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A la une / Récit de grossesse

Le poids du poids

Le poids est un sujet très sensible pour moi. Je souffre de surpoids depuis toujours. Et bien sûr j’ai eu droit aux moqueries des camarades et aux remarques de la famille pendant de longues années. Ma mère est au régime depuis aussi loin que je me souvienne et ma grand-mère maternelle aussi d’ailleurs, et probablement que mon arrière-grand-mère aussi. Forcément, je me dis qu’il y a un peu de génétique là-dedans. Pour ne pas me rassurer, du côté du Chéri il y a aussi quelques bon gros gabarits. Et forcément, voulant le meilleur pour Mininous, j’espère de tout mon cœur que nous ne lui avons pas transmis cette partie de nos patrimoines génétiques.

Verdict aux premières échographies

L’écho de datation ? On ne voit qu’une minuscule cacahuète, le cœur bat, ouf ! tout va bien.

L’écho T1 ? L’attention est plutôt dirigée vers la clarté nucale en vue de la détection de la trisomie 21, encore une fois tout va bien. Re-ouf !

Et c’est à l’écho T2 que les angoisses se pointent discrètement. Mininous est mesuré sous toutes les coutures, il s’agit de vérifier que tous les organes sont bien placés et qu’ils évoluent bien pour anticiper d’une possible malformation ou maladie. A ce niveau tout va bien. RE-RE-OUF ! excepté une petite remarque de la part du Doc : le périmètre abdominal est au-dessus de la moyenne. Rebelote chez la sage-femme lors du contrôle mensuel, avec en plus la recommandation de limiter ma consommation de sucres. Forcément mon poids est également passé à la loupe, hum j’ai pris 5 kilos, il ne faudrait pas que j’en prenne plus de 8 (quand le personnel médical me donne ce genre de recommandation j’ai juste envie de leur répondre que mon but est ÉVIDEMMENT de prendre 35 kilos mais que s’ils insistent j’essaierai de faire un effort, mais juste pour eux, parce que moi je m’en fous, évidemment).

Pour en revenir à Mininous, âgé de même pas 23 semaines de vie in utéro, il est déjà catalogué « au-dessus de la moyenne ». Et en plus c’est de ma faute, et oui j’aime manger sucré. Je suis sortie du cabinet avec l’angoisse naissante que ce scénario qui m’effraie se réalise et une ordonnance pour un test de diabète gestationnel à faire « le plus rapidement possible », (résultat revenu négatif au passage).

Crédits photo : Pixabay (Bgmfotografia)

Le dénouement à l’échographie du troisième trimestre

A peine installée sur le siège d’examen, le Doc tâte mon ventre et avant même de poser la sonde il nous dit « Eh ben, ce n’est pas un petit gabarit ». Aïe, ça recommence. Je regarde discrètement Chéri, lui ne tique pas. Il répond même au Doc : « en même temps vous trouvez qu’on ressemble à des crevettes ? ». Moi je souris, crispée. L’examen commence, tête, cerveau, cœur, artères, fémur… Tout y passe et est mesuré avec la plus grande précision et dans un silence religieux. On arrive au fameux périmètre abdominal et le verdict tombe : la mesure se situe dans le 99e percentile. Mininous fait donc partie des 1% de bébés les plus gros. 2,5 kilos estimés à 7 mois in utero, il ferait bien plus de 4 kilos au terme de la grossesse. Je demande quand même si tout va bien. Le poids c’est une chose, mais j’aimerai bien aussi savoir si mon bébé est en bonne santé. Et tout va bien. C’est déjà ça.

Et puis en épluchant le compte rendu de l’échographie je me rends compte même si ce périmètre abdominal qui affole tant le Doc est en effet très important, notre bébé est aussi bien plus grand que la moyenne selon la mesure de son fémur. Pourquoi le Doc ne nous a pas donné cette information ?

Et la cerise sur le gâteau de cet examen fut l’image 3D. Mininous y est horrible, d’énormes joues, une bouche difforme, un gros nez aplatit. Et le Doc qui nous sort sur un ton un peu moqueur «Il a déjà de bonnes joues ce petit»…. Je n’ai même pas osé partager cette photo avec nos parents.

