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A la une / Témoignage

J’ai mal vécu l’arrivée de mon bébé

Avec mon conjoint, nous avons tout fait assez vite. Rencontre en septembre 2009, emménagement ensemble quelques mois plus tard en 2010, un chat qui nous rejoint, puis deux. Le bonheur est total, j’ai trouvé mon alter ego après quelques années très difficile. La suite logique, pour nous, c’est le bébé. Je suis ravie à l’idée de concrétiser notre bonheur, le mariage étant pour nous plus secondaire.

Je ne suis pas très intéressée de prime abord par les bébés, les petits enfants, mais je ne m’en fais pas : l’instinct fera tout, j’ai confiance ! Nous avons tous les deux un travail, un logement, une vie des plus ordinaires. Ne manque que le mini-nous.

En juin 2011, au premier essai : je tombe enceinte ! Nous sommes ravis et la grossesse se passe très bien. J’attends un petit garçon.

Mon accouchement est comme un choc : 4 semaines avant terme, bébé arrive en 4h (du canapé du salon à ses premiers cris…). Il va très bien, mais je souffre beaucoup : des contractions très violentes, sans interruption. On m’enlève mon fils pour aspirer ce qu’il a dans les poumons, le nettoyer. Je ne le vois pas pendant vingt bonnes minutes.

Et là, au moment de le redécouvrir, je le trouve très beau, paisible. Mais je suis comme tétanisée, je n’arrive pas à réaliser que c’est mon enfant. C’est comme un petit étranger.

photo pieds de bébé

Crédits photo (creative commons) : Vinoth Chandar

Plus tard, dans la chambre, j’essaie de lui donner le sein, mais ça ne fonctionne pas. Je te passe les détails techniques, une concordance de choses a fait que cette fois, l’allaitement n’était pas possible (aucune préparation, détails anatomiques, personnel peu à l’écoute, et stress !). Je panique, j’ai peur de ne pas arriver à nourrir mon fils, alors que dans ma tête, c’est mon rôle. Après une discussion avec le médecin, je décide de passer aux biberons. Cela me soulage considérablement, mais je suis toujours dans un état second.

Je vis très mal le séjour à la maternité. Tout le monde est très heureux pour nous, vient nous voir, mais je suis extrêmement fatiguée et je n’arrive pas à me réjouir. J’ai mal des suites d’une épisiotomie. Mon conjoint vient le plus possible nous voir, mais j’ai l’impression de croupir dans cette chambre. Je veux rentrer chez moi, je suis persuadée que dans ce lieu bien connu, toutes mes angoisses disparaîtront.

Parallèlement à ça, notre fils est très calme, ne pleure que pour manger : un ange ! Je le confie deux nuits de suite aux auxiliaires pour me reposer, mais je me réveille sans cesse. Je culpabilise de l’avoir laissé, mais d’un autre côté j’angoisse de l’avoir à nouveau avec moi.

De retour à la maison, je me sens mieux temporairement, puis l’angoisse revient. Cela fait une semaine que j’ai accouché, je devrais nager dans le bonheur maintenant ! Le baby blues n’est censé durer que quelques jours…

Je commence à sombrer. Je pleure sans cesse, toutes les tâches sont des corvées. La fatigue me rend très fragile. C’est très difficile à admettre et à dire, mais à ce moment-là, je perçois mon bébé comme une sangsue qui me pompe mon énergie vitale, un intrus qui a bouleversé l’équilibre de mon couple. Moi qui étais si heureuse et épanouie, je ne me reconnais plus. Je crains d’avoir fait une erreur, et celle-ci, elle est irréversible ! Je m’écroule dans les bras de mon homme tous les soirs. Il est formidable, s’occupe plusieurs nuits de suite du bébé pour que je me repose, fait les repas et rentre le plus tôt possible de sa journée de travail.

Chaque journée passée en tête à tête avec mon fils est une épreuve. Je n’ose pas sortir, de peur de devoir gérer des pleurs incontrôlés et de le fatiguer (avec du recul, c’était complètement absurde !). Je me cloître chez moi. Je ne vois personne ou presque. Je compte les minutes avant le retour de mon conjoint.

Un mois passe, le deuxième… mes beaux-parents, qui sont dans le domaine médical, m’encouragent à aller voir la psychologue de la clinique où j’ai accouché. Je ne me résous pas à y aller. Je n’ose en parler à personne, pas même ma propre mère, j’ai trop honte. Je regarde sur le net, je trouve les unités mère-enfant, où on aide les mamans à connaître mieux leur bébé et à l’apprivoiser. Je devrais y aller, surtout qu’il y a une unité près de chez moi, mais là encore, je n’y arrive pas.
Heureusement je ne songe jamais à lui faire du mal, je ne perds pas l’esprit. Toute la violence de mes pensées sont alors dirigées contre moi-même.

Cet état dure environ trois mois. Petit à petit, les nuits s’allongent, mon fils se met à sourire, à gazouiller, à interagir avec moi, ce qui m’aide beaucoup.

L’idée de reprendre le travail, et donc un équilibre vie privée/vie professionnelle, me fait tenir. Aux six mois de mon fils, je retourne travailler : cela achève de me soigner. Je ne me sens plus « coincée », je profite pleinement de mon fils quand je le vois, je retrouve goût à tout. J’ai intégré mon bébé à ma famille, enfin. Le duo est passé à un trio.

Bien sûr, il y a quelques moments difficiles, comme tout parent. Les maladies, les tracas, les colères… Mais nous les surmontons.

Aujourd’hui, mon fils a deux ans et demi, et c’est un rayon de soleil. Nous sommes très proches, je donnerai ma vie pour lui. J’apprends chaque jour mon métier de maman, et nous songeons à lui faire un petit frère ou une petite sœur. Mais cette fois, je pars avertie ! Je pense avoir souffert de dépression post-partum, sans certitude, puisque je n’en ai parlé à aucun médecin.

Désormais, je sais quelles structures existent et je n’hésiterais plus à demander de l’aide si j’en ressens le besoin. Quitte à être forcée par mon entourage. J’ai eu la chance de m’en sortir sans aide médicale, grâce à un conjoint très présent et à mon mental, qui a apparemment des ressources insoupçonnées. Mais si ça n’avait pas été le cas, je ne sais pas où j’en serais aujourd’hui. Je songe à faire une psychothérapie, que j’aurais du faire bien avant, car je me doute bien que ce problème en cache d’autres, relatifs à mon enfance…

Il n’y a pas plus culpabilisant que de ne pas ressentir de bonheur immense à la naissance de son enfant. C’est ce qui m’a bloquée, alors que j’aurais dû en parler aux professionnels.

Si tu te reconnais au moins un peu dans mon témoignage, sache que tout se rattrape, et que la relation future avec ton enfant n’en sera pas affectée, si tu surmontes cette épreuve pour de bon.

Et toi ? Tu as connu une période pendant laquelle il t’a fallu apprivoiser ton bébé ? Est-ce que tu t’es fait aider ? Comment ça s’est passé ? Ou au contraire, tu as été submergée d’amour dès que ton bébé a été posé sur ton ventre ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Grande rêveuse en couple depuis 7 ans avec un geek, je partage ma vie entre mon métier (en rapport avec les livres) et ma petite famille composée d'un petit garçon de 5 ans, une fille de quelques mois et de deux chats. Si les débuts de ma vie de maman n'ont pas été faciles, aujourd'hui tout va beaucoup mieux et j'apprends chaque jour ce que veut dire être mère dans la joie et la bonne humeur !