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A la une / Témoignage

Ma grossesse gémellaire compliquée… et les médecins

Je t’ai parlé de mon désir d’être mère, qui me suivait depuis mon adolescence. Des essais qui ne se déroulent pas comme prévus. Des traitements pour stimuler l’ovulation. Et enfin, de la découverte de ma grossesse, quand j’allais baisser les bras. Des jumeaux.

Un bonheur immense pour nous qui en rêvions, sans oser penser que nous serions un jour vraiment parents de jumeaux. Mais ce bonheur allait bientôt avoir le goût des larmes…

Ma belle-mère avait les larmes aux yeux en apprenant ma grossesse. Elle a eu du mal à en croire ses oreilles lorsque Monsieur Lifeiscool a ajouté que nous attendions des jumeaux. Beau-papa, lui, ne n’a rien dit, avec toute sa pudeur, mais on comprenait bien qu’il est ému.

J’étais enceinte de quelques semaines seulement, c’était un peu tôt pour le dire. Mais je commençais déjà à avoir du mal à travailler, et mon ventre s’arrondissait déjà bien. Nous étions à mille lieux de nous douter d’à quel point une grossesse gémellaire est différente d’une grossesse simple, et à la rapidité à laquelle grossit le petit bidon !

Les premiers mois sont durs. Je n’ai pas de problèmes particuliers, pas de nausées, pas de maux de tête… Ce n’est pas les cheveux gras et les boutons sur le visage qui me dérangent le plus, mais plutôt l’apparition d’une sciatique dans la fesse gauche. Elle ne me quittera d’ailleurs jamais plus : même encore maintenant, elle se réveille de temps en temps.

Je demande donc à mon gynécologue de me mettre en arrêt. Il refuse, et me suggère d’aller voir la médecine du travail pour me mettre en mi-temps thérapeutique. Je ne pouvais pas être plus en mi temps que je ne l’étais à cet instant, cela n’avait aucun sens, et je ne pouvais pas continuer à travailler dans ces conditions ! Je sentais que ça travaillait là-dedans, et je voulais me préserver au maximum.

Les ennuis avec mon gynécologue commençaient à cet instant. Je suis donc allée voir mon médecin généraliste, qui me mit en arrêt au début du mois de juillet. À ce moment, j’étais à près de 14 semaines de grossesse, en arrêt maladie, je fatiguais déjà beaucoup. Mais j’étais heureuse, peu importe la fatigue, j’étais enceinte, c’était merveilleux !

Le 14 juillet, nous recevions des amis à la maison. Ma copine était elle aussi enceinte. Chose extraordinaire, nous étions tombés enceintes le même jour ! Elle s’étonnait et s’amusait de me voir déjà ronde, alors que chez elle il fallait bien regarder pour deviner sa grossesse.

Durant la nuit, je n’ai pas bien dormi, j’avais chaud, mal au dos, je n’arrivais pas à trouver une position confortable… Après deux petites heures de sommeil, je me suis réveillée trempée, de sueur mais aussi d’un liquide bizarre, incolore et inodore.

Dans la confusion du réveil, je ne me suis pas questionnée outre mesure. J’ai simplement changé de culotte, installé une serviette épaisse sur le lit, et me suis recouché, pensant avoir eu une absence urinaire.

Le lundi, j’avais un rendez-vous sans échographie chez mon gynécologue. Je lui ai parlé de ma mésaventure du 14 juillet, il m’a alors répondu, confiant : « Ne cherchez pas, vous vous êtes fais pipi dessus. Vos jumeaux sont très bas sur votre vessie et vous ne vous êtes pas sentie à ce moment là. ».

Je suis sortie du rendez-vous confiante, je devais le revoir le vendredi 19 juillet pour faire les papiers pour la trisomie 21 et une petite échographie de contrôle.

Le vendredi midi, avec Monsieur Lifeiscool, nous étions donc au rendez-vous, impatients de voir ces petites crevettes. D’autant plus que cétait la première fois que Monsieur Lifeiscool était présent lors d’une échographie ! Je me suis installée, le gynécologue a allumé son échographe, pris deux-trois mesures, nous a fait écouter les cœurs… Puis il a froncé les sourcils.

