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A la une / Récit de grossesse

La grossesse, ce merveilleux enfer…

On entend souvent que chaque grossesse est différente, d’une femme à l’autre, mais également chez une même femme. Pour ma part, j’ai vécu trois fois l’expérience. Trois grossesses très différentes, certes, mais trois grossesses infernales…

Du bonheur, rien que du bonheur !

L’innocente nullipare que j’étais il y a quelques années imaginait qu’être enceinte était somme toute arborer un ventre rond et avoir la joie de sentir le miracle de la vie se développer en soi. Il est vrai qu’on évoque rarement la grossesse comme quelque chose de négatif ou même d’un tantinet contraignant. Au contraire, on entend depuis toujours que “ce n’est pas une maladie”, on véhicule l’image de la future maman épanouie, au teint lumineux et aux envies de fraises.

Ventre de femme enceinte

Crédits photo : Merdy MOUANGA

Alors, il va sans dire que lorsque les nausées, les malaises et la narcolepsie, se sont invités à la fête sans crier gare, j’ai eu le sentiment d’avoir été légèrement flouée… Sortir du lit, prendre une douche, aller travailler : tout était devenu compliqué. Cette envie de vomir me suivait comme mon ombre. Elle était là partout et tout le temps ! L’eau gazeuse, le citron, les biscuits secs… Mon corps avait décidé de ne céder à aucun remède de grand-mère. Alors, j’ai commencé à broyer du noir !

Je lis dans tes yeux : “Dis donc, tu as essayé de te secouer un peu, quand même ?” Evidemment, je n’allais pas me laisser abattre si facilement ! Encouragée par mon mari, j’ai mis en place un plan d’action : se faire violence, mettre une jolie robe, se coiffer, se maquiller, aller dîner avec mes copines : tout semblait parfait… Jusqu’à l’arrivée au restaurant où j’ai à peine adressé la parole à mes amies car trop concentrée sur une mission capitale : ne pas vomir dans ma salade César !

Comment ça, malade ?

Après m’être endormie la tête sur le clavier au travail, évanouie au milieu d’un bus parisien bondé en heure de pointe (heureusement j’étais avec Mr Geek), puis à la caisse du supermarché (heureusement le vigil était costaud et sympa), j’ai décidé d’en parler à mon médecin, qui, avec un léger rictus, a osé me dire : “ce n’est rien, juste des petits maux de grossesse”.

Rien ? Rien de pathologique au sens premier du terme, certes. Mais jamais de ma vie je ne m’étais sentie aussi mal en point. Comment pouvait-il dire que ce n’était rien ? J’étais en colère, triste, désemparée et j’ai vite compris que mon état de grossesse ne me donnait pas le droit de me plaindre. J’allais être maman, mon enfant allait bien, je devais être heureuse. Inconditionnellement heureuse.

Femme enceinte malade

Crédits photo (creative commons) : fotomelia

Ô, accouchement, délivre-moi !

J’ai eu la chance de voir mon état s’améliorer passé le cap des fameux trois mois, où j’ai pu reprendre une vie à peu près normale, avant d’être mise au repos à 25SA à cause d’un utérus trop contractile. Même si passer ses journées à lire des ouvrages sur la maternité et à regarder Downton Abbey peut sembler plaisant sur le papier, pour une hyperactive comme moi, ce fut difficile à accepter. Tu vas me dire: “Oh ça va, ce n’est que trois mois. Trois mois dans une vie, ce n’est pas grand chose !”. Vu de l’extérieur, c’est bien vrai. Mais quand tu le vis, il est souvent difficile d’avoir ce recul. J’avais l’impression d’être punie, cruellement mise à l’épreuve pour obtenir le droit d’être maman. Je ne supportais plus de partager mon corps… J’avais terriblement hâte d’accoucher, de tenir mon bébé dans mes bras, de retrouver un semblant de liberté (oui, oui, je sais, tu te dis “ahah quelle petite naïve !”, mais ça c’est une autre histoire !).

Et effectivement, mon accouchement fut une véritable délivrance. Le deuil de la grossesse est un problème que je n’ai pas eu à affronter, tant j’étais heureuse qu’elle soit enfin derrière moi.

On remet ça ?

