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A la une / Vie de maman

Sur le fil du burn-out parental

Hier, j’ai passé l’après-midi avec une amie enceinte. La première de mes amies de lycée enceinte de son premier enfant.

Contrairement à ce que je craignais, le sujet de sa grossesse, qu’elle n’aborde presque jamais avec nos autres amies, n’a pas été tabou. Oui, contrairement à ce que je craignais, car enfin, un ventre de 7 mois, c’est difficile à ignorer, et s’il y a bien un domaine où j’ai une expertise que n’ont pas mes amies, c’est bien celui de la parentalité.

Nous avons devisé grossesse/accouchement à bâtons rompus, sans que ça ne pose problème. Ce sont des sujets que j’apprécie, même si mes deux grossesses ont été globalement épouvantables et mon premier accouchement un peu raté de mon point de vue (mais le second a été top, heureusement). De toute façon, tout ça est derrière moi et j’en parle avec beaucoup de recul.

Et puis est venue la question de ce que ça faisait d’avoir un enfant à la maison. Et j’ai eu beaucoup plus de mal à me montrer enthousiaste sur le sujet : « Tu vas bien voir, hein. » « Je te laisse la surprise… » « C’est fait, c’est fait, de toute façon. » Le tout dit sur le ton de la blague (je ne suis pas sadique), mais tout de même, pensé un peu.

Les enfants, c’est comme mon couple, j’ai du mal à me souvenir de quand ça allait vraiment bien. Comme pour mon couple, j’arrive généralement à nous maintenir à un niveau acceptable d’entente, mais parfois je me demande où sont passés la passion, le plaisir.

Au quotidien, mes enfants sont plutôt de formidables empêcheurs, et pas seulement de tourner en rond. De lire, d’écrire, de dormir, de voir du monde, de sortir, de voyager, de maintenir ma maison agréable à vivre, de manger ce qui me plaît, de dépenser mon argent comme je voudrais… Ils sont toujours là, à côté de moi physiquement, à me demander des choses, à me grimper dessus, à me crier dans les oreilles, à détruire quelque chose discrètement dans la pièce voisine, et même s’ils ne sont pas là physiquement, ils sont en permanence dans un gros coin de ma tête. J’ai l’impression de m’être perdue dans cette maternité.

Crédits photo (creative commons) : Sam Pineda

Souvent, ma journée commence par des pleurs et des cris, se poursuit par des pleurs et des cris, se termine par des pleurs et des cris. Entre, il y a évidemment de beaux moments, où mes filles jouent tranquillement, où nous faisons des activités ensemble, où elles sont adorablement complices, chantent, courent, rient. Il n’empêche qu’une partie de moi reste bloquée sur la dernière crise. Et puis même quand tout va bien, moi qui ai BESOIN de solitude parfois, je vis très mal leurs intrusions continuelles qui me font perdre le fil de ma pensée, perdre le fil de mon activité, perdre la boule en définitive. C’est le supplice de la goutte d’eau.

Je sais que c’est normal, que la vie avec des enfants est une alternance perpétuelle entre conflits et osmose, tristesse infinie et joie exubérante. Je sais aussi qu’être un bon parent, quelle que soit sa conviction éducative, c’est pouvoir se montrer disponible et attentif en permanence, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et pouvoir interrompre n’importe quelle activité personnelle pour s’occuper de leurs problèmes, petits ou gros. Je le sais tout ça, et pourtant je ne le supporte plus. Je déteste mes enfants de me faire subir ça, je me déteste de ne pas réussir à gérer aussi bien que je devrais.

J’essaie de m’expliquer ce gros passage à vide :

  • Ma première qui grandit et n’est plus le petit être naïf qu’elle était il y a encore quelques années, qui est plus violente, plus incisive, plus sensible aux influences extérieures (pas toujours bonnes, évidemment), cette fusion perdue entre elle et moi.
  • Ma seconde qui est en plein terrible two, qui expérimente toute la journée au détriment de nos nerfs, qui refuse tout par principe, qui fait une montagne émotionnelle d’un rien, qui a une immense dépendance affective et veut être portée et câlinée à longueur de temps…
  • Mon travail aussi, qui m’occupe généralement neuf heures par jour en ce moment, et me tient hors de chez moi plus de onze heures en comptant les différents trajets (navette vers les lieux de garde, crochet par les magasins quand nécessaire et trajet domicile-bureau évidement).
  • Et puis parallèlement, les amies sans enfants qui réalisent leurs rêves, mon rêve en vérité, qui écrivent et publient des livres pendant que je joue la police entre mes enfants qui se battent, que j’essaie de maintenir un niveau d’hygiène acceptable chez moi et que je nettoie des culottes sales, ces amies qui se revendiquent écrivaines pendant que mon propre cerveau et ma propre flamme se ratatinent au son des comptines et des hurlements.

