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A la une / Témoignage

Le point de vue du papa : mes péripéties à la naissance de mon fils

Je suis Mr Biologie, l’heureux mari de Mme Biologie (que tu peux lire sur Mademoiselle Dentelle en tant que Mme Bidou, schizophrénie, quand tu nous tiens…). Aujourd’hui, je vais te raconter comment j’ai vécu la naissance de mon fils, mais aussi ce que j’ai dû faire en catastrophe pour mettre en place mon congé paternité (celui de 11 jours). Tu vas comprendre pourquoi ça a été un peu short niveau timing !

Quentin devait naître le 10 décembre. Nous sommes à la rentrée des vacances de la Toussaint. J’étais alors muté à Marseille, à 4h de Toulouse, là où nous habitons encore actuellement.

C’est drôle, parce que je me revois encore dire à mes élèves la première semaine : « Bien ! Bonjour à tous ! Avant toute chose, je voulais vous avertir que dans les prochaines semaines, je vais avoir un coup de fil important que je ne peux pas manquer. Donc veuillez m’excuser si je laisse mon téléphone sur sonnerie. ». Nous sommes le 5 novembre, et je suis alors bien loin de savoir ce qui allait m’arriver.

Mais avant de te raconter ma folle journée, je vais t’expliquer les fabuleuses petites histoires des congés pour les papas. Nous avons droit à 3 jours ouvrés de congés à partir du jour de la naissance. Cela signifie que les weekend et les jours fériés n’en font pas partie. Si ton enfant naît le vendredi, selon l’heure, tu ne reprendras le travail que mercredi. Jusque-là, tout va bien. Vient ensuite le congé paternité, d’une durée de 11 jours consécutifs (weekend et jours fériés compris), que l’on peut prendre quand bon nous semble, pendant les 4 premiers mois de la vie de son enfant. Il n’est pas fractionnable, et on peut bien sûr l’écourter (mais qui ferait ça ???).

Donc pour en revenir à nos moutons bulgares, Mme Biologie et moi-même nous étions dit que je prendrais mes 11 jours de congé paternité tout de suite après les 3 jours du congé naissance, histoire qu’elle ne se retrouve pas toute seule à la maison avec le petit asticot. Selon la loi, il faut prévenir son employeur au minimum 1 mois en avance. Boudu ! Un mois, c’est bon, j’irai voir mon chef d’établissement une semaine après la rentrée.

Jeudi 7 novembre, 9h. Coup de fil de Mme Biologie m’expliquant que, dis-donc, ça fait bien mal dans les reins ces foutues contractions, et c’est pas cool. Sache qu’elle a toujours eu un utérus très contractile pendant sa grossesse, il ne s’arrêtait jamais ! Donc rien de nouveau cette fois, sauf que ça fait mal dans le bas du dos, c’est un signe… Mais c’est tôt quand même, beaucoup trop tôt, à 5 semaines du terme !!

Allez hop ! On y va ! En route pour l’aventure ! Banga ! Au cas où, je range un peu mon bureau (je travaille dans mon petit studio car je n’ai pas cours ce matin), et je file dans mes deux collèges (oui, parce que sinon, c’est trop facile) prévenir mes chefs d’établissement. La question est : est-ce que je peux prendre mon congé paternité ? Parce que là, le délai d’un mois ben… il est peut-être réduit à quelques heures !

photo nouveau-né dans le bras de son papa

Crédits photo (creative commons) : Ray Dumas

J’explique donc en catastrophe au chef de mon établissement de rattachement que je suis potentiellement en phase de devenir papa (HAAAAAAAAAAAAA !!!!!!!!!!!), mais que du coup c’est un peu la loose pour le mettre au courant de mon congé ! Lui personnellement se fiche de savoir si j’ai prévenu dans les délais ou pas, mais il ne sait pas s’il a le droit de m’autoriser 11 jours d’absence si je n’ai pas officiellement fait une demande un mois en avance… les joies de l’administration française.