Je me demandais quand est-ce qu’il allait nous cracher le morceaux. Il est resté silencieux comme ça un moment. Il a continué à prendre des mesures, à regarder nos crevettes sous différents angles. J’ai fini par lui demander ce qu’il se passait.

Il m’a regardé, a pointé le doigt sur le côté gauche de mon ventre. Et il dit, impassible : « Je ne suis pas très confiant pour ce petit bout là. »

Il ne répondit pas de suite à mon inquiétude. Il a d’abord continué à regarder des volutes de couleurs sur son échographe, farfouillé… Puis il finit par dire : « Il n’a pas de liquide, je ne trouve pas son rein ni sa vessie. Je pense que ce bébé à un syndrome de Potter. Rhabillez vous. ».

Un syndrome de quoi ? Mais on fait quoi maintenant ? Qu’est-ce qui va se passer ? C’est fini ?

Dans son bureau, j’ai craqué, j’ai fondu en larmes. Monsieur Lifeiscool essayait de me réconforter, mais plus il me pressait la main, plus je pleurais.

Le gynécologue me dit qu’il n’était sûr de rien. Il m’a redirigé vers un de ses collègues au centre hospitalier, spécialisé dans les grossesses à risque, qui pourrait peut-être nous éclairer. Il a griffonné un courrier et me l’a tendu en me disant d’appeler en urgence pour un rendez-vous le plus rapidement possible.

Nous ne disions plus rien. Notre monde était en train de s’écrouler sous nos pieds, et on ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre ce fichu rendez-vous fixé au lundi à 20h. Le weekend a été long, nous n’avons vu personne et n’en avons pas parlé.

photo de grossesse mélancolique noir et blanc

Crédits photo (creative commons) : Evgeniy Isaev

Lundi est arrivé. La journée a été interminable. Nous sommes arrivés à 20h dans la salle d’attente, le gynécologue avait déjà une demie-heure de retard sur son planning. Nous sommes enfin passé dans son cabinet à 21h.

Il a lu la lettre avec attention et m’a posé tout un tas de questions. Je l’ai informé de cette fameuse nuit où je m’étais réveillée trempée.

Il n’a rien dit sur le moment et m’a fait passer l’échographie. Il a regardé, appuyé sur mon ventre… Ça m’a fait mal, mais je n’ai rien dit. Il a secoué la sonde pelvienne pour faire bouger le deuxième bébé, puis l’a retiré et a dit :

« Bon, je ne trouve pas non plus de reins ni de vessie, mais ça ne veut rien dire. Il est encore tôt dans la grossesse pour être certain que votre bébé a un syndrome de Potter. En revanche, ce qui est sûr c’est qu’il n’a plus de liquide amniotique, et je pense que cette fameuse nuit, vous avez perdu les eaux. Vous auriez dû le perdre, mais son colocataire n’était pas d’accord et l’a plaqué contre la paroi de votre utérus. Du coup, il continue de se développer. »

Complètement perdue, je lui ai demandé ce qu’il allait falloir faire.

« Eh bien… Je pense qu’il va falloir faire une IMG. Pas sur les deux, seulement sur celui qui ne va pas bien. Mais il ne va pas falloir attendre trop longtemps, sinon il y aura des risques pour l’autre. Le délai de réponse est d’un mois. Réfléchissez bien, posez-vous les bonnes questions. Une IMG, ce n’est pas rien. Soit vous décidez de la pratiquer, et votre deuxième bébé se développera normalement et vous accoucherez à terme. Soit vous décidez de ne pas la faire, vous continuez votre grossesse normalement, mais vous accoucherez avant terme. »

Et voilà, l’épée de Damoclès tournoyait au dessus de nos têtes. Il allait falloir faire un choix et le bon, ou plutôt le plus juste à nos yeux. Nous avons informés nos familles respectives et le quotidien commença à se faire pesant.
Monsieur Lifeiscool se renfermait sur lui-même, il ne voulait plus toucher mon ventre, il ne voulait plus parler du deuxième bébé.

