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A la une / Témoignage

Ma malformation utérine et ses conséquences

Je t’avais raconté, il y a quelques temps, mon accouchement boucherie pour ma petite dernière, et j’avais vite fait mentionné mon utérus bicorne.

Aujourd’hui, je te parle un peu plus de cette malformation et de tout ce qui en a découlé…

Au tout début

Tout commence avec l’adolescence et ses affres.

J’ai des règles très, très douloureuses, longues (plus d’une semaine), et une aménorrhée régulière. La première année, je n’ai mes règles qu’une seule fois. Je prends la pilule et ce problème se règle « de lui-même » (maintenant, plus de dix-sept ans après, sans pilule, mes règles sont régulières à l’heure près).

Je tombe enceinte à 17 ans, alors que je prends la pilule (en même temps que ma maman pour ne pas l’oublier) et qu’on utilise un préservatif (premier amour, mais je ne suis pas naïve : même s’il est très gentil, à 17 et 19 ans, on peut être sérieux, mais on ne sait jamais !).

Je l’apprends fortuitement, mais je fais très vite une fausse-couche. Que je ne vis pas spécialement mal, puisque de toute façon, il était hors de question que je le garde.

Lors du contrôle, le gynéco fait une drôle de tête. Je pense de suite : « Quoi ? Il y en a un autre ? » (Il y a des jumeaux dans la famille !) Il me dit : « Non, rien, rien. » OK.

Arrive mon couple « sérieux ». Et l’envie d’un bébé, à 20 ans, pointe le bout de son nez. Je tombe enceinte très vite, dès le premier cycle d’essais.

Mais à 8 SA, saignements. Tour aux urgences. Bébé va bien. Cependant, le gynéco tique sur l’image. Je passe une heure au service des échographies, je me fais même examiner par le gynéco chef. Le diagnostic tombe : mon utérus est bicorne. Heureusement, je n’ai aucun souci aux reins (c’est apparemment assez lié). Le discours rassurant du professionnel me permet de ne pas m’inquiéter et de ne pas poser plus de questions.

Malheureusement, une semaine après, le cœur du bébé ne bat plus, et je subis un curetage.

Fille triste sur un pont

Crédits photo (creative commons) : Annie Chrstabel

Utérus bicorne ? Kézaco ?

Il existe différentes formes de malformations utérines : de l’utérus unicorne, à l’utérus cloisonné, en passant par l’utérus didelphe (deux cornes, deux cols de l’utérus). Certaines sont induites par la prise de médicaments, comme le syndrome du Distilbène. D’autres, comme la mienne, sont simplement dues à pas de chance.

Normalement, l’utérus a une forme de triangle. Le mien est en forme de cœur : il a un début de cloison dans le fond. Cette malformation passe souvent inaperçue : à l’échographie, l’image n’est souvent pas assez précise. Mais on peut faire d’autres examens plus approfondis comme l’hystéroscopie, l’hystérosalpingographie, ou bien encore une IRM.

Ces malformations n’ont pas d’incidence réelle sur la fertilité, mais posent différents soucis lors d’une grossesse : fausses-couches à répétition, menace d’accouchement prématuré, complications obstétricales (malposition du bébé lors de l’accouchement, notamment)… Cela est souvent dû au fait qu’un utérus malformé est de plus petite taille, moins tonique (il se distend moins bien lors d’une grossesse), et peut aussi causer des retards de croissance intra-utérins.

Le taux de césariennes est plus élevé que chez les femmes présentant un utérus de taille normale.

Nouvelle histoire et nouvelle grossesse

Malgré deux ans d’essais infructueux après ma fausse-couche, aucun examen ne m’est prescrit. Le discours rassurant de mon gynéco m’aide à ne pas m’inquiéter, même si je fais péter les tests d’ovulation tous les mois, et le test de grossesse dès le premier jour présumé de mes règles.

Mon couple, pour cette raison, mais surtout pour plein d’autres, prend fin.

Je suis tombée enceinte juste avant la rupture. Et malgré le spectre de l’infertilité, malgré le fait que je voulais ce bébé et qu’il était bien accroché, je décide de ne pas le garder. Ma situation n’est pas suffisamment stable pour élever un enfant.

Enfin, je rencontre celui avec qui je vis actuellement. J’ai déjà raconté notre histoire ici.

Après les deux années que je viens de passer à essayer de tomber enceinte, je préviens mon chéri que faire un bébé risque d’être compliqué avec moi. (Oui, on a parlé bébé dès notre première semaine, on est comme ça, nous !) Tellement compliqué que je tombe enceinte un mois et demi après notre rencontre.

Je vis cette grossesse sereinement, malgré quelques saignements au début. Je peux me reposer énormément, et j’accouche à 37 semaines, deux jours après Noël.

Mon fils passe une petite semaine en néonat : il a beaucoup souffert lors de l’accouchement très, très long, et il a un petit poids de naissance (2,620 kg pour 46 cm). Mais j’ai accouché par voie basse, et le retour à la maison se fait sans problème.

Mon homme m’use pendant six mois pour mettre en route le deuxième. Réellement. J’ai à peine mis au monde notre fils qu’il parle de faire le deuxième. Je prends la pilule pendant six mois, et puis je l’arrête. En pensant « naïvement » que je ne tomberai pas enceinte de suite (tu sais, le spectre des deux années sans rien… tu la sens venir, la grosse blague ?).

Je tombe enceinte dès le premier cycle. Je sais même PRÉCISÉMENT quand mon deuxième a été conçu.

Une deuxième grossesse chaotique

Je vis très mal cette grossesse. J’étais tellement persuadée de ne pas tomber enceinte aussi vite que j’ai du mal à l’accepter. J’ai peur du regard et du jugement des Autres. Je fais alors (et fais toujours) très jeune physiquement, j’ai déjà un petit bout de chou en pleine santé, et je suis à nouveau enceinte.

