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A la une / Témoignage

Mon expérience de l’épuisement maternel

Cet été, Dans Ma Tribu et ses chroniqueuses prennent quelques jours de vacances… Nous serons de retour le 22 août avec des nouvelles chroniques et de nouveaux témoignages ! En attendant, nous t’avons concocté un petit best of des articles les plus vus de l’année 2016. Ce sont donc toutes tes chroniques préférées que tu retrouveras dans les jours à venir ! 🙂

On connaît tous plus ou moins le burnout professionnel, mais personnellement, je n’avais jamais entendu parler de sa forme maternelle… jusqu’à ce que ça me tombe dessus.

Tout a commencé avec les colères de ma fille. À la base, elle a un sacré caractère : les épisodes de colère ont commencé assez tôt et revenaient assez régulièrement, mais ça restait gérable. Et puis, il y a quelque temps, les colères sont revenues pour de bon, de plus en plus fortes et de plus en plus violentes. Nous avons donc pris la décision de voir un psychologue.

Le premier rendez-vous a lieu avec ma fille, mon mari et moi. On évoque les crises de colère, les causes, les moments où elles se déclenchent, la façon dont on les gère… Le psy nous donne quelques conseils et parle un peu avec ma fille.

À la maison, on essaye d’appliquer ce qu’il nous a dit. Par moments, ça se passe mieux, mais les grosses crises reviennent toujours. Leur gestion devient de plus en plus difficile.

Le deuxième rendez-vous arrive. Cette fois, mon mari ne peut pas se déplacer : je suis donc seule avec ma fille. Et au final, je parle plus avec le psy que ma fille, qu’il fait sortir pendant les trois quarts de l’entretien.

Pour lui, le comportement de ma fille ne serait qu’une réaction à mon mal-être à moi. Il me parle de burnout (appelé aussi « épuisement maternel »). Je me prends une grande claque dans la figure. Il m’incite fortement (c’est presque un ordre, en fait) à me faire arrêter et à prendre du repos.

Le rendez-vous étant sur mon temps de midi, je dois finir ma journée de boulot et mettre de côté mes émotions. Dur dur, surtout que je travaille en relation directe avec des personnes. Je prends énormément sur moi pour paraître joviale, alors que je n’ai qu’une envie : pleurer.

Une fois à la maison, je vais faire des recherches sur Internet, et ce que je trouve conforte ce que m’a dit le psy. Je me retrouve dans les descriptifs et les témoignages. Pas sur tous les points (chaque histoire est différente), mais sur beaucoup.

Je cogite pas mal, mes pensées s’entrechoquent. Je n’arrive pas encore à lâcher prise, à accepter que j’ai besoin d’aide et surtout de repos. J’en parle à quelques personnes proches, qui me poussent à m’arrêter. Mon mari me tient le même discours. Je mets quatre jours à prendre rendez-vous avec mon médecin. J’appréhende, je ne me sens pas légitime. Aller quémander un arrêt, ce n’est vraiment pas du tout mon style. Il y a la peur du regard de l’autre, de ne pas être comprise.

Au final, à peine arrivée, je fonds en larmes dans son cabinet. Heureusement, mon médecin est très compréhensif. Il ne porte pas de jugement, et me confirme au contraire que ça arrive de plus en plus. Je repars avec quelques jours d’arrêt, et quelques recommandations pour prendre soin de moi.

Epuisement maternel

Crédits photo (creative commons) : Wokandapix

Qu’est-ce que l’épuisement maternel ?

Ni baby blues, ni dépression du post-partum, l’épuisement maternel peut survenir n’importe quand, dès la naissance ou plus tard, avec le premier enfant ou le troisième… Il n’y a aucune règle. Il s’agit d’une fatigue à la fois physique et psychique, dont on ne parvient pas à se remettre et qui touche de plus en plus de mères. Ces mères cherchent sans relâche à tout bien faire, à tout contrôler, à être des mères idéales, comme celles qu’elles fantasment.

Je me retrouve bien dans cette quête de la perfection. Sauf que la perfection, ça n’existe pas… Et moins je l’atteins, plus j’essaye d’y arriver. Dans ma tête, il faut que je sois forte et que je gère les enfants, le boulot, la maison, et que ça roule comme sur des roulettes. Après tout, il y a plein de femmes qui y arrivent, alors pourquoi pas moi ? Je suis trop nulle ? Et puis, ces enfants, je les ai voulus, donc maintenant, il faut que je les assume.

La fatigue et les doutes s’accumulent. J’ai des nuits hachées depuis plus de quatre ans. Ce n’est plus aussi chaotique qu’avant, mais tout de même, je suis réveillée plusieurs fois presque toutes les nuits. Je m’oublie et fais toujours passer les autres avant moi. J’ai l’impression de courir après le temps en permanence.

Tu es peut-être en train de te demander : et ton mari ? Il ne t’aide pas ? Il m’aide, mais en raison de son travail, c’est moi qui gère la plus grosse partie du quotidien. Et le quotidien, c’est usant ! Pour ma première, je crois que j’avais besoin d’être reconnue dans mon rôle de mère et, quelque part, d’être indispensable à ce bébé. Du coup, j’ai eu du mal à déléguer (ce qui a dû arranger mon mari, qui n’est pas du tout maternant).

