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Moi, maman ? La mère fantasmée

On a tous dans un coin de notre tête une image de ce que l’on pensait être notre futur, cet idéal qui date de l’enfance, et qui revient parfois nous titiller la mémoire. Souvent, on s’est imaginé une vie merveilleuse et parfaite, dans laquelle nos angoisses du moment auraient disparu, se seraient évanouies et auraient fait place à des sentiments de bonheur et de confiance en soi exacerbés.

Je suis sûre que tu vois de quoi je parle ! Moi, par exemple, quand j’étais petite fille, je me voyais grande, belle et mince, avec une longue chevelure noire et lisse. Je m’imaginais astronaute, je me voyais voyageuse et aventurière. La vie normale, quoi !

Et voilà que je me retrouve vingt-cinq ans après, dans un petit 60m² étriqué ! Mes cheveux bouclés d’enfant ne sont jamais devenus lisses, je ne suis ni grande, ni mince, mais je suis au moins belle dans les yeux de mon mari (ce qui n’est déjà pas si mal !). Je travaille dans l’aéronautique, à défaut de l’aérospatial (là encore, j’aurais pu tomber plus loin du rêve !). Je ne suis ni voyageuse ni aventurière, et cette belle indépendance, cette immense confiance en moi que j’imaginais enfant, je les cherche encore.

C’est comme ça, c’est la vie, et je n’ai pas de regret particulier avec ma vie actuelle : je crois qu’en grandissant, on réalise la différence entre l’idéal et la vraie vie. Mais alors, pourquoi ne peut-on pas s’empêcher de s’imaginer en mère idéale ?

Difficultés à être mère

Crédits photo (creative commons) : Donnie Ray Jones

Moi, je pensais que je serais une mère sereine

Tout au long de ma grossesse (enfin, soyons honnête, passée l’écho du premier trimestre), j’étais confiante : je ne me faisais pas particulièrement de souci pour la santé de mon bébé, je voyais les mois défiler tranquillement, et j’étais persuadée qu’une fois les premiers jours passés, je prendrais rapidement mes marques dans mon rôle de maman, que je saurais gérer mon tout-petit.

Ben, en fait, non. La sérénité, ça ne vient pas comme ça, comme par magie, dès l’arrêt des : « Poussez, Madame, poussez ! »

Moi qui pensais naïvement reléguer mon bébé dans sa chambre dès le retour de la maternité, dans la vraie vie, je n’ai pas pu m’en séparer la nuit pendant les trois premières semaines. Je guettais sa respiration, et au moindre souffle chaotique, je me réveillais en sursaut, tous les sens aux aguets (vous avez dit sereine ?). Jusqu’à ses 10 mois, tous les soirs avant de me mettre au lit, je vérifiais que ChérieChou dormait bien (comprendre : respirait toujours). J’ai fondu en larmes chez le médecin, un soir à 20h, parce que ma fille de 4 mois avait 39°C de fièvre. Normal.

Bref, je ne suis pas une mère sereine.

Bon, avec le temps, je te rassure, je commence à gérer mes angoisses. La sérénité, ça s’apprend, au fil du temps, en même temps qu’on apprend à connaître son tout-petit et à lui faire confiance.

Moi, je pensais que je serais une mère active et voyageuse

Je m’imaginais emmener ChérieChou à droite à gauche : en balade, au resto, en voyage, chez les copains ! Et oui, c’est vrai, durant les premiers mois, c’est ce qu’on a fait. Je me souviens encore d’une soirée où j’ai dansé toute la nuit avec ChérieChou endormie contre moi dans le porte-bébé. J’ai profité des brunchs entre copines de maternité, avec nos petits adorablement endormis contre nous ou dans leur cosy. J’ai écumé les parcs et les squares, j’ai allaité dans le train, chez les copains. Bref, pendant trois mois, j’y ai cru !

Et après, la vraie vie m’a rattrapée ! Quand bébé commence à avoir ses petits rythmes de sieste et de repas, puis quand la diversification arrive, la logistique prend une autre ampleur ! Idem quand bébé commence à être lassé de rester sagement assis, alors qu’il est tellement plus drôle d’explorer le monde à quatre pattes !

J’ai commencé à avoir des scrupules à imposer des contraintes et des bouleversements à ChérieChou (cela dit, scrupules ou pas, elle m’a bien fait comprendre que les papotages entre copines, dans un endroit confiné où on ne la laissait pas vagabonder à sa guise, ça allait bien une fois, mais pas deux !). Du coup, finies les sorties avec bébé.

Qu’à cela ne tienne, j’allais sortir seule, comme avant ! Ben, en fait, non, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça, pour moi. J’ai réalisé que j’étais une maman poule, et que passer une soirée loin de mon petit bébé d’amour, alors que je le laissais déjà à la crèche toute la journée (mère ingrate !), ce n’était pas envisageable… Je suis devenue la reloue de service, quoi !