J’ai des saignements en début de grossesse, mais rien de grave. Je deviens littéralement énorme (à la fin, mon tour de taille s’approche des 140 cm, moi qui fais habituellement un 36), malgré seulement dix petits kilos de pris. Je mets du temps à trouver son prénom, du temps à m’investir dans cette grossesse, et l’accouchement ne va pas m’aider à vivre sereinement ce début de relation avec mon deuxième…

Mon bébé est bien présenté lors des échographies. Il doit naître le 23 février (jour de notre premier baiser avec Chéri).

Le 8, jour de mon anniversaire, je commence à avoir quelques contractions. Mais, pour ne pas revivre l’enfer que j’ai vécu lors de mon premier accouchement (j’ai attendu quarante-huit heures qu’on me déclenche), je décide d’attendre. Le lendemain, les contractions se font un peu plus insistantes, mais rien de bien méchant.

Et puis, dans la soirée du 9 au 10, les contractions s’accélèrent, deviennent plus intenses. Mais je reste chez moi. Je suis tranquille, je n’ai pas mal, je rentre tranquillement dans ma bulle. Je dors en pointillés. Assise, en lotus, à chaque contraction, je remue mon bassin comme si j’étais sur un ballon. Je ne pars toujours pas à la maternité. Je veux attendre d’avoir mal.

Le matin, je prends un bain très chaud. Toujours des contractions, toujours plus fortes, mais toujours aucune douleur. Cette fois-ci, en me voyant me fermer complètement sur moi-même à chaque contraction, mon chéri décide du départ.

On s’installe dans la voiture, et débute une heure horrible pour moi : je commence à avoir un peu mal, mais c’est surtout la position qui est inconfortable. Je ressens tous les petits cailloux sur la route. Et puis je sens bébé bouger. Il BOUGE. Lui qui était bien placé, il se met… n’importe comment. Je ne savais même pas que c’était possible, aussi près d’un accouchement. Et ça fait très, très mal.

On arrive à la maternité, et là, clairement, je sais que c’est le moment : les contractions sont espacées de deux minutes, j’ai à peine le temps de reprendre ma respiration. Je mets un quart d’heure à me rendre à l’accueil de la maternité (il faut deux petites minutes normalement, du parking au premier étage).

On m’installe en salle d’échographie, je suis à dilatation complète (mais je n’ai pas mal !!). Le bébé s’est mis en transverse. Le gynéco tente de faire une version, pour le mettre au moins en siège. Ça marche… mais le cordon se présente en premier. Procidence du cordon.

C’est une urgence : en moins de quinze minutes, je suis installée pour faire une césarienne (si je perds les eaux, c’est carrément une urgence vitale pour moi et le bébé). Bébé va bien, mais moi je vis très mal cette césarienne, physiquement et moralement. J’étais arrivée au bout, toute seule, sans douleur, sans fatigue, sereinement, et j’ai l’impression qu’au dernier moment, mon accouchement m’est volé.

C’est bête de réagir aussi négativement, mais après une première grossesse, un accouchement et des suites de couches hypermédicalisés, arriver au bout de ma deuxième grossesse sans accroc, sans trop d’examens invasifs, et au final avoir une césarienne… Je l’ai vécu comme un énorme échec personnel.

Cette césarienne n’a rien à voir avec ma malformation. Mais elle la confirme : le gynéco m’en fait part ensuite. Elle était notée sur mon dossier, mais maintenant, c’est sûr.

S’en suivent quinze mois un peu chaotiques, avec un bébé très demandeur, très différent du premier. Je dois réapprendre à être maman avec lui.

Pendant cette période, l’idée du troisième ne m’effleure même pas l’esprit. Sauf que l’envie revient, malgré un couple en rupture.

Ma dernière maternité, l’ultime épreuve

Cette dernière grossesse est très difficile. L’accouchement se fait par césarienne, mais pas à cause de ma malformation. À 7 mois de grossesse, alors que j’ai déjà eu une césarienne, l’hôpital dans lequel je suis ne me donne pas le choix. De toute façon, je veux qu’elle sorte, c’est tout.

On ne sait pas si la prématurité de ma fille est due à cette malformation ou non. La pédiatre qui suit Anaïs me dit que logiquement, puisque mon deuxième n’était pas un petit bébé et qu’il est né à 38 semaines, ma fille aurait pu aller jusqu’au bout aussi… Mais il n’y a pas de logique, dans le domaine de la maternité.

Avoir une malformation utérine a été pour moi difficile sur le plan psychologique : je savais que quelque chose n’allait pas chez moi. Et j’ai quand même fait trois enfants. J’ai, comme dirait la pub, peut-être poussé le bouchon un peu trop loin.

J’ai énormément culpabilisé pour ma fille, parce qu’à mes yeux, c’est entièrement de ma faute (je suis dans la logique du « tant qu’on ne me prouvera pas le contraire »). Son handicap est peut-être lié à sa prématurité. Et sa prématurité est sans doute liée à mon utérus.

On pourra essayer de me rassurer comme on veut, cette culpabilité sera toujours en moi, même si je vis beaucoup mieux avec maintenant. J’ai la chance d’avoir un mari très pragmatique qui m’aide à « relativiser ». Et plus on s’éloigne de la petite enfance de ma fille, moins j’y pense. De toute façon, elle est comme elle est. Avec des si, on changerait la face du monde…

Et toi ? Tu as aussi une particularité anatomique ? Tu as vécu des grossesses particulières ? Comment vis-tu avec ça ? Viens en parler…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Trentenaire bien dans ses baskets... Maman de trois sacrés loustics et en couple depuis 7 ans avec mon mari.