Sauf que ça s’est retourné contre moi, puisque maintenant, c’est presque toujours moi que les enfants sollicitent. J’en suis arrivée à un point où, par moments, je ne supporte plus le mot « Maman ». Ce petit mot magique que j’ai tellement aimé entendre les premières fois, dès qu’il arrive, je me crispe dans l’attente anxieuse de nouvelles demandes à satisfaire.

Un autre signe : ne plus avoir de patience, être énervée et agressive. Je me reconnais tout à fait dans cette description, même si ça fait mal. Je ne supporte plus les disputes, les cris et je m’énerve facilement. Je crie, je hurle à mon tour. Je deviens violente. Une gifle, une fessée partent « tout seuls ». Et après, la culpabilité pointe le bout de son nez : comment je peux faire ça à mes enfants ? Je me sens encore plus nulle et, encore une fois, j’essaye de faire mieux. Et du coup, je m’épuise encore un peu plus.

Je ne me sens pas à la hauteur, mauvaise mère, et j’en passe. Je me compare aux autres mamans et je me sens encore plus mal. La spirale infernale est en marche. Et je ne peux pas demander de l’aide : ce serait montrer que je suis défaillante dans mon rôle de mère. Je m’interdis même d’y penser : ce serait un échec. Je me mets la pression toute seule.

Tout ça, je ne l’ai analysé que par la suite, une fois consciente du problème. Sur le moment, je tentais juste de gérer au mieux.

S’en sortir

Je ne peux pas te donner beaucoup de conseils, vu que je suis encore en plein dedans, mais la première chose à faire, c’est de se reposer, de prendre du temps pour soi. Et de prendre conscience qu’on ne peut pas être parfaite, ni sur tous les fronts.

Mes quelques jours d’arrêt m’ont été bénéfiques, même s’ils n’étaient pas suffisants. Mais il était trop difficile pour moi de retourner voir mon médecin pour me faire prolonger. On ne peut pas changer du jour au lendemain, n’est-ce pas ?

Qu’est-ce que j’ai fait pendant ce temps de repos ? En premier lieu, j’ai dormi. Après avoir emmené les enfants à leurs différentes activités, je me suis recouchée, pour ne me relever qu’à midi. J’ai eu un peu peur pour la nuit suivante, mais j’étais tellement fatiguée que j’ai dormi aussi à mon heure habituelle.

J’ai pris le temps de ne rien faire, un luxe, pour moi. Il a fallu que je me raisonne pour ne pas faire mon ménage en retard, pour ne pas aller chercher les enfants plus tôt (vu que j’étais à la maison, je pouvais leur faire ce plaisir, non ?), pour ne pas faire les mille et une choses à faire dans une maison. Bien sûr, j’ai fait le minimum de lessives, vaisselles… pour faire tourner la maison, mais pas plus.

J’ai pris du temps pour moi. Ça m’a permis aussi de réfléchir et d’analyser mon comportement, les événements qui m’avaient amenée jusqu’à cette situation.

Maintenant que je suis consciente de mon épuisement, plein de choses ont changé. J’ai commencé à lâcher prise sur des détails qui avaient pris trop d’importance. J’essaye d’être plus cool, moins dans le contrôle. J’ai commencé aussi à faire le deuil de la mère idéale. Je prends plus de temps pour moi, je fais plus souvent « l’égoïste », en ne faisant pas toujours passer les autres avant moi. Ce n’est pas toujours facile, mais j’essaye.

Et puis, il faut parler : à des amis, sur des forums, dans des lieux de rencontres, tels que les Pâtes au Beurre à Nantes, la Maison Verte à Paris ou d’autres lieux d’accueil parents/enfants (il n’y a malheureusement pas toujours de tels lieux dans la région où on habite, mais ça vaut le coup de se renseigner).

L’épuisement maternel reste tabou, ce n’est pas toujours facile d’en parler autour de soi. Mais si on creuse un peu, on se rend compte que de nombreux parents traversent les mêmes difficultés. Il y a d’ailleurs un livre qui parle de ce sujet. Je ne l’ai pas encore lu, mais j’en ai entendu de très bons échos. Il s’agit de Mère épuisée de Stéphanie Allenou. Elle y parle sans détour de ce qu’elle a vécu.

Je continue les séances avec le psy, ça m’aide aussi sur d’autres points de mon histoire, qui impactent directement ou indirectement mon rôle de mère.

Être parent, c’est la plus belle aventure d’une vie, mais c’est aussi beaucoup de stress. On n’est pas toujours préparée, surtout avec l’idéalisation de la maternité par les médias. C’est du bonheur, mais pas que… Et ce n’est ni une honte ni une faiblesse que de demander de l’aide. Il y a un vieux dicton africain qui dit que pour élever un enfant, il faut tout un village.

Et toi ? Tu connais ou as connu l’épuisement maternel ? As-tu aussi ce fort désir de perfection et cette impression de ne pas gérer ? Comment t’en sors-tu ? Viens nous raconter !

A propos de l’auteur

Maman de trois jeunes enfants, j'essaie de concilier travail et vie de famille tout en gardant du temps pour moi. Autant dire que les journées sont toujours trop courtes.