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A la une / Témoignage

J’ai dû faire le deuil d’un de mes jumeaux pour que le second survive…

Ce n’est pas facile d’en parler, encore maintenant.

Le 13 novembre 2015, j’ai eu la joie (ainsi que mon mari) d’apprendre que j’étais enceinte de mon deuxième enfant. Le 23 décembre, arrive l’écho de datation. Nous sommes stressés car depuis quelques jours, j’ai des saignements. Je pense faire une fausse couche. Je m’installe et là, tout va très vite : j’attends des jumeaux ! À ce moment-là, je suis à 10 semaines de grossesse.

S’en suit l’annonce à la famille : ils sont très surpris, mais tout le monde trouve ça génial d’attendre des jumeaux. Mon mari est aux anges, moi, j’avoue que ça me fait très peur. La grossesse suit son cours, je passe le cap des 3 mois avec soulagement.

Cependant, le 29 février, tout s’effondre. J’ai des saignements importants, Chéri vient me chercher au travail. J’ai une gêne dans le vagin, je touche une sorte de grosse boule. Nous arrivons à la maternité en pleurs, adieu jolie grossesse.

Perte d'un bébé lors d'une grossesse gémellaire

Crédits photo (creative commons) : Adrian V. Floyd

Je suis prise en charge très rapidement. Mon gynéco arrive et me fait une écho pour me rassurer sur mes bébés. Ils vont bien ! Ce sont un garçon et une fille. On m’envoie tout de même faire une écho endovaginale et là, le couperet tombe : il n’y a plus de col, un bébé descend dans le vagin. Hospitalisation immédiate. Le plus dur est le regard de mon mari, je vois la peur dans son regard, je n’ai jamais vu cette expression dans ses yeux.

Les médecins sont un peu déboussolés par la situation. Ils veulent voir au jour le jour pour suivre l’évolution. On ne peut pas me provoquer un accouchement, car ça équivaudrait à une interruption médicale de grossesse, alors que les bébés n’ont aucun souci et que la situation ne me met pas en danger (physique, en tout cas).

Inconsciemment, je fais le deuil de cette grossesse et de mes enfants. Je suis tentée d’abandonner, je veux retourner chez moi, dans ma famille, retrouver ma fille. Mon gynéco me dit que je dois rester alitée totalement, c’est-à-dire pas de douche, pas de possibilité d’aller aux toilettes, rien du tout. J’ai besoin d’une infirmière pour tout, ma pudeur est mise de côté. Mon gynéco me dit qu’il faut laisser faire la nature : de toute façon, il ne peut rien faire pour l’instant.

Le 5 mars à 4h du matin, les premières contractions arrivent, et tout s’effondre une fois de plus. Je suis transférée en salle d’accouchement, mon mari arrive en catastrophe. Il est livide. La péridurale est posée, mais les contractions s’arrêtent. C’est le gynécologue de garde qui est présent, il n’est pas à l’aise avec la situation et, personnellement, je n’ai pas confiance.

J’ai des contractions environ deux à trois fois par heure. Rien de terrible, me diras-tu, mais quand tu sais que tes enfants sont condamnés, tu ne supportes rien du tout ! Alors on me donne de la morphine, car on ne veut pas me poser une autre péridurale, mais ça ne fait rien. Je reste à l’hôpital toute la journée du 5 et la nuit.

Le lendemain, une infirmière me propose gentiment de prendre une douche pour me détendre. J’accepte. Un plateau-repas m’attend également. Je reprends du poil de la bête. J’ai retenu mes bébés. Avec Chéri, on reprend espoir : on peut y arriver, après tout !

Le repas fini, je veux dormir un peu, car je suis exténuée : ça fait trente-cinq heures que je suis en salle d’accouchement. Mais d’un coup, c’est la panique : je sens des coups dans mon vagin. Je suis terrorisée, et Chéri aussi. Cette fois, c’est mon gynécologue qui est là, ainsi qu’un de ses confrères. L’anesthésiste reste à côté de moi, car je ne veux rien sentir de cet accouchement.

Tout va très vite : la poche des eaux est rompue et mon bébé est là. La puéricultrice sort avec lui pour l’accompagner jusqu’à la fin, car un bébé de 22 semaines ne peut pas survivre hors de l’utérus… Il s’appelait Édouard, il est né le 6 mars 2016 à 15h50 et décédé à 15h51. Il était très beau.

En salle d’accouchement, je sens vraiment une force m’envahir, je vais me battre jusqu’au bout ! Ma puce ne suit pas son frère, elle ne prend pas le chemin vers la sortie.

Mon gynéco décide de faire un cerclage à chaud afin de fermer le col. Cependant, il doit enlever le placenta de mon petit Édouard, ce qui s’avère très délicat, car il ne faut pas toucher la poche de l’autre bébé. Encore un petit miracle : il y arrive. Ensuite, le cerclage est posé très rapidement. C’est une petite victoire pour nous tous, mais le chemin est encore long.

Je ressens plein de sentiments contradictoires, je suis partagée entre la tristesse due à la perte de mon Édouard et la joie d’avoir réussi à garder ma fille. Je dois faire le deuil de mon bébé et de cette grossesse horrible. J’ai l’impression que c’est une nouvelle grossesse, et j’ai bien l’intention de la mener à terme.

Je vais être très surveillée : une écho toutes les semaines, un bilan sanguin tous les deux jours. Tout devient très médicalisé. C’est dur à dire, mais j’ai un peu l’impression d’être un incubateur à bébé. Je vais me battre, mais en même temps, je me demande si je dois m’attacher à ce bébé.

Je reste à la maternité six semaines, après, je rentre enfin chez moi. J’ai hâte de retrouver ma première, même si ce ne sera que le weekend, Chéri travaillant tôt le matin et tard le soir, et moi devant rester totalement alitée… Même à l’extérieur, je reste très surveillée : monitoring tous les deux jours, écho et contrôle avec le gynéco tous les quinze jours.

Psychologiquement, c’est très dur : Édouard me manque tous les jours, je me laisse envahir par des « si », par les regrets, et surtout par mon sentiment de culpabilité. Je dois faire mon deuil, facile à dire ! Face aux gens, j’essaye de faire bonne figure. La grossesse se passe bien, ma fille grandit très bien, mais bon, je suis toujours inquiète.

J’ai été délivrée (oui, c’est le terme !) le 25 juin. J’ai accouché d’une petite fille prénommée Victoire.

Ça va bientôt faire huit mois que j’ai accouché d’Édouard, et je commence à rentrer dans le processus de deuil. Je pleure encore souvent en pensant à lui, mais je suis sur le bon chemin : ce texte me permet aussi de tout mettre à plat.

Mes filles et mon mari m’aident beaucoup aussi. Ce qui a été dur également, c’est de ne pas avoir vu sur Internet des histoires similaires à la mienne. Donc voilà, j’écris d’abord pour moi, mais si jamais une autre personne est confrontée à cette épreuve, elle saura qu’elle n’est pas seule.