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A la une / Témoignage

Mon long cheminement pour accepter de devenir mère

Je ne pensais pas forcément écrire sur la grossesse. Enfin, pas sur la mienne. Mais finalement, le besoin s’est fait sentir de raconter, de mettre par écrit mes peurs, mes angoisses, quelques petits bonheurs aussi, mais surtout beaucoup de petits désagréments.

Mes doutes avant de devenir mère

Crédits photo (creative commons) : Kristina Servant

L’instinct maternel, un mythe à mes yeux

Simone de Beauvoir disait : « On ne naît pas femme, on le devient. » Cette affirmation, je peux aisément la transposer à mon état actuel : « On ne naît pas mère, on le devient. » Et je peux même extrapoler ceci aux hommes, et finalement aux couples en général : on devient parents, ce n’est pas quelque chose d’inné.

Certaines femmes pensent que l’instinct maternel va de soi. Que dès la grossesse, on accepte le fait de devenir mère, que l’instinct maternel apparaît et qu’on aime déjà son enfant à naître. J’ai quelques doutes là-dessus. Non pas que je ne sois pas heureuse d’avoir un enfant, mais je ne l’ai pas encore rencontré, on ne vit pas encore vraiment ensemble, on ne partage pas des moments de complicité réels. Alors oui, le petit bouge dans mon ventre, il vit, il grandit, se nourrit par le cordon, mais ce n’est que mécanique, un passage obligé. Pour l’instant, ce ne sont pour moi que des échanges « en surface », va-t-on dire.

Certains et certaines, des hommes, des femmes, s’extasient de la grossesse, de ce « miracle de la nature » qui fait que de deux êtres, un nouveau va se former, grandir, naître, puis grandir encore, et devenir un individu comme toi et moi. Mais moi, j’y vois plus un cycle de vie, quelque chose de naturel. Il n’y a rien de merveilleux là-dedans à mes yeux, c’est, dirons-nous, « normal »… ou plutôt, c’est comme ça.

J’ai donc du mal à me projeter en tant que future mère, avec un enfant. Du mal à me dire que je vais enfanter. Je n’étais pas forcément prête au moment où je suis tombée enceinte, et je ne pense pas forcément l’être aujourd’hui… mais peut-on vraiment l’être ? La gynécologue d’une amie qui avait un peu les mêmes peurs que moi lui a dit un jour : « Faire un enfant est un acte inconscient. » (Elle en a cinq, sa gynéco.) Oui parce que finalement, on n’est jamais prêt à accueillir tout l’imprévu que va apporter un si petit être.

Alors, je ne suis pas prête. Mais rendons-nous à l’évidence, je ne le serai jamais parce que, comme dit plus haut, je ne pense pas que ce soit quelque chose d’inscrit dans nos gènes, devenir parents, devenir mère. Seul finalement l’acte de l’enfantement et celui de la gestation le sont. Mais devenir parents, ce n’est pas ça. Ce n’est pas juste mettre au monde un petit être, puis retourner à sa vie habituelle.

Nous nous approchons ainsi de mon deuxième obstacle, sur lequel je travaille aussi…

Un engagement sur le long terme

Le rôle d’enfant est facile. On est tous des enfants. On le sera toujours. Mais nous ne deviendrons pas tous des parents, pour X ou Y raisons, par choix, etc.

Nous sommes nés dans le rôle d’enfant, et nous avons tour à tour aimé et détesté nos parents. Nous avions besoin d’eux pour d’abord nous nourrir, nous habiller, combattre nos peurs, nous prêter des sous pour acheter le dernier CD de notre artiste préféré ou nous emmener à une soirée.

Nous aurons encore besoin d’eux une fois adultes, car on reste toujours les enfants de nos parents. Ils nous accompagneront toujours dans les moments importants de nos vies comme le mariage, les enfants, les déménagements, mais aussi les tristes nouvelles. Un parent, ça ne se remplace pas comme ça, et c’est ce qui donne lieu à des histoires familiales déchirantes et à des manques pour certains enfants.

Nous les avons aussi rejetés, pour apprendre à devenir peu à peu autonomes, puis indépendants. Un peu comme pour nos premiers pas : ils nous aident, nous soutiennent, puis nous les repoussons, pour tenter tout seuls l’aventure de la bipédie. Certaines fois, on se rate, et on finit par se raccrocher à eux à nouveau. Et c’est aussi valable pour toutes les étapes de notre vie. Devenir parents, c’est aussi et surtout ça à mes yeux. C’est un engagement sur le long, très long terme.

Autant c’est moi qui ai fait les démarches et demandes pour que nous nous installions ensemble avec mon copain, autant c’est moi aussi qui lui ai demandé de devenir mon mari, autant c’est lui qui m’a dit un jour, connaissant mon besoin de me préparer en amont à devenir mère : « Maintenant, pour moi, c’est bon : je me sens prêt à devenir parent. » Je le remercierai toujours de m’avoir laissé le temps qu’il fallait pour accepter de changer de statut, de devenir parent à mon tour. (Même si je ne suis toujours pas prête.) J’ai ainsi eu le temps d’y penser, d’y réfléchir, sans pression de sa part.

Mais j’y pensais déjà depuis un moment avant, parce que je ne pouvais pas non plus reporter sans fin ce projet. En effet, je veux avoir des enfants, mais ce n’est pas non plus le but ultime de ma vie. J’ai beaucoup d’autres projets, j’en ai déjà réalisé quelques uns. Et je compte bien en réaliser d’autres. Avoir des enfants fait partie de cette globalité, même si je sais que pour d’autres, c’est un accomplissement. Chacun ses espérances, ses envies et ses buts dans la vie. Je ne jugerai personne sur ce point.

