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A la une / Témoignage

De la question de laisser pleurer bébé

Entendons-nous bien : non, je ne laisse jamais pleurer Petite Patate sans avoir vérifié que ses besoins de base (nourriture, propreté, chaleur, câlins) étaient comblés. Et non, je ne la laisse pas non plus pleurer des heures et des heures en me faisant dorer la pilule à l’autre bout de mon appartement. De toute façon, je vis dans un 40m² à Paris, donc ce serait difficile.

Mais oui, il m’arrive tous les jours de laisser pleurer Petite Patate sur des périodes de cinq à quinze minutes. Et tu sais quoi ? Elle ne semble pas s’en porter plus mal ! À 2 mois et quelques jours, c’est un bébé calme, très observateur, qui commence à faire ses nuits et de grands sourires spontanés.

Bref, tout semblait aller pour le mieux, jusqu’à ce que, par curiosité, je cherche des témoignages sur internet de gens qui laissaient un peu pleurer leurs petits. Eh bien, je n’en ai quasi pas trouvé, et je n’ai rien lu de bienveillant sur le sujet.

Les commentaires ne sont pas tendres avec la mère qui cherche une autre voie que le maternage proximal à plein temps (que je respecte, mais qui ne me correspond pas). De son côté, la presse pseudo-médicale prédit un avenir bien sombre à ma Petite Patate, entre risque suicidaire, hypertension et diabète.

Alors même que je me sentais épanouie dans ma relation avec mon bébé, alors même que je voyais bien qu’elle se développait harmonieusement, ces écrits m’ont, dans un premier temps, autant touchée que culpabilisée. Aucune maman n’a envie de lire qu’elle mène sciemment son bébé au mal-être et à la maladie.

Puis, j’ai pris un peu de recul, j’ai constaté que bébé n’allait pas si mal aujourd’hui. C’était quand même un signe que ma façon de faire n’était pas si mauvaise ! Du coup, j’ai décidé de venir te raconter mon expérience !

Laisser pleurer bébé

Crédits photo (creative commons) : Yoshihide Nomura

Septembre 2015, le compte à rebours avant l’arrivée de notre Petite Patate est lancé. C’est l’occasion du dernier cours chez la sage-femme, centré sur l’arrivée de bébé. La position de notre sage-femme est claire : un bébé, ce n’est pas que du bonheur magique rose à paillettes, ça passe (beaucoup) de temps à pleurer. Or, moins bébé pleure seul, plus il pleure entouré, dans les bras, mieux il construit une relation de confiance avec le monde extérieur.

Je suis assez déstabilisée par cet avis, amplement relayé par les blogs et les journaux féminins, ma famille ayant par ailleurs des positions très claires et absolument contraires sur le sujet (la fameuse angoisse du bébé crampon).

Entre ces deux visions très tranchées et tout aussi culpabilisantes, mon cœur balance. J’ai tendance à bien entendre l’avis des médecins d’aujourd’hui, et le besoin de sécuriser bébé, mais j’ai aussi quelques exemples autour de moi de mamans dont la vie a été complètement engloutie par des bébés très demandeurs, qui à 2 ou 3 ans ne font toujours pas leurs nuits, et ne supportent pas de s’éloigner du cocon familial…

En outre, l’image de la mère modèle qui sacrifie tout pour son enfant, de sa santé à sa personnalité, me rebute profondément. D’une part, je suis probablement trop égoïste. D’autre part, être enfant d’une mère sacrificielle ne me semble pas forcément un cadeau.

Donc je gamberge, j’échange des points de vue avec d’autres jeunes parents, et au sein d’une marée d’avis, j’en retiens trois qui me paraissent pertinents.

Celui de la psy de notre maternité : « C’est vrai, un bébé a besoin d’être accompagné dans ses pleurs, dans les bras, dans les odeurs de la maman le plus possible. Mais il n’a pas besoin non plus de sentir votre lassitude/énervement/désabusement. Donc quand les émotions produites par les pleurs du bébé deviennent trop négatives, vous posez bébé, en sécurité, et vous faîtes autre chose. »

Et ceux de ma maman : « Bébé a le droit de pleurer aussi, c’est son seul moyen de communication. Les larmes, les cris, ça a parfois besoin de sortir sans être empêché, tout simplement. »

Et aussi : « C’est à toi de tracer ta route de parent et de voir ce qu’il y a de mieux pour ton enfant. Écoute-toi et sois pragmatique. » (Ben oui, ma maman, elle n’a besoin que de deux mots pour me remettre les idées en place : c’est pour ça qu’elle est trop forte !)

Octobre arrivant, Petite Patate pointe le bout de son joli nez, et après deux jours de grand calme à la maternité (aurait-on tiré le lot du bébé-magique-qui-fait-ses-nuits-tout-de-suite ? Ha ha, nan.), les pleurs démarrent. Autant d’occasions d’examiner bébé et d’essayer de trouver ma propre voie.