Cette obsession du poids

Il faut que tu saches j’écris cet article à chaud, alors que je sors de cette fameuse écho T3. Dans ma tête ça tourbillonne, et je suis fâchée contre le Doc. Pourquoi faire tant d’histoire du poids d’un bébé même pas encore né ? Certes c’est une information importante pour le jour de l’accouchement, mais finalement si mon bébé est plus grand que la moyenne, c’est normal que son périmètre abdominal soit aussi au-dessus de la moyenne ? Moi ça me paraît logique en tout cas et pourtant nous n’avons absolument pas été rassurés dans ce sens. Bien au contraire. Je sais juste que j’aurai très probablement à faire une échographie de contrôle le mois prochain. Et que mon bébé est gros, et accessoirement en bonne santé (mais ça ne semblait pas être crucial aux yeux du Doc ce matin). Et puis il y a une  grosse marge d’erreur liée à la mesure.

Je suis sortie du cabinet plutôt angoissée et dépitée. La malédiction va se perpétuer. Je m’en veux d’ailleurs beaucoup d’être triste et angoissée à cause de ce détail parce que je sais très bien que le poids à la naissance de conditionne en rien l’évolution du poids au cours de la vie. D’ailleurs pourquoi figure-t-il systématiquement sur les faire-part de naissance ?

En vérité je suis intimement convaincue qu’un bébé, quel que soit son poids de naissance, sait manger à satiété et que c’est ensuite l’éducation alimentaire donnée par les parents qui est importante. Cependant, un bébé ou un jeune enfant un peu plus joufflue aura toujours droit à des remarques insidieuses de personnes extérieures du genre « Oh mais il ne manque de rien cet enfant ». Et c’est ce qui me terrorise. Je refuse que mon tout petit bébé ait à subir ce genre d’allusions dès sa naissance, ou pire qu’on me demande de limiter ou surveiller ses apports nutritifs. Et je ne ferai aucun cadeau à qui s’y essaiera.

Dans le métro qui nous ramenait chez nous, Chéri et moi étions bien silencieux. C’était surement ce sentiment étrange de ne pas réussir à se réjouir que notre enfant soit en bonne santé juste à cause de ce médecin insistant sur son poids. On essayait de se rassurer, le regard dans le vide, on sait qu’on l’aimera quoi qu’il arrive.

Et je pense qu’à ce moment le destin nous a envoyé un message, parce qu’en levant les yeux je remarque une jeune fille à l’autre bout de la rame, d’une dizaine d’année probablement, dans un fauteuil roulant à la position très spéciale assise/couchée avec des cales pour maintenir ses jambes toutes frêles en place. Elle bougeait à peine, ne parlait pas et émettait juste des sons gutturaux. L’image de cette fillette, très probablement atteinte de myopathie ou d’une autre maladie très handicapante, restera très longtemps gravée dans ma mémoire. A ce moment-là j’ai réalisé que peu importe la taille de son ventre, de son nez, de ses oreilles ou de quelque partie de son anatomie que ce soit, je ne souhaitais qu’une seule chose : que mon bébé soit en bonne santé et il l’est. Et peu importe la taille de son ventre, de son nez, de ses oreilles ou de quelque partie de son anatomie que ce soit, Chéri et moi ferons tout notre possible pour que notre enfant grandisse dans un environnement bienveillant qui lui permette de gagner cette confiance en lui qui fera de lui un adulte bien dans sa tête (dans très très très longtemps, on est bien d’accord).

Et toi ? As-tu aussi souffert d’allusions quant au poids supposé de ton bébé in utero ? Comment as-tu réagi à ces remarques du corps médical ? Raconte-moi tout !

A propos de l’auteur

La trentaine passée, j'attends mon premier bébé pour Novembre 2018. La maternité n'était pas une question évidente pour moi et il m'a fallu beaucoup de temps pour que l'envie d'avoir un enfant s'installe vraiment. Et j'ai hâte de pouvoir en parler avec toi !