Vivre en famille : le bonheur, le bazar... et tout le reste !

La grossesse, ce merveilleux enfer…


Publié le 4 mars 2020 par Pomme Noisette

On entend souvent que chaque grossesse est différente, d’une femme à l’autre, mais également chez une même femme. Pour ma part, j’ai vécu trois fois l’expérience. Trois grossesses très différentes, certes, mais trois grossesses infernales…

Du bonheur, rien que du bonheur !

L’innocente nullipare que j’étais il y a quelques années imaginait qu’être enceinte était somme toute arborer un ventre rond et avoir la joie de sentir le miracle de la vie se développer en soi. Il est vrai qu’on évoque rarement la grossesse comme quelque chose de négatif ou même d’un tantinet contraignant. Au contraire, on entend depuis toujours que “ce n’est pas une maladie”, on véhicule l’image de la future maman épanouie, au teint lumineux et aux envies de fraises.

Ventre de femme enceinte

Crédits photo : Merdy MOUANGA

Alors, il va sans dire que lorsque les nausées, les malaises et la narcolepsie, se sont invités à la fête sans crier gare, j’ai eu le sentiment d’avoir été légèrement flouée… Sortir du lit, prendre une douche, aller travailler : tout était devenu compliqué. Cette envie de vomir me suivait comme mon ombre. Elle était là partout et tout le temps ! L’eau gazeuse, le citron, les biscuits secs… Mon corps avait décidé de ne céder à aucun remède de grand-mère. Alors, j’ai commencé à broyer du noir !

Je lis dans tes yeux : “Dis donc, tu as essayé de te secouer un peu, quand même ?” Evidemment, je n’allais pas me laisser abattre si facilement ! Encouragée par mon mari, j’ai mis en place un plan d’action : se faire violence, mettre une jolie robe, se coiffer, se maquiller, aller dîner avec mes copines : tout semblait parfait… Jusqu’à l’arrivée au restaurant où j’ai à peine adressé la parole à mes amies car trop concentrée sur une mission capitale : ne pas vomir dans ma salade César !

Comment ça, malade ?

Après m’être endormie la tête sur le clavier au travail, évanouie au milieu d’un bus parisien bondé en heure de pointe (heureusement j’étais avec Mr Geek), puis à la caisse du supermarché (heureusement le vigil était costaud et sympa), j’ai décidé d’en parler à mon médecin, qui, avec un léger rictus, a osé me dire : “ce n’est rien, juste des petits maux de grossesse”.

Rien ? Rien de pathologique au sens premier du terme, certes. Mais jamais de ma vie je ne m’étais sentie aussi mal en point. Comment pouvait-il dire que ce n’était rien ? J’étais en colère, triste, désemparée et j’ai vite compris que mon état de grossesse ne me donnait pas le droit de me plaindre. J’allais être maman, mon enfant allait bien, je devais être heureuse. Inconditionnellement heureuse.

Femme enceinte malade

Crédits photo (creative commons) : fotomelia

Ô, accouchement, délivre-moi !

J’ai eu la chance de voir mon état s’améliorer passé le cap des fameux trois mois, où j’ai pu reprendre une vie à peu près normale, avant d’être mise au repos à 25SA à cause d’un utérus trop contractile. Même si passer ses journées à lire des ouvrages sur la maternité et à regarder Downton Abbey peut sembler plaisant sur le papier, pour une hyperactive comme moi, ce fut difficile à accepter. Tu vas me dire: “Oh ça va, ce n’est que trois mois. Trois mois dans une vie, ce n’est pas grand chose !”. Vu de l’extérieur, c’est bien vrai. Mais quand tu le vis, il est souvent difficile d’avoir ce recul. J’avais l’impression d’être punie, cruellement mise à l’épreuve pour obtenir le droit d’être maman. Je ne supportais plus de partager mon corps… J’avais terriblement hâte d’accoucher, de tenir mon bébé dans mes bras, de retrouver un semblant de liberté (oui, oui, je sais, tu te dis “ahah quelle petite naïve !”, mais ça c’est une autre histoire !).

Et effectivement, mon accouchement fut une véritable délivrance. Le deuil de la grossesse est un problème que je n’ai pas eu à affronter, tant j’étais heureuse qu’elle soit enfin derrière moi.

On remet ça ?

