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Allaiter mon fils : toute une aventure !

Ça fait maintenant cinq mois que j’allaite exclusivement mon fils. Je suis fière d’avoir réussi à surmonter les difficultés du début et d’être en mesure de nourrir mon enfant avec du lait produit par mon corps (quand on y pense, c’est quand même incroyable ! Je m’émerveille à chaque mise au sein que le corps humain soit capable de produire du lait pour subvenir aux besoins d’un nourrisson !).

On m’avait prévenue que les débuts pouvaient être difficiles et qu’il fallait environ un mois pour que l’allaitement se mette bien en place. Et heureusement que j’avais intégré cette information ! Il m’a fallu effectivement trois semaines pour que les choses aillent mieux, et un bon mois pour être à l’aise avec l’allaitement. Et depuis, tout roule comme sur des roulettes !

Allaiter en public

Crédits photo (creative commons) : Chris Alban Hansen

Les crevasses

Comme je te le disais, j’ai eu des crevasses aux deux seins dès le premier jour. Bien qu’habituellement, les crevasses puissent se guérir en quelques jours, moi, j’ai mis trois semaines pour m’en débarrasser.

Avant chaque tétée, j’exprimais un peu de lait pour en badigeonner le mamelon. Je recommençais après la tétée, et j’appliquais ensuite de la lanoline. Puis je recouvrais le tout de film plastique, qui tenait en place grâce à mon soutien-gorge. Je devais donc dormir avec un soutien-gorge, et ça, c’est vraiment pas top ! J’avais acheté des soutiens-gorge chez H&M, sans armature, donc assez confortables malgré tout, mais quand même !

La clé pour lutter contre les crevasses, c’est aussi de changer de position pour allaiter, de manière à ce que la bouche du bébé ne fasse pas toujours pression aux mêmes endroits. J’alternais donc la position de la madone avec la position allongée. Avec la madone, tu peux varier un peu la position de la bouche autour du mamelon, en mettant ton bébé plus ou moins verticalement ou horizontalement. Par contre, je n’ai jamais réussi à faire la position du ballon de rugby.

Le lait qui coule

Une chose que je ne savais pas avant la naissance de mon bébé, c’est que le lait peut couler tout seul des seins. À tout moment. Et que du coup, ça mouille les vêtements. Et ça, ça m’a pas mal agacée au début : je ne savais pas comment m’en dépatouiller.

Au début, je gérais ça avec mes compresses de lanoline, que je mettais de toute façon pour mes crevasses. Mais même sous la douche, ça coulait tout seul ! Je sortais de la douche, toute propre, pour me retrouver quelques secondes plus tard avec des coulées de lait sur le ventre. Et dès que mon bébé pleurait : hop, les seins qui coulent. Dès que je le mettais au sein : hop, le second sein qui coule.

J’ai alors découvert ce qu’étaient les coussinets d’allaitement et à quoi ils servaient ! Ils sont très pratiques pour absorber le lait qui coule, mais supposent de porter un soutien-gorge H24. Je ne voulais pas dormir avec pendant toute la durée de mon allaitement, donc j’ai trouvé la parade pour la nuit : j’ai ressorti un vieux débardeur moulant, sur lequel je colle les coussinets d’allaitement pendant la nuit, ce qui permet de les maintenir en place. Pas sexy du tout, mais pratique !

Au début, j’avais acheté des coussinets lavables en coton. Le problème, c’est qu’une fois qu’ils sont mouillés de lait, celui-ci sèche et rend les coussinets beaucoup moins doux au toucher. Avec ma sensibilité et mes crevasses, ça me faisait super mal ! J’ai donc essayé les coussinets jetables, qui absorbent en profondeur le lait et ont un effet « au sec », ce qui est beaucoup plus confortable. Malheureusement, ça fait beaucoup de déchets (mais je me rattrape avec les couches lavables !). J’ai recyclé mes coussinets lavables en cotons lavables pour le change de bébé.

Depuis que l’allaitement est bien mis en place, mes seins coulent toujours, mais beaucoup moins. Au bout de trois mois et demi, j’ai essayé de ne plus porter de coussinets en journée, et ça va. À part une petite perle de temps en temps, je n’ai plus de fuites. Il aura fallu attendre que la demande soit bien calée pour que la production se cale aussi.

L’hypersensibilité des seins

Je te l’ai dit, j’avais de base les seins hyper sensibles au toucher. Alors, avec les crevasses, ça a été multiplié par cent !

À tel point que lorsque j’ai pris ma première douche post-accouchement, au moment de passer la serviette pour m’essuyer, j’ai failli hurler de douleur ! En rentrant à la maison, j’avais tellement mal que je ne pouvais plus fermer mon peignoir. Je faisais tous mes gestes au ralenti, ou avec précaution, car le frottement inévitable des vêtements (du soutien-gorge et de son coussinet) était douloureux.

Toute cette douleur s’est fortement atténuée au bout d’un mois et a maintenant disparu. Et heureusement !

