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A la une / Récit d'accouchement

Mon accouchement sous une bonne étoile

« Madame, vous avez une bonne étoile qui veille sur vous. » Voici les mots prononcés le lendemain de mon accouchement par le gynécologue qui suivait ma grossesse.

Je vais donc te raconter mon accouchement un peu particulier.

Au préalable, je tiens à t’avertir, chère lectrice, de passer ton chemin si tu es une future maman sensible. Mon récit peut te stresser dans ces moments magiques que tu vis en attendant ton petit. Je te rassure quand même, mon histoire se termine bien : ils se marièrent (ça, c’était il y a deux ans) et eurent beaucoup d’enfants (enfin, deux suffiront dans notre cas !).

Bonne étoile

Crédits photo (creative commons) : Neal Fowler

Revenons quelques mois en arrière, si tu le veux bien. Après des essais bébé sans succès, une opération qui a retardé le tout et une seule et unique prise de clomid (là aussi, la bonne étoile a dû intervenir…), un joli + est apparu un soir de juillet 2014. Le début d’une aventure : ma première grossesse.

Les deux premiers mois se sont déroulés « normalement » : nausées, fatigue… Mais rien de bien méchant, surtout en vacances, avec du temps pour me reposer (et en plus, j’ai perdu pas mal de kilos pour la suite !).

Au troisième mois, les choses ont commencé à se compliquer. J’ai souffert de vertige positionnel lié à une intolérance à la progestérone (qui permet de détendre l’utérus tout au long de la grossesse… ça promettait pour les mois à venir !). Verdict : arrêt de travail et repos.

Puis un soir, j’ai perdu du sang. Comme beaucoup de futures « premières » mamans (peut-être comme toi, chère lectrice), inquiète, je suis allée aux urgences avec mon mari. Le début d’une histoire (d’amour) avec le milieu hospitalier. Mais ça, je ne le savais pas encore.

Revenons à cette fameuse nuit qui a changé le reste de notre vie (eh non, pas encore le récit de l’accouchement… et heureusement, à 3 mois ! mais ça a son importance pour la suite de l’histoire). Mon mari est resté dans le couloir (peur des engins de torture ?).

Pour te la faire simple, voici en résumé le dialogue entre l’interne de garde et moi :

« Pourquoi il y a deux… ? (je n’ai pas fini ma phrase, sous l’effet de la surprise, mais le mot manquant était en images)
– Mais Madame, vous ne saviez pas que c’étaient des… ? (il n’a pas fini sa phrase non plus)
– Des jumeaux… ? Euh, bah non !
– Oui. Par contre, il y en a un qui ne bouge pas malgré la stimulation, mais son cœur bat. Refaites une écho de contrôle demain. »

Voilà comment j’ai découvert une nuit, à 2h du matin, que j’attendais des jumeaux. Un peu déstabilisant, tu me l’accorderas, j’espère.

L’annonce au papa resté dans le couloir a donc été en demi-teinte. Nous n’avons pas dormi de la nuit. Moi à cause de la joie de cette double-arrivée, et Monsieur pour des questions d’organisation : changement de voiture, de maison (ça tombait bien, nous venions de signer une promesse de vente pour un terrain à bâtir : il faudrait juste aménager la deuxième chambre d’enfant plus tôt que prévu).

L’écho de contrôle a été identique à la première, pas de mouvement. J’avais ma première écho « officielle » quelques jours après. Là, tout le monde allait bien et bougeait. Cerise sur le gâteau : nous attendions un garçon et une fille.

Je te fais grâce du récit de ma grossesse gémellaire hyper médicalisée et compliquée, où notre quotidien rimait avec alitement total, hospitalisation, MAP (Menace d’Accouchement Prématuré, avec un col à 7 millimètres à 4 mois !) et retard de croissance in utéro. Mon gynécologue finissait toujours les consultations par : « Si vous êtes croyante, priez… » Je l’étais, mais ce n’était pas rassurant !

Je m’égare du récit de mon accouchement, tu as raison de me rappeler à l’ordre ! Venons-en au fait !

Hospitalisée depuis quelques jours dans le service GHR (Grossesses à Haut Risque : une mention ++++ au personnel de ce service, au passage), j’ai passé la soirée et une partie de la nuit à papoter avec ma cousine au téléphone (ça fait du bien au moral quand tu es cloîtrée au fond de ton lit depuis quelques mois). Je me suis endormie sans difficulté, malgré les bruits du service.