Premier constat, bien évidement, elle a besoin de câlins, de proximité, et elle est loin, très loin de faire des caprices. C’est le moment des portages en écharpe, des dépôts dans le berceau quand elle est bien endormie…

Je ne me fixe que trois limites :

  • Je ne vais pas aux toilettes avec bébé (entre deux maux, les pleurs ou bébé avec soi sur le trône, il faut savoir choisir le moins pire).
  • Je termine ma douche si je suis dessous quand les pleurs démarrent (foutu pour foutu)…
  • Elle passe automatiquement un moment sans moi dans la journée. Si je l’ai eue contre moi depuis 8h le matin, à 8h du soir, je n’ai plus grand-chose à donner : mes émotions sont chamboulées, et en outre, j’ai mal au dos. Bref, une pause s’impose, et Papa prend le relais dans la demi-heure qui suit.

Il me faut quand même préciser que Petite Patate a un caractère plutôt sympa. Et si elle confond encore le jour et la nuit, elle n’a pas de problèmes de coliques. Il y a des jours sans, avec beaucoup de pleurs, mais aussi des jours cools, où elle peut rester un peu sur son transat ou son tapis, dans le calme, en découvrant le monde avec de grands yeux.

Mais si bébé évolue gentiment de son côté, mes premières semaines de mère sont entachées de culpabilité. Quoi que je fasse, j’ai l’impression de materner beaucoup trop, ou pas assez, et c’est épuisant.

Et puis, Petite Patate prend ses marques. Ses siestes s’allongent, ses yeux s’éveillent de plus en plus. Bref, elle va bien. Je n’ai certainement pas la solution universelle, mais j’ai trouvé ce qui nous convenait le mieux, à mon petit et à moi.

Au fur et à mesure qu’un petit rythme s’installe, je vois que beaucoup de blogs proposent d’accompagner les pleurs de l’enfant, sans chercher à l’empêcher :

  • En théorie, ça paraît aussi beau qu’efficace : bébé peut s’exprimer sans se frustrer, ni se sentir abandonné.
  • En pratique, si je suis fatiguée ou stressée, il m’est à peu près impossible d’accompagner bébé dans la sérénité (sérieusement, les pleurs de bébé ont quand même plus tendance à prendre aux tripes qu’à inciter une sereine bienveillance, non ?).

Quand je suis dans un marasme d’émotions, entre désolation et agacement, je n’ai pas spécialement l’impression de faire du bien à bébé par ma présence. Donc retour à la case berceau, le temps que chacun reprenne ses esprits.

Mais parfois, je suis suffisamment zen, et donc en mesure d’accompagner bébé dans ses pleurs. Et bon, honnêtement, après avoir essayé plusieurs fois, je ne suis pas sûre que ça change grand-chose. Quand ma fille est occupée à hurler, elle est occupée à hurler, et elle n’a pas l’air plus épanouie par le fait de pleurer en ma présence.

Dans la mesure où Petite Patate est sacrément sensible et sait parfaitement bien entrer en communication avec moi, j’ai tendance à penser que quand elle ne le fait pas, ben c’est qu’elle ne veut pas. Il n’y a pas d’apaisement caché, elle est juste pleinement occupée par le fait de pleurer, et s’en tamponne un peu de savoir qui l’accompagne. Alors, dans le doute, je suis présente quand je le peux, mais je ne me mets pas martel en tête quand je ne peux pas.

Bref, en conclusion, j’ai l’impression qu’on donne à cette affaire de pleurs un poids démesuré : la relation avec bébé se construit par une multitude de petites interactions, de biberons et de tétées, de couches et de bains, de balades en ville ou au parc, de sourires, de regards, de discussions et de babillages, de doutes et d’essais… Il est peu probable que la seule question de la gestion des pleurs détermine complètement la relation avec bébé, ainsi que l’ensemble de son futur médical.

Et la prochaine fois que l’internet mondial me fera culpabiliser, je commencerai par regarder ma fille rigoler avant de me dénigrer !

Et toi ? Comment gères-tu les pleurs de ton bébé ? Penses-tu qu’il est nécessaire de les accompagner, ou non ? Trouves-tu parfois internet trop culpabilisant pour les mères ? Viens en discuter…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

J'ai 32 ans, je vis à paris dans un appartement cassis et lila que mon maris a rénové de ces mains. Je fais un métier que j adore et il a quelques semaines l'arrivée de petite patate première du nom a chamboulé notre vie. Le défis pour cette année : continuer à m'éclater dans mon boulot, élever une patate épanouie et rester amoureux avec mon maris : bref y a du travail sur tous les fronts!