée de tout ce qu’offrait la ville pour les jeunes familles : des systèmes de garde aux cours de bébés nageurs, en passant par la bibliothèque. Puis, elle m’a proposé une lettre d’information mensuelle.

Je te résume brièvement ce passage, qui a pourtant duré une bonne demi-heure, j’imagine que rien de tout ça ne t’intéresse vraiment. J’en viens, comme elle, au fait : la prévention de la maltraitance.

Elle m’a remis une brochure et un flyer, et a commencé à me présenter des cas concrets qui pouvaient amener les parents à perdre leur sang-froid : « Une nuit, votre bébé de 3 mois vous réveille pour la huitième fois en hurlant… » ou « Un matin, vous avez un rendez-vous professionnel très important, vous devez déposer votre enfant de 2 ans à la crèche, et celui-ci refuse obstinément de mettre ses chaussures… »

Ce que j’ai beaucoup aimé dans sa façon de me parler, c’est qu’elle ne parlait pas dans le vide, elle n’évoquait pas un parent potentiel que, bien sûr, je n’étais pas. Elle me parlait à moi, et me disait en substance : « Si si, vous verrez, même si aujourd’hui ça vous semble inimaginable, il vous arrivera un jour de perdre votre sang-froid ».

Les conseils qu’elle m’a donnés pour réagir à ces situations ? Des conseils hyper pratiques, et peu philosophiques !

Par exemple : isoler l’enfant (dans son lit pour un bébé, dans sa chambre pour un plus grand) et compter jusqu’à dix, le temps de reprendre ses esprits. Ou encore : frapper sur un objet, n’importe lequel, plutôt que sur son enfant (oui, ça en faisait partie !).

Dans la brochure qu’elle m’a remise, d’autres cas concrets sont présentés de façon plus approfondie. Le flyer en reprend les grandes idées en quelques points. Il s’intitule de façon un peu humoristique : « Qui va bientôt exploser ? » En bas du flyer, la règle d’or des parents que l’assistante sociale m’a aussi donnée ce jour-là : « Continuer à penser à soi, s’accorder au moins une fois par jour un moment, même court, même insignifiant, un moment à soi. »

L’assistante sociale a ajouté que son service offrait des heures d’écoute en cas de problèmes plus graves et elle m’a donné les moyens de la contacter si besoin.

Alors que l’assistante sociale parlait, Pierre a fini par se réveiller. Elle m’a regardée interagir avec lui. Elle m’a fait quelques commentaires plutôt bienveillants et encourageants pour la jeune maman que j’étais alors. Elle a remarqué que je lui parlais français, et m’a proposé une documentation spéciale pour les familles bilingues (assez fréquentes en Allemagne). Elle a remis à mon fils le fameux petit cadeau (une petite peluche en forme de libellule qu’il adore). Et puis elle est partie.

Les premiers jours suivant cet entretien, j’ai conservé mon avis d’avant. Je me disais que l’assistante sociale avait perdu son temps, et que la municipalité gaspillait son argent. Et puis… Et puis j’ai connu les nuits presque blanches, les hurlements incessants, la frustration de la femme au foyer.

Un soir, après des heures passées à essayer d’endormir mon fils en vain, au bord de l’épuisement, j’ai failli craquer. Les sanglots sont montés dans ma gorge, je me suis dit que je n’y arriverais jamais, qu’il le faisait exprès ! L’espace d’un instant, je me suis vue le détester ! Alors j’ai repensé à la dame. J’ai déposé mon bébé dans son lit, même s’il pleurait encore. Je suis sortie de la chambre. Et j’ai compté jusqu’à dix. Et j’ai compris qu’en effet, ça pouvait arriver à tout le monde, de franchir les limites qu’on s’était pourtant fixées.

Flyer contre la maltraitance

Crédits photo : Association allemande pour la protection de l'enfance

Traduction (personnelle) :

Rester détendu facilement – Qui va bientôt exploser ?

  • Stop
    Avant d’exploser respirez profondément et comptez jusqu’à 10.
  • Si ça dérape : faites une pause
    Laissez votre bébé en sécurité dans son lit ou quittez la pièce si l’enfant est plus grand. Tout le monde va se calmer pendant la pause. Vous prendrez du recul et trouverez plus facilement une solution.
  • Vous avez perdu votre sang froid ?
    Vous avez laissé place à la colère ? Ça arrive. Dites maintenant à votre enfant que c’est terminé et réconciliez-vous avec lui.
  • Une autre alternative
    Tapez sur la table plutôt que sur votre enfant.
  • Parler aide
    Beaucoup de problèmes semblent moins insurmontables quand on en parle. Alors n’hésitez pas à téléphoner à quelqu’un.
  • En cas de conflit
    Cherchez des solutions plutôt que des fautifs. Vous irez plus vite !
  • En colère contre qui ?
    Vraiment contre votre enfant ? Ou est-ce que inconsciemment vous n’êtes pas plutôt frustré dans votre travail ou insatisfait dans votre couple ?
  • Prenez soin de vous quotidiennement
    Allez vous promener, faites du sport, mettez un CD (même si ce n’est que pour deux chansons). Cela ne permet pas seulement de réduire le stress, cela fait du bien !
  • Soyez indulgent avec vous-même
    Se fixer des objectifs inatteignables demande beaucoup d’énergie et engendre de la frustration, du stress et de la mauvaise humeur. Essayez plutôt d’avancer un pas après l’autre.

Depuis, j’ai affiché le flyer dans la chambre de bébé. C’est celui que tu vois en photo ci-dessus. Il n’est pas très joli, mais il est important pour moi. Je me dis que mon bébé a de la chance, que nous avons de la chance, de vivre dans cette ville d’Allemagne. Et je pense que cette démarche de prévention et d’accompagnement des parents, même si elle est coûteuse en temps et en argent, a quand même beaucoup de sens.

Et toi ? Tu connaissais l’existence de cette procédure ? Ça te semble une bonne chose ? Ou comme moi tu aurais beaucoup râlé avant la visite ? Dis-nous !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Je me suis installée au nord de l'Allemagne il y a cinq ans pour y rejoindre mon mari allemand. Depuis novembre 2014 je suis l'heureuse maman d'un petit garçon (franco-allemand évidemment). J'aime lire et écrire, cuisiner et bien manger, faire du crochet et surtout, partager et échanger les expériences et bonnes idées !