Ce symptôme semble s’atténuer avec le temps. Voir mon petit bébé grandir et découvrir ma ChérieChou de plus en plus autonome me permet de prendre du recul et du temps pour moi, pour sortir et retrouver un semblant de vie sociale.

De la même manière, je pensais pouvoir continuer à voyager : je voulais faire découvrir ce bonheur à ma fille, pour qu’elle puisse vivre toutes ces belles expériences enrichissantes. Je nous imaginais déjà sillonnant la jungle avec bébé en sac à dos : les parents aventuriers en vadrouille, avec leur parfait petit bébé ouistiti !

Mais la réticence de Mister F. a mis un frein à mon bel enthousiasme. Je le travaille sans relâche pour essayer de le motiver, mais les faits sont là : ChérieChou a plus d’1 an, et nous n’avons toujours pas voyagé en famille.

Moi, je pensais que je serais une mère sûre d’elle

J’ai toujours été à l’aise avec les enfants, j’aime m’en occuper et, comme je te le disais, c’est un des aspects que j’apprécie énormément dans la crèche parentale, notre système de garde : m’occuper de tous ces petits amours deux à trois fois par mois !

Mais en fait, quand on devient mère, on ne réfléchit plus vraiment sans son cœur. Et parfois, il faut bien le dire, les sentiments, ça fait perdre la tête ! La bouffée d’amour que je reçois en pleine face à chaque fois que je retrouve ma fille me rend fragile, et parfois incapable de gérer mes émotions.

Encore maintenant, alors qu’elle est déjà grande, il m’arrive de m’effondrer en larmes lorsque je la vois souffrir, pour des broutilles aussi banales qu’une poussée dentaire ou une mauvaise chute. Lorsque je n’arrive pas à la comprendre ou à l’apaiser, je me sens désemparée. Comment réussir à lui donner les clés pour grandir si je ne suis même pas capable de l’aider en situation de crise ?

Alors je lis, je prends conseil auprès d’autres jeunes parents, auprès des professionnelles de la crèche, auprès de ma mère ou de mes belles-sœurs, et j’essaie de relativiser. Mais franchement, ce n’est pas toujours facile. Le moindre petit grain de sable dans les rouages bien huilés de notre quotidien me fait perdre le peu de confiance que j’ai en mes compétences à être une bonne mère pour elle.

Heureusement, les choses marchent dans les deux sens, et chaque petite victoire, chaque nouveau progrès, illumine ma journée et booste ma confiance en moi.

Moi, je pensais que je serais une mère en forme

Oui, je pensais que malgré les difficultés du début dont on nous rabat les oreilles, moi, je tiendrais le coup. Je pensais que je serais plus forte, plus résistante que tout le monde et que je pourrais continuer à tout mener de front sans problème : bébé, carrière, vie sociale, vie amoureuse.

Et il a bien fallu me rendre à l’évidence : ce n’est pas le cas. Au bout de six mois, je me suis effondrée, et j’ai craqué. Mister F. a fait ce qu’il a pu, mais lui aussi était au bout du rouleau. Quand j’ai compris que mon état d’épuisement chronique m’avait menée jusqu’à la dépression post-partum, j’ai enfin accepté de mettre le holà. J’ai enfin accepté que j’étais faillible, que j’avais besoin d’aide, et que j’avais, surtout, besoin de redéfinir mes priorités.

J’ai notamment dû accepter de ne pas retrouver ma forme physique. Certes, reprendre le sport était un de mes premiers objectifs post-accouchement, mais je n’en ai clairement pas été capable pendant la première année. Mais, même si j’ai mis du temps, j’ai compris que ce n’était pas forcément grave.

Prendre le temps de me poser quelques jours, toute seule, m’a permis de me recentrer sur mes priorités du moment : mon bébé et mon couple.

Voilà, l’atterrissage a été brutal pour moi, et j’ai passé plus d’une année à essayer de faire correspondre mon attitude de mère avec l’image idéalisée que j’en avais. Certains points ont été plus faciles à accepter que d’autres, mais cette année n’a globalement pas été de tout repos.

Mais comme je suis sympa, et que je ne veux pas te faire peur, la prochaine fois, promis, je te raconterai les bonnes surprises que la maternité m’a apportées.

Et toi, chère lectrice, est-ce que tu as eu aussi besoin d’un temps d’adaptation pour pouvoir entrer dans ton rôle de parent ? Est-ce que l’arrivée d’un deuxième bébé dans la famille nous chamboule autant que la naissance d’un premier ? Viens me dire !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Jeune mariée presque trentenaire et maman depuis l'été 2014, j'essaie de concilier la vie de famille, un boulot passionnant et ma passion pour les voyages. Mister F. et ChérieChou me comblent de bonheur, même si parfois on ne sait plus où donner de la tête ! Mais bon, ça me va bien : je suis plutôt du genre à ne pas tenir en place.... Danse, lecture, piano, mais aussi boxe ou yoga, la vie à 100 à l'heure, j'aime ça !