Quand Petit Chat a eu 18 mois, la question de faire un deuxième enfant a commencé à se poser. J’étais vraiment réticente à l’idée de revivre neuf mois infernaux, mais l’envie d’agrandir la famille a pris le dessus. Et puis, cette fois-ci, j’étais préparée ! De toute façon, ça ne pourrait pas être pire que la première fois…

Enfin, ça c’est ce que je croyais… Car aux nausées perpétuelles, sont venus se greffer des vomissements intempestifs. Marcher dans la rue s’accompagnait désormais d’une nouvelle mission incongrue : repérer la poubelle la plus proche. Et prier pour qu’elle ne soit pas trop loin en cas d’alerte ! J’ai aussi eu la chance de découvrir l’existence d’un étrange phénomène qu’est l’hypersalivation. Rien de douloureux, c’est déjà ça, mais très handicapant socialement. A la maison, tu te promènes avec une tasse que tu remplis (de salive, ça va de soi) et vide à longueur de journée. A l’extérieur, tu emportes une vieille bouteille de lait partout. Tellement pratique lorsque tu dois prendre le RER pour aller passer 8h dans un open-space entourée de tes collègues qui ne sont pas au courant que tu es enceinte.

Une fois encore, le corps médical n’a pas été d’un grand soutien. Petite pensée pour le gynéco qui s’est mis à rire lorsque je lui ai parlé de ce problème. Tu me crois si je te dis que j’ai vraiment hésité à renverser ma bouteille de “lait” sur ses belles chaussures ?

Cette deuxième grossesse a pris fin à 18SA. Petite Etoile est née sans vie, dans des circonstances que je te raconterai plus tard. Jusqu’au dernier jour, j’ai souffert physiquement.

Chambre de maternité

Crédits photo (creative commons) : fotomelia

Jamais deux sans trois !

“Bon, je suppose que là tu étais vaccinée ?”, je t’entends me dire… Hé bien non, je dois être un peu maso, dans le fond ! Lorsque nos cœurs ont été prêts à faire de la place à un nouvel enfant, un troisième poussin s’est installé dans mon ventre. Et dès les toutes premières semaines de grossesse, l’angoisse m’a empoignée pour ne plus me lâcher… J’ai rapidement cessé de compter les nombreuses visites faites aux urgences pour saignements inexpliqués, et me suis retrouvée au repos forcé à 22SA tant les contractions étaient importantes.

“Le point positif, c’est que les maux des deux premières grossesses n’étaient cette fois pas présents ?” Que nenni ! Non seulement ils ne m’ont pas oubliée, mais en plus ils avaient doublé en intensité. Pour te donner une idée de la situation, j’ai dû aller vivre un mois chez mes parents pour qu’ils s’occupent de Petit Chat, tellement j’étais diminuée…

J’avais la sensation de n’être qu’un utérus sur pattes, un corps mis au service d’un enfant à naître. “Prendre mon mal en patience” était tout ce que je pouvais faire.

Et le corps déposa les armes…

Malgré le repos, j’ai perdu le bouchon muqueux à 27SA, puis me suis littéralement vidée de mon sang en pleine nuit à 28SA. Après une hospitalisation de trois jours, accompagnée d’un protocole permettant de stopper les contractions, j’ai pu rentrer chez moi, avec pour consigne de ne pas trop en faire. Même si les médecins se voulaient rassurants, j’avais l’intuition profonde que je ne mènerai pas cette grossesse à terme. Mon corps était épuisé, à court de ressources. A 29SA, vers 3h du matin, je suis réveillée en sursaut : j’ai perdu les eaux. C’est la fin, j’en suis alors persuadée, mon bébé va mourir… Encore…

J’ai immédiatement été prise en charge à l’hôpital, puis transférée dans une maternité de niveau 3. Il allait maintenant s’agir de gagner du temps : chaque jour que bébé passerait dans mon ventre serait une petite victoire. Surveillance accrue, échographies, monitorings, prises de sang, crises de larmes et d’angoisse rythmèrent ces sept jours au sein du service des grossesses à haut risque. A 30SA, Bébé Koala a décidé de venir au monde, rendant à mon corps sa liberté et m’entraînant dans la folle aventure de la grande prématurité. Mais ça, je t’en parlerai une prochaine fois !

Et toi, que t’inspire la grossesse ? As-tu aimé être enceinte ?

A propos de l’auteur

34 ans, mariée à Mr Geek, hyperactive, hypersensible, je suis maman de deux garçons (Petit Chat, 5 ans et Bébé Koala, 1 an) et d'une petite fille (Petite Etoile, née sans vie en 2017). Loin des strass et des paillettes, je te raconte ici mon parcours de maternité.