Le lendemain matin, je me suis réveillée une heure plus tôt que d’habitude. Un peu fatiguée, je décide de ne pas me rendormir, malgré l’appel de la couette, et j’appelle la sage-femme pour le monitoring de contrôle du matin. Il est 6h13. Et là, tout va très vite, trop vite. (Pour info, j’en suis à 31 semaines d’aménorrhée et 6 jours, ce matin-là.)

La sage-femme me dit calmement : « Je vous descends en salle de naissance ». À ce moment, je ne comprends pas. Je ne pense qu’à une chose : prévenir mon mari.

En quelques secondes, ma chambre se remplit de personnel médical. On me déshabille sur mon lit en roulant vers l’ascenseur, et les mots « code rouge » résonnent dans le couloir.

J’arrive au bloc en fin de garde de nuit. On m’explique qu’il n’y a pas de temps pour un accouchement par voie basse, ni pour un déclenchement, ni pour une péridurale. Je suis très vite installée. Je ne vois que des cheveux blancs derrière le champ opératoire.

L’anesthésiste, à la lecture de mon dossier, me demande avec insistance si je suis porteuse d’une maladie génétique comme mon père (cette maladie interdit certains produits utilisés dans les anesthésies). Je réponds que je ne sais pas, car je suis toujours dans l’attente des résultats des analyses ADN. À ce moment-là, la « tête blanche » s’exclame : « On n’a plus le temps, endormez-la ! » Ce sont les derniers mots que j’entends.

J’ai accouché par césarienne sous anesthésie générale en urgence. Monsieur est né à 6h38, Mademoiselle à 6h39. Vingt-cinq minutes se sont écoulées depuis le début du monitoring. Vingt-cinq minutes où je n’ai rien maîtrisé, où je n’ai pas compris que j’accouchais à 7 mois de grossesse, seule.

Cinq mois après, je n’ai toujours pas l’impression d’avoir accouché (enfin, je te rassure, j’ai presque perdu mon gros ventre). J’ai l’impression d’usurper le terme « accouchement » quand je l’emploie. Je ne sais pas ce que sont des contractions de travail, pousser, la souffrance liée à l’accouchement qui, paraît-il, prépare la mère à son futur rôle.

À cause de ma grossesse compliquée, je n’avais pas osé me projeter : pas d’achat pour les petits, pas de valise de maternité préparée, et au final pas de véritable accouchement à mon sens.

Et le papa dans tout ça ? Il a été prévenu par la sage-femme. Bien évidemment, le temps qu’il arrive, tout était terminé. Il a attendu une heure en salle des pères, car l’équipe l’avait oublié !

Et les petits ? Petit boy a été intubé, puis les deux ont été transférés en réa néonatologie, où ils ont passé les deux premiers mois de leur vie. Je n’ai pu les voir qu’en fin de journée. Dans l’urgence, je n’avais pas pu donner leurs prénoms. Alors, sur leur bracelet de naissance, il était indiqué : « nom de famille + garçon » et « nom de famille + fille ».

Ils se sont battus, entourés de l’amour de leurs parents. Les larmes me viennent en écrivant ces mots. Peut-être qu’un jour, j’écrirai aussi un billet au sujet de leur courageux combat, qui a rendu leurs parents très fiers d’eux.

Et ma bonne étoile, là-dedans, me diras-tu ?

Le lendemain de leur naissance (tu vois que je parle de naissance et pas d’accouchement, terme que j’ai du mal à employer), mon mari a croisé mon gynécologue dans les couloirs de l’hôpital.

Ce dernier lui dit : « À demain pour l’écho des 32 semaines !
– Ma femme a accouché hier matin, Monsieur…
– Ok, je vais chercher son dossier et je vous rejoins dans sa chambre. » (où il passera plusieurs fois gentiment prendre des nouvelles pendant mon séjour)

C’est alors qu’il nous a expliqué (enfin) les raisons de cet accouchement en urgence : le placenta du petit se décollait, il était en souffrance et manquait d’oxygène. Il nous a expliqué que si je m’étais réveillée une heure plus tard, c’était fini pour Petit boy. Si j’avais été à la maison, idem pour sa sœur, et peut-être pour moi aussi, au vu de l’importance de l’hémorragie avec des jumeaux. Il a fini par me dire : « Madame, vous avez une bonne étoile qui veille sur vous ! »

Pourquoi me suis-je réveillée une heure plus tôt ce matin là ? Bonne étoile ? Instinct maternel ? Je te laisse faire ton choix. Le principal pour moi : le « happy end », avec la sortie de l’hôpital deux mois plus tard de mes deux enfants en bonne santé. Et depuis, que du bonheur et des réveils de bonne heure tous les jours !!

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Mariée et maman de deux adorables enfants, avec le boulot, les journées sont bien remplies. ...de bonheur!