Après un coup de fil au rectorat, nous apprenons que je peux m’en aller tranquille : si mon fils vient à naître aujourd’hui, je peux prendre mon congé paternité. Ouf ! Je cours donc dans mon autre établissement prévenir la direction, qui elle n’a pas le choix, puisqu’il ne s’agit que d’un établissement d’exercice et qu’ils ne gèrent absolument pas mon dossier (d’ailleurs ils ne gèrent pas grand chose, au vu de la situation de l’établissement…).

« Salut les collègues de SVT ! Bon, normalement, j’ai cours à 13h, mais il se peut que je vous lâche pendant deux semaines ! ». Voilà comment, de manière faussement détendue, j’annonce la nouvelle à mes collègues (collègues que j’adore d’ailleurs, je suis un peu triste de ne plus pouvoir les revoir). Ils comprennent et sont contents pour moi, ils ont hâte de voir la petite tête du bébé !

Depuis le début de la matinée, Mme Biologie me tient au courant de sa situation, je reçois un SMS à peu près toutes les demi-heures : « Je vais à l’hôpital. », « Bon, ils ne me gardent pas car je ne suis qu’à 1cm, je vais marcher… », « Toujours pas de progression, j’en ai marre d’attendre et j’ai mal ! », « Je suis sur le parking, je vois des chatons… je vais les égorger et je reviens. », « Voilà, c’est fait. », « Je vais manger »… Tous ces textos pour me dire si, oui ou non, c’était pour aujourd’hui. J’ai 4, voire 5h de route à faire s’il y a des bouchons, je ne peux pas me permettre de les faire pour rien. On attend la confirmation de l’hôpital.

Ça me met quand même un peu la pression… Il est midi, je vais à la cantine avec un collègue. On verra bien ce qu’il se passe, et puis il faut de toute manière que je prenne mes élèves à 13h (une classe chargée de quatrième en pleine crise de puberté…).

12h30, THE SMS : « Bon eh bien tu n’as pas cours cet après-midi ! Rentre à Toulouse, je vais accoucher ! ».

Heu, OK ! Je finis mes céleris rémoulade, je gobe mon endive au jambon et sa sauce béchamel, j’engloutis mon Kiri et ma pomme (oui, la cantine était dégueu…) et je décolle !! Je dois faire mon sac, retourner dans mon établissement de rattachement pour leur dire que c’est bien pour aujourd’hui, et que je pars donc pour 11 jours d’absence… Et pour me taper enfin ces fameuses 4h de route avant d’assister à la naissance de mon fils ! Pas de temps à perdre.

De passage dans la cantine, je préviens les surveillants. Un élève m’entend, il est content car du coup il n’a pas SVT cet après-midi, et il le dit un peu fort… Du coup, mes autres classes entendent et viennent me voir, tous crient leur joie, et annoncent à tout le réfectoire que je vais être papa. Je pars donc sous les applaudissements d’une bonne centaine d’élèves ! Et ça, c’est quelque chose qui m’a fait chaud au cœur.

Je finis par prendre la route à 13h30, après avoir laissé un mot à mes colocataires (la famille qui me loge) et dit au revoir à tous mes collègues.

On m’a toujours dit qu’il fallait à peu près une dizaine d’heure de travail avant un premier accouchement, et Mme Biologie m’a dit qu’elle n’en était qu’au pré-travail (une sorte de mise en bouche de ce qui l’attend !). Je roule donc l’esprit à peu près tranquille. Il ne se passe pas grand-chose pendant le trajet, je suis trop excité pour faire une pause, et de toute manière j’ai trop peur d’arriver en retard !

À une heure et demie de Toulouse, téléphone : « Tu es où ?
– À Narbonne
– Bon ça va, tu es bientôt là. Je ne suis ouverte qu’à 2cm, donc tu es large (contrairement à mon col…), prends ton temps et fait attention sur la route. »

Je reste donc serein, même si je me retrouve dans les bouchons à Toulouse, ce qui me rajoute 1h de trajet…

J’arrive enfin à l’hôpital, il est 18h30. Je demande à voir ma femme, et on m’amène dans la salle de pré-travail (pas d’évolution depuis que je suis parti). Je la vois donc, sereine, allongée dans un lit, branchée d’un peu partout. Un appareil lui prend régulièrement la tension, et un monitoring prévient quand il y a des contractions. Elle est bien contente que j’arrive enfin !