Non, ce n’est pas étonnant que je me sente déprimée et surmenée. Mais c’est dur.

Je ne pense être devenue une mauvaise mère pour autant. Forcément, dans cet état d’esprit, je suis moins patiente, je crie plus, je compatis moins. Mais je m’occupe de mes enfants, je les aime et je leur montre toujours. Ils sont toujours ma priorité et ce à quoi je tiens le plus au monde, loin devant tout le reste. Je ne pense pas que je les mette en danger ou qu’ils ressentent le manque de leur mère. C’est surtout à l’intérieur de moi que c’est le bazar. C’est mon individualité qui se rebelle contre ce monstre bicéphale de la mère active qui dévore tout sur son passage…

Mon amie, peut-être un brin effrayée par cette peinture elliptique (je te rappelle que je ne lui ai pas raconté tout ça en détail) mais peu engageante (je l’ai quand même bien teasée), m’a ensuite demandé ce qui était bien avec les enfants. Question qui m’a énormément gênée.

Oui, il y a des choses positives avec les enfants : leurs câlins à tout âge, l’amour indéfectible qu’ils te témoignent, leurs progrès qui t’emplissent de fierté, leur beauté aussi, cette impression de te voir toi mais en mieux, leurs petits mots rigolos et leurs éclats de rire qui réchauffent le cœur. Est-ce que pour autant, le jeu en vaut la chandelle ? Je ne sais pas… Je ne crois pas que le désir d’enfant soit rationnel. S’il l’était, si nous faisions une balance bénéfices/risques avant chaque grossesse, alors sans doute qu’il y en aurait beaucoup moins.

Rassure-toi, je sais aussi que d’autres femmes ne vivent pas tout cela comme des sacrifices et s’épanouissent pleinement dans leur rôle de mère, et je l’ai aussi dit à mon amie. Ne pas lui dire aurait été autant lui mentir que de prétendre que tout est toujours rose et beau dans la maternité. Et je lui souhaite sincèrement de ressentir, elle, cette sérénité et cet accomplissement qui nous sont tant vantés quand on devient mère.

Si nécessaire qu’il soit pour moi, cet article aura été difficile à écrire et à publier. Je terminerai donc en te demandant d’être prudente dans les commentaires. Je ne répondrai à aucun commentaire qui me jugerait pour mes propos (je suis bien consciente de ma chance immense d’avoir des enfants et en bonne santé de surcroît), ni à aucun commentaire qui utiliserait mon ressenti pour mettre son autrice en valeur (si tu es contente de la façon dont tu gères ta maternité, tant mieux, mais tu n’as sans doute pas besoin de moi pour te confirmer que tu assures).

Si je partage ce témoignage, qui fait suite au courageux article de Clémence sur son année à flirter avec la dépression post-natale, c’est pour montrer que le mal-être autour de la maternité peut persister (ou apparaître) également quand les enfants sont plus grands, et rassurer les mères qui ressentiraient la même chose sur le fait qu’elles ne sont pas seules. Je sais au fond de moi que ce n’est qu’un passage et que bientôt, l’horizon s’éclaircira, mais je pense qu’il était important de le verbaliser.

Et toi ? T’arrive-t-il (souvent) de te sentir dépassée par ton rôle de mère ? De ne pas te sentir vraiment heureuse ? De rêver d’un autre monde ? Viens me dire…

A propos de l’auteur

Jeune maman de 27 ans, au foyer, fauchée, débordée, stressée, addict aux blogs, blogueuse moi-même, addict à ma fille, fille moi-même, j'essaie de montrer ce que c'est de vivre au quotidien avec un bébé de sexe féminin et de signe taureau (donc plutôt génisse, on est d'accord) quand on n'a aucun diplôme en parentalité.