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A la une / Témoignage

Idées reçues sur les sages-femmes… par une sage-femme

Où que tu sois, qui que tu sois, tu as eu ou auras affaire à nous dans ta vie.

À l’école, une de nos profs (pas la meilleure) nous avait dit un jour : « Nous sommes comme les croque-morts : inévitables. »

Je ne suis pas persuadée que la comparaison soit la plus adaptée, mais elle a le mérite d’être forte. Nous, sages-femmes, sommes inévitables. À tout moment de ta vie, tu peux tomber sur nous.

Sages-femmes

Crédits photo (creative commons) : Erling A

J’ai peur d’être rébarbative en te présentant toutes nos compétences, mais j’aurais peur de ne pas être suffisamment précise en ne le faisant pas. Voilà un des gros problèmes que nous rencontrons : même si nous sommes inévitables, nous sommes très méconnues.

J’aurais un million de choses à te dire sur mon métier, car il est prenant et passionnant, mais j’aimerais d’abord faire un petit tour des idées reçues. (Je précise que chaque citation est réelle, et que ces mots ont été entendus par moi-même au cours de mes cinq ans d’études ou de mon année et demi d’exercice !)

« Je ne comprends pas pourquoi ma fille n’a jamais vu de gynécologue pour sa grossesse ! Elle n’a vu qu’une sage-femme et elle arrive à son terme, maintenant. C’est inquiétant, quand même ! » La maman d’une patiente que je vois en consultation d’urgence pour des contractions.

Le fait que ta fille n’ait vu « qu’une sage-femme » est loin d’être inquiétant, c’est même complètement rassurant ! Les sages-femmes sont habilitées à suivre de A à Z la grossesse, du moment que celle-ci se déroule sans anicroche.

Dès qu’une pathologie est décelée, le relais est passé au gynécologue (ne t’inquiète pas, la sage-femme a appris pendant ses études à faire le distingo entre une grossesse normale et une grossesse dite « pathologique », et nous n’avons aucun intérêt à garder une patiente que nous ne pouvons pas gérer). Dans certains hôpitaux, si la pathologie n’est pas grave, la sage-femme peut même reprendre la surveillance de la grossesse une fois que la prise en charge initiale a été faite par le médecin.

Ça ne veut pas dire que les grossesses suivies par les gynécos sont toutes des grossesses à problèmes ! Les gynécos suivent les deux, quand les sages-femmes ne suivent que les « normales ».

« Mais… Tu sutures ?? Tu te rends compte qu’elle fait des points de suture ?
– Mais ce n’est pas au gynécologue de suturer quand il y a des points à faire ?
– Quoi ?? Mais tu peux faire des épisiotomies aussi ? » Différents membres de ma famille.

Je ne me vanterai jamais de faire des épisiotomies, car j’estime que pendant un temps (que j’espère révolu), celles-ci ont été pratiquées de manière trop systématique.

Quand je dois faire une épisiotomie, c’est que j’ai épuisé toutes les possibilités de terminer l’accouchement autrement : quand la poussée dure depuis un certain temps sans évolution, quand l’expulsion est imminente mais que l’enfant doit sortir au plus vite pour sa santé, quand les tissus sont tellement tendus qu’il est évident que si ça se déchire, les dégâts seront bien plus importants qu’avec une épisio…

L’acte ne doit pas se faire de façon irréfléchie, et c’est encore mieux si on a le temps et la possibilité d’en parler avec la patiente avant de le faire. Il arrive parfois que la simple évocation de l’épisio arrive à débloquer une situation.

L’épisiotomie ainsi que les sutures périnéales sont des actes médicaux et, bonne nouvelle, la profession de sage-femme est une profession médicale ! C’est pourquoi non seulement nous avons le droit de les faire, mais en plus, nous sommes parfaitement formées pour (ouf !).

« Il y aura qui au moment de l’accouchement ?
– Moi et l’auxiliaire puéricultrice.
– C’est tout ?
– C’est tout.
– Mais ?? C’est pas le gynécologue qui fait l’accouchement, normalement ?? » Une patiente admise pour un début de travail.

Je passerai le fait que c’est la femme qui « fait » son accouchement, et pas le praticien, qui ne fait que l’accompagner, car ce n’est pas où je veux en venir.

Le gynécologue ne « fait » l’accouchement que si tu es en clinique privée. Dans le public, il n’intervient que s’il y a besoin d’une aide instrumentale (forceps ou ventouse), et dans certains cas très particuliers où l’accouchement ne se déroule pas comme prévu.

Dans tous les autres cas, la sage-femme est évidemment habilitée, capable, formée, apte et même ravie de mettre ses compétences à ton service !