En parlant de contractions, ces dernières sont maintenant assez régulières et soutenues, au vu des grimaces auxquelles j’ai droit. Ça commence à faire mal, très mal. Mais elle reste forte. Une sage-femme la trouve même particulièrement résistante. Elle lui conseille de prendre un bain pour la soulager, et ça fonctionne.

Bilan : ma belle-mère est là, Mme Biologie est calme et reposée maintenant que je suis arrivé, tout va bien. Il ne reste plus qu’à attendre pour ma part, et à souffrir pour la sienne… C’est l’un des moments où je me sens vraiment heureux d’être un homme. Mesdames, un grand respect. Maman, je t’aime.

Justement, en parlant de ma mère : coup de téléphone. Elle veut juste prendre des nouvelles. Ça tombe bien ça, je lui annonce qu’elle va être mamie pour la troisième fois ce soir ou demain matin très tôt. Après m’avoir encouragé (pourquoi, je ne sais pas ? Ha oui, non, elle encourage Mme Biologie en fait !), on raccroche et je retourne voir ma belle.

Panique dans la salle. Son utérus a dû juger que la baignoire n’était pas assez remplie et a donc décidé de rompre la poche des eaux. J’ai raté le spectacle, mais d’après Mme Biologie, ce n’est pas un mal.

19h30, le col est dilaté à 4cm. Eh ben dis-donc, ça ne rigole plus maintenant que le patron est arrivé ! (Je parle de moi là, si si je t’assure. Comment ça, c’est pas moi le patron ?? Mais je… Bon, d’accord…). C’est vraiment à croire que son corps m’attendait. Les contractions se font vraiment plus douloureuses et elle réclame la péridurale (enfin réclame… ordonne ou supplie seraient plus appropriés), ce qui était prévu, mais elle trouve quand même qu’ils mettent du temps à lui faire ! Au bout d’un moment, direction le bloc et pose de la péridurale.

Je te passe les détails (d’autant que Mme Biologie a déjà raconté l’accouchement de son point de vue sur le blog), mais en gros, une fois la péridurale posée, nous attendons sagement que bébé veuille bien pointer le bout de son nez. Autant te dire que je ne sers strictement à rien, si ce n’est à donner des nouvelles à ma belle-mère restée dans la salle d’attente, car seule une personne est autorisée à rester au bloc. C’est d’ailleurs en revenant de la salle d’attente que je retrouve ma femme les 4 fers en l’air, avec du monde qui s’affaire autour d’elle. Si je comprend bien, c’est maintenant ! Mon cœur explose dans ma poitrine !

À 23h30, c’est le début de ce que l’on nomme si poétiquement l’expulsion. En 20 minutes (c’est long en fait, moi je croyais que ça ferai « plop ! », et ben non !), bébé sort sa tête, et le reste du corps suit. Il ne pleure pas, et nous non plus. Nous sommes pourtant tous les deux très émotifs. J’ai fondu en larmes devant le film « Marley et moi » comme jamais je n’ai pleuré dans la vraie vie. Et là, rien. Aucune émotion. Il est là. En avance, mais bien vivant, en pleine forme. Il a les yeux ouvert, il est sur sa maman, il est calme, il se réchauffe tranquillement, il prends une couleur rassurante (il était quand même tout bleu au début…) et il tête. Il est 23h58. Je suis papa et j’aime ma famille.

Et toi ? Ton compagnon était à plusieurs centaines de kilomètres de toi quand tu as commencé à accouché ? Vous aviez prévu un plan d’attaque spécial face à ce problème ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Je suis surnommé Mr Biologie car je suis prof de SVT. J'adore mon métier même si ça peut parfois être contraignant pour la vie de famille à l'inverse de ce que pense la plupart des gens.