Nous qui, une semaine auparavant, avions acheté les lits…

Je me trainais, les journées étaient des supplices, les nuits des réceptacles à mes prières. Je sombrais dans une profonde dépression, et je me retrouvais à prendre des anxiolytiques.

Le mois de juillet se termina péniblement, le mois d’août commença avec son lot de questions. Qu’allions-nous faire ? Allions-nous prendre le risque de mettre en danger la vie de notre premier jumeau ? Avions-nous donné toutes ses chances à notre deuxième bébé ?

Fin août est arrivé, le rendez-vous pour la réponse aussi. Entre-temps, nous avions vu le premier gynécologue, qui, lui, ne se posait pas plus de questions que ça : pour lui tout allait bien, et même de manière plutôt miraculeuse, notre bébé allait parfaitement bien… Incompétent et incapable, mais ça, nous ne nous en rendrions compte que plus tard.

Ce jour-là, nous avions donc rendez-vous avec le spécialiste. Il pourrait en profiter pour faire l’échographie morphologique, et avec un peu de chance, pourrait me dire le ou les sexes de mes bébés. Monsieur Lifeiscool ne pouvait pas être là, c’est ma maman qui m’accompagnait, elle avait peur elle aussi.

Elle angoissait mais tenait bon, elle faisait mine d’être sereine. Mais je la connais, et je sais que lorsqu’elle est stressée, elle gratte la paume de sa main. Ce qu’elle ne manquait pas de faire !

Durant l’échographie, nous avons pu discerner un peu mieux les pieds, les mains, les visages. Mais mon deuxième bébé était tellement serré qu’on ne pouvait pas savoir son sexe, en revanche nous avons pu apprendre qu’il a bien ses deux reins et sa vessie !

Le gynécologue a pris les mesures de mon premier bébé, et m’a dit qu’il était un peu petit, mais que c’était normal, puisqu’il n’était pas tout seul là-dedans. Et puis en prime, je ne suis pas une femme très grande, voire même plutôt petite (1m55). Mais il ne m’a pas dit pas le sexe.

Ce n’était pas bien grave, car moi, j’avais vu ! C’est une fille. Mais ce qui m’intéressait à présent, c’était surtout de l’informer de ce que nous avons choisi de faire. Mais je n’ai pas eu le temps de lui dire, car j’ai finalement appris que c’était trop tard : nous ne pouvions plus faire l’IMG sans prendre de risque pour le premier jumeau.

Quoi ? Mais, on n’avait pas rêvé, un mois plus tôt, nous avions encore 4 semaines devant nous ?

J’étais vraiment en colère ! Pas vraiment parce que nous ne pouvions pas faire l’IMG, puisque nous avions décidé de ne pas la faire, mais plutôt parce qui si nous avions voulu la faire, nous n’aurions pas pu. Je n’en revenais pas ! Comment pouvait-on aussi mal suivre une patiente ?!

J’ai donc décidé de prendre un troisième avis, ça ne se passerait pas comme ça !

Ma tante m’a parlé d’un grand professeur en gynécologie, qui a été un pionnier en matière de chirurgie néonatale et anténatale et m’a pris un rendez-vous avec lui pour la semaine suivante. Je me suis donc retrouvée à partir pour 250 kilomètres de voiture, direction Paris, avec Monsieur Lifeiscool et ma mère. Pendant ce temps, j’avais une perte continuelle de liquide amniotique, et j’étais extrêmement angoissée.

Le Professeur nous reçu et nous demanda de lui expliquer la situation. Nous lui avons tout raconté dans les moindres détails : la grossesse induite, l’arrêt maladie, la perte de liquide, le syndrome de Potter qui n’en est pas un, la fausse couche interrompue, l’IMG qui n’aurait pas pu avoir lieu même si nous l’avions voulu… Je lui ai tendu mon dossier.

