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A la une / Témoignage

La perte de mon premier enfant, ou le deuil de la naïveté

Après avoir suivi les conseils de Mademoiselle Dentelle, je me suis mise à suivre Sous Notre Toit et Dans Ma Tribu. J’aime beaucoup lire les chroniques en lectrice secrète, ces expériences me font rire, évoluer, cuisiner… Si j’ai décidé de prendre la plume aujourd’hui alors que je ne me considère pas comme une très bonne rédactrice, c’est pour te parler d’un sujet qui me touche.

Il y a quelque temps, nous étions le 15 octobre, et c’était la journée du deuil périnatal. D’autres chroniqueuses ont déjà partagé leurs expériences, je pense notamment à Urbanie ou Alia, et je souhaite rejoindre ces femmes et ces couples qui ont témoigné.

Je ne suis pas là pour effrayer les futures mamans en essais, les femmes enceintes ou les déjà-mamans qui réfléchissent au prochain, je m’excuse par avance si c’est le cas. Je veux juste témoigner d’une réalité qui touche durement de nombreuses personnes en France : la perte d’un enfant au cours de la grossesse, lors de la naissance ou dans les sept premiers jours de vie.

Deuil périnatal premier enfant

Crédits photo (creative commons) : Ersu

Notre histoire

Après cinq années de relation et un magnifique mariage, nous décidons comme beaucoup de nous lancer dans l’aventure de la parentalité en juin 2014. Après le retrait de mon stérilet, j’ai la chance (énorme) de tomber enceinte rapidement. Nous attendons notre petit bout pour juin 2015. Ma grossesse se passe merveilleusement bien : pas de nausées, pas de maux particuliers, un peu de fatigue mais c’est tout. Désolée, je sais que nous sommes loin d’être égales dans ce domaine.

Notre petit bonhomme se développe bien. Avec les travaux dans la maison que nous retapons, nous lui laissons le temps d’arriver, car il n’est pas pressé de sortir. Le suivi commence à se faire plus poussé à l’approche du terme : monitoring tous les deux jours, vérifications du col… puis après le terme. Mon gynécologue m’accorde quatre jours après le dépassement du terme, avec monitoring journalier et surveillance accrue. Et si petit bout ne vient pas, je serai déclenchée le cinquième jour. Ça nous convient très bien, à mon mari et à moi-même, car nous ne souhaitions pas forcer les choses.

C’est donc le cinquième jour que nous nous présentons de bonne heure le matin pour le déclenchement de mon accouchement. Et là, après m’avoir installée en salle de travail, impossible pour la sage-femme de trouver l’activité cardiaque. Nous attendons tendus l’arrivée du gynécologue, qui ne fait que confirmer l’horrible réalité que nous commencions tout juste à percevoir. Le cœur de notre fils s’était arrêté dans la nuit.

Je n’ai rien senti. J’avais tout juste dit à mon mari le matin que petit bout devait savoir ce qui se préparait car il ne bougeait pas trop. Nous ne pouvions rien faire. C’était fini.

S’en sont suivis trois longs jours pendant lesquels les médecins ont essayé de déclencher mon accouchement le plus naturellement possible, avant d’enfin me brancher à l’ocytocine. J’ai accouché dans le silence d’un petit garçon de 3kg500 et 55cm. Aucune anomalie sur le cordon, sur le placenta, rien au niveau des analyses sanguines, nous étions dans ces pourcentages très rares de Morts Fœtales In Utero (MFIU) non expliquées.

Les jours suivants, nous faisons face à des choix et des questions auxquels nous n’étions pas préparés : cérémonie, choix d’un cercueil, enregistrement en mairie d’un enfant né sans vie, enterrement, incinération, faire-part de décès, suivi psychologique. Nos familles sont présentes et nous soutiennent du mieux qu’elles peuvent.

Il faut savoir qu’il existe beaucoup d’associations sur le deuil périnatal qui peuvent t’aider à traverser cette épreuve plus tard, mais sur le coup, tu n’as comme ressource que le personnel de la maternité, Internet, tes parents, ta famille. Heureusement, nous étions très bien entourés et conseillés, je sais que ce n’est pas toujours le cas. Nous avons eu affaire à des gens empathiques et très efficaces.

Seize mois plus tard, où en sommes-nous ?

Eh bien, nous avons, mon mari et moi-même, eu un suivi psychologique individuel, nous avons rencontré d’autres parents dans la même situation, nous avons beaucoup pleuré, nous avons expliqué/raconté notre histoire, nous nous sommes battus contre les phrases/réactions malheureuses, nous avons remis en cause notre parentalité et nous nous sommes questionnés sur l’envie d’avoir un deuxième enfant.

Et cette épreuve continue de nous faire grandir au quotidien.

A propos de l’auteur

Jeune trentenaire, mariée depuis 2014 avec Monsieur Calme, maman de deux petits garçons, l'un décédé à la naissance et l'autre qui a 20 mois. Curieuse, toujours un projet en route et le sourire !