Quand je racontais tout ça à une amie, elle m’a dit : « C’est vraiment dommage que tu aies mal et qu’allaiter ne soit pas un plaisir pour toi. » J’ai pris conscience que c’était un peu une corvée, et que je n’avais jamais eu la notion de « plaisir » dans mon allaitement. Mais je me suis accrochée parce que je voulais vraiment y arriver. Et effectivement, maintenant, c’est un plaisir d’allaiter mon fils.

L’engorgement

Ce n’est pas un vrai engorgement, mais au début, il faut que la production de lait s’adapte à la demande du bébé. Ça met un peu de temps (pour moi, il a fallu attendre la fin de la poussée de croissance de la sixième semaine), et forcément, des fois, le sein est très gonflé parce qu’il a trop produit.

Ces fois-là, mon bébé n’arrivait pas à s’accrocher au mamelon. Il s’énervait dessus, ça finissait par m’énerver, et comme il sentait que j’étais énervée, il s’énervait encore plus et y arrivait encore moins. Bref, un vrai cercle vicieux !

J’ai trouvé la parade grâce aux conseils d’une amie : le bout de sein en silicone. Quand mon bébé n’arrivait pas à prendre le sein, je mettais un bout de sein en silicone pour l’aider à téter. Et pour ne pas tomber dans le piège du bout de sein (le risque, c’est qu’à force, le bébé n’arrive plus à prendre le sein sans le bout de sein), je lui enlevais au bout de cinq minutes de tétée pour qu’il continue sans. Et j’évitais de le mettre à chaque tétée : une sur deux au maximum. Cette technique a permis en prime d’aider à la cicatrisation des crevasses.

Et puis, au bout de trois mois, alors que je pensais ne plus avoir de soucis : hop, canal bouché ! Un soir, j’ai remarqué que mon sein droit était très gonflé, y compris après la tétée, et que j’avais une boule sous le sein. J’ai paniqué, je ne savais pas ce que c’était ! J’ai tiré mon lait pour vider le sein au maximum, mais rien n’y a fait. Il s’est avéré que c’étaient des canaux bouchés, mais je n’en connais toujours pas la cause (peut-être une mauvaise position ou un stress ?). Ça a fini par se régler tout seul avec la tétée de la nuit.

L’accompagnement

Pendant ces débuts difficiles, j’ai failli abandonner. Plusieurs fois. Quand j’avais mal, quand le bébé pleurait et qu’il n’y avait que moi qui pouvais agir, quand mon mari s’énervait de frustration parce qu’il ne pouvait rien faire (pour calmer les pleurs du bébé ou ma douleur), quand j’étais fatiguée mais que je devais quand même me lever la nuit, quand le bébé ne trouvait pas le sein, etc.

Mais mon mari a été formidable : il savait à quel point c’était important pour moi d’y arriver, et il m’a soutenue. Il m’a répété plusieurs fois : « Je ne sers à rien ! », mais je lui assurais que si. Il m’a aidée moralement et de manière concrète, en m’apportant notre fils, en le reprenant après pour le rot, en m’apportant à boire pendant que notre bébé tétait (parce qu’allaiter donne soif !), en allant chercher le bout de sein quand j’en avais besoin, etc.

Et puis, si j’ai pu allaiter, c’est aussi grâce à ma sage-femme, qui s’est rendue disponible quand j’en avais besoin pour répondre à mes questions et à mes craintes. Des préoccupations qui me paraissent bêtes aujourd’hui, mais qui ne l’étaient pas sur le moment.

Par exemple :

  • « Si mon bébé régurgite, est-ce qu’il garde assez de lait pour être rassasié ? »
  • « S’il fait trop chaud et que je redonne le sein pour quelques minutes, quel sein je dois donner après pour son repas ? »
  • « Comment différencier son besoin de succion et sa faim ? »
  • « Comment reconnaître une poussée de croissance ? »

Et bien d’autres encore…

L’allaitement en public

À la base, je suis une personne pudique, pas à l’aise avec mon corps. J’ai le souvenir d’une adolescence perturbée par l’acceptation de ce corps (qui n’a pourtant rien d’extraordinaire). Et même si avec le temps, je l’ai accepté et j’ai refusé d’avoir des complexes, je n’ai jamais été à l’aise dans les sports où on met son corps en scène, comme la danse.

La grossesse a changé mon point de vue. Pour la première fois (au cours du deuxième trimestre seulement !), je me suis sentie à l’aise avec moi-même. Je me suis sentie pleinement moi. Et je me suis même trouvée « belle ». Et puis est arrivé l’accouchement, où tu t’assois définitivement sur ta pudeur et sur ton intimité !

Au début de l’allaitement, je m’isolais dans une autre pièce, car avec le « saucissonnage au film alimentaire », je me retrouvais quasi torse nu. C’était tout un rituel avant et après la tétée, qui ne rendait pas la chose faisable en public. Et puis petit à petit, je me suis familiarisée avec tout ça, et les choses ont été plus faciles. De voir aussi une amie allaiter librement, dans toutes les situations et dans toutes les positions, ça m’a fait relativiser.