Quand Petit Chat a eu 18 mois, la question de faire un deuxième enfant a commencé à se poser. J’étais vraiment réticente à l’idée de revivre neuf mois infernaux, mais l’envie d’agrandir la famille a pris le dessus. Et puis, cette fois-ci, j’étais préparée ! De toute façon, ça ne pourrait pas être pire que la première fois…

Enfin, ça c’est ce que je croyais… Car aux nausées perpétuelles, sont venus se greffer des vomissements intempestifs. Marcher dans la rue s’accompagnait désormais d’une nouvelle mission incongrue : repérer la poubelle la plus proche. Et prier pour qu’elle ne soit pas trop loin en cas d’alerte ! J’ai aussi eu la chance de découvrir l’existence d’un étrange phénomène qu’est l’hypersalivation. Rien de douloureux, c’est déjà ça, mais très handicapant socialement. A la maison, tu te promènes avec une tasse que tu remplis (de salive, ça va de soi) et vide à longueur de journée. A l’extérieur, tu emportes une vieille bouteille de lait partout. Tellement pratique lorsque tu dois prendre le RER pour aller passer 8h dans un open-space entourée de tes collègues qui ne sont pas au courant que tu es enceinte.

Une fois encore, le corps médical n’a pas été d’un grand soutien. Petite pensée pour le gynéco qui s’est mis à rire lorsque je lui ai parlé de ce problème. Tu me crois si je te dis que j’ai vraiment hésité à renverser ma bouteille de “lait” sur ses belles chaussures ?

Cette deuxième grossesse a pris fin à 18SA. Petite Etoile est née sans vie, dans des circonstances que je te raconterai plus tard. Jusqu’au dernier jour, j’ai souffert physiquement.

Chambre de maternité

Crédits photo (creative commons) : fotomelia

Jamais deux sans trois !

“Bon, je suppose que là tu étais vaccinée ?”, je t’entends me dire… Hé bien non, je dois être un peu maso, dans le fond ! Lorsque nos cœurs ont été prêts à faire de la place à un nouvel enfant, un troisième poussin s’est installé dans mon ventre. Et dès les toutes premières semaines de grossesse, l’angoisse m’a empoignée pour ne plus me lâcher… J’ai rapidement cessé de compter les nombreuses visites faites aux urgences pour saignements inexpliqués, et me suis retrouvée au repos forcé à 22SA tant les contractions étaient importantes.

“Le point positif, c’est que les maux des deux premières grossesses n’étaient cette fois pas présents ?” Que nenni ! Non seulement ils ne m’ont pas oubliée, mais en plus ils avaient doublé en intensité. Pour te donner une idée de la situation, j’ai dû aller vivre un mois chez mes parents pour qu’ils s’occupent de Petit Chat, tellement j’étais diminuée…

J’avais la sensation de n’être qu’un utérus sur pattes, un corps mis au service d’un enfant à naître. “Prendre mon mal en patience” était tout ce que je pouvais faire.

Et le corps déposa les armes…

Malgré le repos, j’ai perdu le bouchon muqueux à 27SA, puis me suis littéralement vidée de mon sang en pleine nuit à 28SA. Après une hospitalisation de trois jours, accompagnée d’un protocole permettant de stopper les contractions, j’ai pu rentrer chez moi, avec pour consigne de ne pas trop en faire. Même si les médecins se voulaient rassurants, j’avais l’intuition profonde que je ne mènerai pas cette grossesse à terme. Mon corps était épuisé, à court de ressources. A 29SA, vers 3h du matin, je suis réveillée en sursaut : j’ai perdu les eaux. C’est la fin, j’en suis alors persuadée, mon bébé va mourir… Encore…

J’ai immédiatement été prise en charge à l’hôpital, puis transférée dans une maternité de niveau 3. Il allait maintenant s’agir de gagner du temps : chaque jour que bébé passerait dans mon ventre serait une petite victoire. Surveillance accrue, échographies, monitorings, prises de sang, crises de larmes et d’angoisse rythmèrent ces sept jours au sein du service des grossesses à haut risque. A 30SA, Bébé Koala a décidé de venir au monde, rendant à mon corps sa liberté et m’entraînant dans la folle aventure de la grande prématurité. Mais ça, je t’en parlerai une prochaine fois !

Et toi, que t’inspire la grossesse ? As-tu aimé être enceinte ?


Pendant la grossesse, tu t’imaginais épanouie, heureuse, avec un joli ventre rond, et bien sûr, il y a de ça. Mais tu n’étais peut-être pas tout à fait préparée pour les vergetures, les coups de pied dans la vessie à 2 heures du matin et les galères administratives. On ne te la refera pas deux fois. Avec le guide hyper complet et concentré de Dans Ma Tribu, tu sauras exactement ce qui t’attend après l’accouchement. Clique ici pour en savoir plus.