Il a commencé à le feuilleté, s’est mis à souffler et à râler, et il a commencé à s’emporter : « C’est quoi ce bordel-là ? Je  necomprends pas comment on peut travailler comme ça quand on est médecin ! C’est le fouillis le plus total là-dedans, il n’y a même pas tous les examens ! Monsieur, c’est quoi votre groupe sanguin ? »

« Je ne sais pas », a répondu Monsieur Lifeiscool. « Comment ça, vous ne savez pas ? Ils ne vous ont pas prescrit un examen sanguin au début de la grossesse ? » « Non. »

« Bon eh bien ça en dit long sur leur manière de travailler ! Alors, effectivement maintenant, vous ne pouvez plus faire d’IMG, au vu de ce que vous me dites et des documents que j’ai là, on ne peut rien faire malheureusement. Il va falloir vous reposer au maximum, rester couchée le plus longtemps possible. Interdiction de voiture, de rester debout, d’aller faire des courses, le ménage ou quoique ce soit d’autre. »

« Vous comprenez, vous perdez du liquide amniotique. À terme, cette perte va ouvrir votre col et vous allez accoucher prématurément, trop prématurément. Il faut tenir au moins jusqu’à 30 semaines, c’est à dire au début de deuxième semaine de novembre. »

« Votre bébé là, bon, je vais être honnête. Il ne va pas survivre, il y a de fortes chances pour qu’il décède à la naissance, tout au plus une heure après. Le fait qu’il n’ait pas de liquide amniotique implique qu’il ne peut pas entraîner ses poumons à la respiration : les bébés avalent et recrachent le liquide à la manière d’une respiration. De plus, comme il n’a pas de place, il aura peut-être quelques malformations, peut-être les pieds et les mains bots. Son thorax est en forme de cloche. Vous pourrez ne pas le voir à la naissance si vous le souhaitez, ce sera tout à fait possible. Je suis désolée, pour ce bébé il n’y a pas rien à faire. »

« Maintenant, il faut donner toutes ses chances à l’autre bébé, et pour ça, vous devez vous préserver et tenir encore deux mois. Surtout, tenez-moi au courant. Courage ! »

Nous sommes ressortis de là complètement sonnés. C’était sûr, on ne pouvait plus rien y faire. Est-ce qu’on allait le voir ce bébé, ou pas ? Si je ne voulais pas le voir, est-ce que je ne le regretterais toute ma vie ? Et si je le voyais et qu’il était si mal-formé que ça me choquait terriblement, et que je ne gardais que ce souvenirs de lui ? Et comment allait-on réussir à vivre sans lui ? Est-ce qu’on arriverait à élever son jumeau normalement ?

Monsieur Lifeiscool, lui, a encaissé, il n’a rien dit, mais il était très en colère. Ça commençait vraiment à faire beaucoup de choses, mais il voulait tenir bon pour le premier bébé.

Nous allions devoir donner un prénom à ce deuxième bébé aussi. Nous avions trouvé un prénom pour notre princesse, mais pour ce petit bébé qui se battait contre le vent, comment allait-on l’appeler ? Nous ne savions même pas si c’était un garçon ou une fille, nous ne le saurions qu’à l’accouchement. Donc choisir deux prénoms au cas où ? Non, c’était trop dur ! J’ai donc suggéré à Monsieur Lifeiscool un prénom mixte, qui irait aussi bien à un garçon qu’à une fille, et nous nous sommes mis d’accord.

Fin septembre, Monsieur Lifeiscool était dans le garage pour bricoler un peu, quand je l’ai appelé en panique : je perdais du sang. Non, c’était bien trop tôt ! On avait dit mi novembre, et nous n’étions même pas encore en octobre…

Et toi ? Tu as aussi eu à faire à des gynécologues peu compétents lors de tes grossesses ? Viens en parler…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Mlle Stressée c'est moi. 25 ans, bientôt mariée à Mr Lifeiscool Mamange de jumeaux et bien évidemment stressée en permanence pour tout et pour rien. (Imagine, même pour la cuisson des pâtes j'arrive à angoisser. Si si c'est pas une blague!)