Maintenant, j’allaite partout, sans complexes : dans un magasin, sur une aire d’autoroute, dans un parc, pendant la visite d’un château, à table lors d’un mariage, à la terrasse d’un bar, même dans une église pour le mariage de mon beau-frère ! Selon l’endroit, je me « couvre » plus ou moins avec une écharpe. La plupart du temps, ce sont des regards bienveillants et attendris que je rencontre.

Et même si j’ai conscience que ça peut mettre mal à l’aise certaines personnes (pour en avoir longuement parlé avec une amie qui se cachait pour allaiter et ne concevait pas de faire ça en public), j’ai fini par me dire qu’après tout, si la société avait donné une image « sexuelle » à une partie du corps avant tout « nourricière », ce n’était pas mon problème.

L’habillement

Une fois rentrée chez moi, je me suis rendue à l’évidence : il y avait bon nombre de vêtements que je ne pouvais plus mettre. Je m’en suis fait toute une histoire, car je n’envisageais pas de soulever mes tee-shirts et d’avoir ainsi le ventre à l’air à chaque tétée.

J’ai cherché sur internet des vêtements d’allaitement, mais il y en a peu, et ils sont relativement chers. Il y en a quelques uns en magasin (Kiabi ou H&M), mais on a vite fait le tour, et il faut encore que les vêtements nous plaisent !

J’ai fini par acheter des hauts qui s’ouvraient sur le devant, avec une rangée de boutons, par exemple. Ou en matière suffisamment souple et élastique pour dégager un sein en tirant sur le tissu. J’ai pas mal galéré pour trouver des robes adaptées que je pourrais porter aux deux mariages qu’on avait cet été. J’ai finalement réussi avec une robe bustier et une autre robe en tissu « élastique ».

En été, c’est peut-être plus facile qu’en hiver. Je me demande encore comment je vais m’habiller quand il fera plus froid. Je pense que je continuerai à porter des gilets plutôt que des pulls (ce que je faisais déjà quand j’étais enceinte !).

Les petits + et les petits –

Les petits points moins sympas de l’allaitement :

  • Alors que j’avais réussi à préserver mes seins pendant la grossesse, lors de la montée de lait, ils ont tellement gonflé que ma peau a eu du mal à suivre. Résultat : quelques vergetures. Je pense que je me rendrai compte de l’étendue des dégâts quand j’aurai arrêté l’allaitement et qu’ils retrouveront leur forme initiale (ou pas ?!). Pour l’instant, elles sont à peine visibles parmi le réseau de veines (si tu connais le sketch de Florence Floresti, le réseau routier sur la poitrine est une image plutôt réaliste !).
  • Et puis, pour quelqu’un comme moi qui apprécie un petit verre de vin pour accompagner les bons repas, l’allaitement retarde le moment où l’on peut re-consommer de l’alcool sans danger pour le bébé.

Les petits + qui font la différence :

  • Le gros avantage mal connu de l’allaitement, c’est qu’on peut se permettre de manger plus, sans prendre un gramme. Encore mieux : en perdant ses kilos de grossesse ! J’ai retrouvé mon poids de pré-grossesse en à peine deux mois, et je me paye le luxe de bien manger le midi et de prendre un goûter tous les jours. En plus, contrairement à la grossesse, il n’y a pas de restrictions alimentaires ! (Sauf l’alcool, bien sûr, et les produits laitiers si l’enfant présente une intolérance aux protéines de lait de vache.)
  • Quand mon fils est né, j’ai découvert la force de l’amour maternel et de l’attachement d’une mère pour son enfant. Avec l’allaitement, j’étais sûre que personne ne pouvait proposer de me « l’enlever » pour le garder, puisque j’étais la seule à pouvoir le nourrir. Et comme il mangeait toutes les deux heures, je ne pouvais pas être séparée de lui bien longtemps. Évidemment, l’inconvénient qui va avec, c’est que des fois, on aurait bien besoin d’un petit moment pour soi et que c’est moins facile à organiser. Mais ça reste faisable.
  • Dernier avantage : je n’ai toujours pas eu mon retour de couches, donc ça fait plus d’un an que je n’ai pas eu de règles. Ça risque de me faire bizarre quand elles réapparaîtront, mais en attendant, je ne suis pas embêtée avec « tout ça » !

Je voulais conclure avec une autre phrase de ma super sage-femme, qui m’a dit que l’allaitement, ça se conduisait et se vivait à deux : la maman et le bébé. Quand j’ai compris que ça se jouait en duo et que ce n’était pas seulement « la maman nourrit le bébé », beaucoup de difficultés se sont envolées !

Et toi, as-tu eu des difficultés particulières avec l’allaitement ? Comment les as-tu surmontées ? Avais-tu des craintes spécifiques ? Viens nous en parler !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Nous nous sommes mariés en mai 2014 et la famille s'est agrandie pile 1 an après avec l'arrivée de notre premier fils. Crapouillou est devenu grand frère 20 mois plus tard. Madame vélo parce que je me déplace beaucoup à vélo, normal je travaille dans le développement durable (bonjour le cliché !).