« Ça y est ? La péridurale est posée ? » Une patiente que j’ai mise en position en attendant l’anesthésiste.
« C’est vous qui allez me faire la césarienne ? » Une patiente à qui j’ai posé un cathéter avant sa césarienne.

Je me plains de la méconnaissance des actes que nous pouvons effectuer, mais voilà une parenthèse un peu rigolote concernant des actes que nous ne pouvons pas effectuer !

L’anesthésiste et l’interne d’anesthésie (médecins tous les deux) sont les seuls à pouvoir poser une péridurale. Le gynécologue-obstétricien et son interne sont les seuls à pouvoir pratiquer des césariennes.

« Ah, attends, je te laisse, y’a l’infirmière qui est là. » Une patiente au téléphone quand j’entre dans la chambre.
« Et donc, sage-femme, c’est combien d’années après infirmière ? » Un futur père qui s’informe.

On dit parfois qu’il y a une guéguerre entre les sages-femmes et les infirmières. Je pense que c’est vrai au moment M où nous entendons ce genre de phrases (à peu près dix fois dans une journée normale en suites de couches), qui sont ensuite oubliées avec bienveillance.

À titre personnel, j’admire énormément les infirmières. Mets-moi dans un service de cardiologie, je ferai moins la maligne !

Ce qui nous agace dans ces réflexions, c’est juste qu’infirmière et sage-femme, ce n’est pas la même chose. C’est comme si un plombier arrivait chez toi et que tu disais  : « Tiens, c’est le facteur ! » ou « Et sinon, il faut combien d’années après facteur pour pouvoir être plombier ? »

Nous sommes une profession médicale, au même titre que les médecins ou les dentistes : nous avons un équivalent master pour nos études, nous pouvons prescrire un certain nombre de médicaments et effectuer un certain nombre d’actes médicaux. À ce titre, nous sommes responsables pénalement de nos actes.

Si tu ne le savais pas déjà, tu l’auras maintenant compris : il n’y a aucune passerelle entre sage-femme et infirmière. Pour être infirmière, il faut passer le concours d’infirmière et faire trois ans d’école. Pour être sage-femme, il faut faire un an de médecine, passer le concours et faire quatre ans d’école. Si une infirmière veut devenir sage-femme, elle doit s’inscrire en fac de médecine et faire ses cinq ans d’études… Et vice-versa pour une sage-femme qui voudrait devenir infirmière !

(Je sais qu’il y a parfois des infirmières dans les services de maternité, mais ça ne représente qu’une très faible partie du personnel habituellement présent dans les maternités de France !)

« Vous faites vraiment le plus beau métier du monde ! » Beaucoup de gens.

Oui… et non. On ne va pas se plaindre : la profession de sage-femme bénéficie d’un très grand capital sympathie. Être sage-femme, ça évoque « donner la vie », « s’occuper des bébés »… C’est vrai, en partie.

Mais être sage-femme, pour moi, ça veut dire aussi :

  • donner son bras pour que la patiente le serre le plus fort possible pendant la contraction,
  • rassurer en parlant doucement pendant la pose de la péridurale,
  • faire la différence entre un bébé qui s’adapte doucement et un bébé qui a besoin d’oxygène et d’un pédiatre,
  • appeler l’obstétricien à 3h du matin devant un rythme cardiaque fœtal moyen qui ne s’améliore pas,
  • trouver les mots pour annoncer une césarienne en urgence,
  • prendre une heure en plein milieu de son tour de soins pour rassurer une patiente qui a un gros baby blues…

Ça veut dire accompagner la vie, mais aussi gérer l’urgence vitale et la mort. C’est côtoyer beaucoup de bonheur, mais aussi beaucoup de souffrance, et même parfois de détresse.

C’est un métier particulier, qui ne ressemble à aucun autre. Le plus beau du monde, je ne sais pas. Le plus intense du monde parfois. (Merci aux dresseurs de requins de ne pas ramener leur fraise sur les métiers plus intenses que celui de sage-femme !)

J’avoue que je n’ai pas évoqué toutes les réflexions amusantes ou erronées que j’entends sur mon métier. Mais j’ai au moins développé celles qui me tenaient à cœur, celles qui reviennent souvent dans nos discussions entre collègues.

Si le champ de compétences des sages-femmes t’intéresse (sait-on jamais), il est possible de le retrouver sur le site de l’ordre.

Et toi ? Tu avais des idées fausses sur le métier de sage-femme ? Leur champ de compétences était un peu flou pour toi ? Tu es dresseur de requins et tu aimerais ramener ta fraise ? Viens discuter !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

J'ai 25 ans, originaire du pays du vin et de la moutarde je suis sage-femme depuis 2014 en région lyonnaise, à l'hôpital principalement et occasionnellement en libéral. Ma vie de famille se résume à être en couple, heureux parents d'un chat d'1 an et demi !