Mais malgré ce temps de réflexion, malgré le fait d’avoir ressenti un jour la balance pencher plus du côté « je suis prête » que du côté « je ne le suis pas », j’ai toujours peur de ça. Peur de devenir parent, parce que c’est un engagement à vie, parce que c’est devenir responsable de quelqu’un, et que c’est lui devoir des choses, à cet enfant. C’est un peu le plus grand engagement que l’on puisse prendre à deux.

Un cycle qui continue

Devenir mère, c’est aussi me mettre face à la vie, au cycle de celle-ci.

Pour moi, donner naissance, c’est changer le statut de mes parents, de ma dernière grand-mère en vie aussi, et le mien. C’est tous nous décaler un peu plus vers la mort. J’aimerais pouvoir vivre dans un monde à la Peter Pan, pour ne pas grandir, avoir toujours le même statut, la même place, et que mes proches aient toujours la leur aussi. Être dans un cycle immuable où personne ne vieillit, ni ne meurt.

J’ai encore du mal à accepter la mort de mes grands-parents, je pense que ça joue beaucoup. J’ai vu mes deux grands-pères s’affaiblir, je les ai vus se rapprocher de la mort, l’accepter aussi sereinement. Mais moi, je ne l’ai pas acceptée, je ne voulais pas les perdre, je n’étais pas forcément prête. Mais bon, on peut difficilement dire à la faucheuse : « Eh oh, tu ne veux pas revenir dans six mois ou cinq ans, que j’aie un peu plus le temps d’assimiler le fait que mes proches vont mourir ?! »

Puis j’ai vu ma grand-mère mourir sous mes yeux. Elle a fait un AVC le soir de l’enterrement de son mari, de mon « pépé », comme je l’appelais affectueusement. Presque toute la famille est passée la voir, nous n’étions plus tous réunis, mais elle a pu tous nous voir sur plusieurs jours à la suite. Je me rappellerai toujours de son regard la veille de l’enterrement, perdu, apeuré, mais en même temps, appréciant notre présence à ma mère et à moi.

Puis le lendemain, un peu le soulagement, et le repos, comme si les tracas étaient passés. La tristesse était toujours là, mais il y avait aussi de la joie, la joie de nous voir tous. Il y a des amis de la famille qui sont passés, elle ne les avait pas vus depuis plusieurs années, son visage s’est illuminé. Elle avait un poids en moins, elle semblait heureuse et soulagée, et c’est à ce moment qu’elle nous a quittés. Avec nous tous présents. Rien que d’y repenser, j’en ai les larmes aux yeux.

C’est la perte des êtres chers qui me fait peur. Je voudrais vivre dans un monde sans écoulement du temps, sans cela. Et avoir un enfant semble changer tout ce monde, cet équilibre, et imperceptiblement amène les pertes dans ce monde que je voudrais immuable. C’est un grand changement, et ça me perturbe.

Mon homme voit plutôt ça comme une continuité, une poursuite de la vie. Nous avons des visions un peu différentes sur ce point. Mais il a raison. Pourquoi ? Parce que nous ne vivons pas dans le Pays Imaginaire, nous ne sommes pas tous des Peter Pan et des enfants perdus qui ne grandissent plus, ne vieillissent pas et surtout, ne meurent pas.

Cet enfant pour moi

Je ne suis pas prête à devenir mère. Je n’ai pas cet instinct maternel. D’ailleurs, je n’y crois pas. Cet enfant n’est pas un but ultime dans ma vie. C’est une étape. Et je dois la franchir. J’apprendrai à devenir mère. Je travaillerai sur mes peurs et mes angoisses parce qu’il le faut, parce que nous ne vivons pas dans un monde figé et surtout, parce que le changement peut aussi avoir du bon.

La douleur ne me fait pas peur. Je n’ai pas particulièrement apprécié le début de cette grossesse, mais aujourd’hui, presque à la fin de celle-ci, je crois enfin être plus rassurée. Écrire, poser des mots sur mes angoisses, même si j’en ai déjà parlé avec des amies proches, mes parents, mon mari, et même une psy, écrire, ça m’aide beaucoup. Peut-être parce que l’on construit différemment son récit, ou parce qu’il en restera une trace. Je ne sais pas, mais ça me soulage et m’aide à être plus sereine sur ce nouvel avenir qui s’esquisse.

Nous serons trois à vivre cet accouchement. Moi parce que je ne peux m’enfuir en laissant les autres le faire à ma place. Le petit être à naître qui, même si je ne le connais pas bien encore, nous apportera beaucoup : joies et peines, sérénité et angoisses, rires et pleurs. Et mon mari, en qui je place toute ma confiance pour me soutenir, nous soutenir, nous rassurer, parce que lui se sent peut-être davantage prêt que moi. Et ensemble, nous apprendrons à devenir parents, et bientôt ce petit être prendra le rôle d’enfant. Nous nous construirons ensemble : ça, je n’en doute pas une seconde.

Maintenant, je crois que je suis enfin prête à te rencontrer, petit bébé, à changer de statut et à bouleverser tout mon monde et toutes mes certitudes. À apprendre à devenir mère.

Et pour toi ? Devenir mère n’a pas été quelque chose qui allait de soi ? Le temps qui passe te fait peur ? As-tu finalement réussi à trouver un apaisement à la fin de ta grossesse ? Raconte-nous…

Tu peux trouver la suite de cet article ici 🙂

A propos de l’auteur

Curieuse, geekette, amoureuse aussi, presque trentenaire, toujours à la recherche de nouveaux projets et bientôt maman. Un rôle auquel je tente de me préparer du mieux que je peux.