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Commentaires

12   Commentaires Laisser un commentaire ?

Virg

Oh là là tu as tiré le ticket gagnant des grossesses foireuses ! Sur le coup (les 3), je n’ose pas imaginer dans quel état d’esprit et d’inquiétude on peut être. Pour la petite étoile, je te présente mes condoléances, je suis déjà en larme au moindre mal fait à un enfant dans un film depuis que je suis maman, je suis sincèrement effarée que l’on ait eu à inventer un mot : mamange.
Si tu le permets, la lecture de votre parcours parental m’a tout de suite posé une question : comment on ne reporte pas sur le 3eme ? Et comment le 1er a-t-il vécu tous ces événements ?

le 04/03/2020 à 08h57 |

Pomme Noisette

Merci pour ton commentaire ! Le grand a pris les choses comme elles venaient. Nous avons abordé le sujet naturellement avec lui, répondu à toutes ses questions sans tabou, avec des mots adaptés, bien sûr. Concernant le 3e, je pense que le fait que ce soit un garçon a beaucoup facilité les choses. Il y a bien évidemment eu des moments – surtout pendant la grossesse – où j’ai fait des parallèles, mais depuis qu’il est venu au monde, sa petite personnalité très affirmée nous empêche clairement de faire le moindre transfert.

le 04/03/2020 à 21h22 |

Weena (voir son site)

Sans être aussi handicapant que pour toi, j’ai connu cette intensification des symptômes de grossesse en grossesse … sachant que je souhaite encore deux enfants, autant dire que j’appréhende un peu la prochaine 😕 …
Je n’ose imaginer ton état à la fin de ta troisième grossesse, affronté la grande prématurité alors qu’on a déjà perdu un enfant 😱

le 04/03/2020 à 16h39 |

Pomme Noisette

Oui, c’est très difficile de faire le choix de se lancer dans une autre grossesse en sachant à quel point on risque encore d’en baver… Même si le jeu en vaut la chandelle.
Concernant la venue au monde de Bébé Koala, je crois que le fait d’avoir connu une épreuve bien plus difficile avant m’a aidée à prendre (un peu) de recul sur la situation.

le 04/03/2020 à 21h27 |

Urbanie

Comme je me reconnais dans ton récit de grossesse: pour chaque grossesse, des nausées abominables, une FATIGUE totalement délirante, et le plus souvent, le sourire narquois des médecins en guise de réponse (« c’est psychologique » – j’ai connu le deuil périnatal à deux reprises, alors pour eux, tout est « psychologique » chez moi – AU SECOURS!). Bref, compassion ++++++.

le 04/03/2020 à 16h59 |

Pomme Noisette

Le mépris du corps médical dans ce genre de situations peut être terrible…
Toutes mes condoléances pour tes anges <3

le 04/03/2020 à 21h30 |

Emilie

Sur mes 4 grossesses (3 fc, 1 seul enfant à l’arrivée) je n’ai connu que la faim. Jour et nuit, toutes les 2 heures un truc de dingue pour le moineau que je suis en temps normal. Je me suis sentie pompée, siphonnée de l’intérieur.
La grossesse m’inspire la plus grande des angoisses, je ne me suis jamais sentie sereine

le 04/03/2020 à 17h54 |

Pomme Noisette

Cette sensation de ne plus être soi-même est tellement perturbante…

le 04/03/2020 à 21h31 |

Lumi (voir son site)

J’ai connu moi aussi des premiers trimestres éprouvants avec de fortes nausées et beaucoup de vomissements. Je DÉTESTE qu’on minimise cet état à coup de « Ce n’est pas pathologique » ou de « C’est pour la bonne cause ». Comme toi je ne me suis jamais sentie aussi mal de ma vie sur une aussi longue période…

Le reste de ton parcours n’a pas été facile non plus. Je compatis sincèrement…

le 04/03/2020 à 18h01 |

Pomme Noisette

C’est très difficile de se voir indirectement qualifiée de « chochotte » alors qu’on souffre affreusement et qu’on est particulièrement vulnérable. Il est bien dommage que tout cela ne soit pas pris davantage au sérieux par les médecins, voire même par la recherche…

le 04/03/2020 à 21h40 |

Cricri2j

J ai 2 filles et une 3eme au milieu envolée à 25sa. J ai plutôt bien vécu les maux de grossesse des 2 premières. Mais pour la 3eme, enchaînée 2 mois après la perte de mon bébé j ai souffert!! Des douleurs ligamentaires, sciatique, un corps en vrac et peu d intérêt du corps médical en effet.
J ai pu trouver quelques palliatifs en médecine douce (acupuncture, sophrologie…) mais en cherchant moi-même. Si un parcours nous orientait vers des professionnels de santé adéquats en fonction de nos symptômes on se sentirait écoutées

le 08/03/2020 à 11h59 |

Pomme Noisette

Je suis désolée pour ta perte 🙁
Il est vrai que les médecines douces peuvent parfois faire des miracles. Je suis bien d’accord avec toi sur le fait qu’on en parle pas assez ! C’est bien dommage.

le 10/03/2020 à 22h03 |

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