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Ma grossesse et mon accouchement par césarienne : un deuil à faire

Février 2014. Je me réveille un dimanche matin avec comme un pressentiment. Mon mari est encore endormi, je me lève pour le premier pipi de la journée, au détail près que j’emporte avec moi un test de grossesse. Quelques secondes plus tard, une croix bleue. Mon pressentiment est confirmé. Je n’ose y croire, mais le compte à rebours est lancé.

Dès lors, je me plonge dans les magazines et livres traitant de la grossesse et de la maternité. Avec eux, j’imagine mon accouchement futur : magique. Le plus beau jour de ma vie.

3 mois plus tard, je le considère encore, pourtant, comme le moment le plus frustrant de mon existence.

Mais revenons quelques mois en arrière.

portrait photo bébé nouveau-né

Crédits photo (creative commons) : Brooke Ashley

Au début…

Décembre 2013. Ça y est, nous sommes prêts ! Nous avons 28 et 29 ans, nous avons vécu et profité de notre vie à deux, et notre maison, achetée quelques mois plus tôt, possède une petite chambre qui sera idéale pour accueillir un bébé, nouvelle page à écrire dans l’histoire de notre couple.

2 mois plus tard, je découvre que je suis enceinte de déjà 6 semaines ! Pas une nausée, juste une grande fatigue que je mets sur le dos de mon nouveau boulot, commencé 1 mois plus tôt. Bref, un bébé – presque – surprise, un petit haricot qui s’est niché bien plus vite que ce que je n’aurais pensé. Nous sommes bien sûr heureux, c’est merveilleux ! Je me rends compte de la chance que m’offre la nature : quand chaque jour de nombreuses femmes se battent pour être mères, moi, je m’apprête à le devenir alors que le temps des « essais bébé » n’aura été que très court.

Première échographie en avril, nous apprenons que nous attendons un garçon. Les examens sont bons, le test pour mesurer le risque de trisomie 21 est parfait, je ne suis toujours pas malade et je vis ma vie tout à fait normalement (peut être un peu trop…). Bref, cette grossesse débute formidablement bien ! À ce moment-là, j’ai plein de projets professionnels en tête, je vis à mille à l’heure. Les désagréments du premier trimestre ? Connais pas moi !

Les complications lors de la grossesse

Juin arrive. Il est déjà temps de passer la deuxième écho. J’arrive au cabinet de ma gynécologue sereine, mais nous allons bien vite déchanter.

Si bébé va bien, mon médecin le trouve tout de même déjà bien bas, et mon col commence déjà à sérieusement raccourcir. Je mets également un nom sur les sensations que je rencontre de plus en plus depuis quelques temps. Ah !! C’est donc ça, une contraction ? Moi qui croyais qu’elles n’arrivaient qu’au moment du travail et qu’elles étaient obligatoirement douloureuses…

Je suis en pleine forme, mon ventre ne pointe pas encore beaucoup, mais je n’ai pas le choix : me voilà arrêtée, avec repos obligatoire. Premiers sacrifices professionnels : je dois stopper et mettre entre parenthèses tous mes jolis projets, non sans tristesse. Oui, ça peut paraître étrange, mais pour être épanouie, j’ai besoin d’avoir une vie active, et là, rester couchée dans mon canapé, même pour la plus belle chose qui soit, c’est difficile à vivre.

Un mois plus tard, le repos forcé à été bénéfique. Je reste arrêtée, mais je peux de nouveau sortir un peu. Mon ventre commence à s’arrondir, pour mon plus grand bonheur. Nous commençons les achats et l’aménagement de la chambre de notre bébé.

Les choses se gâtent de nouveau fin août, lors de la troisième échographie. Cette fois, c’est le poids de notre bébé qui inquiète ma gynéco. Le placenta s’est déjà fortement calcifié, il est donc possible qu’il ne joue plus très bien son rôle.

Un contrôle 15 jours plus tard, toujours aussi peu concluant, et me voilà envoyée pour 15 jours à l’hôpital. Je suis à 35 SA, il est encore un peu tôt pour que bébé vienne à notre rencontre. Pendant 15 jours, j’ai le droit à 2 monitorings, matin et soir. Au moindre signe de souffrance fœtale, je peux être déclenchée. L’idée est d’aller au moins jusqu’à 37 SA pour sortir de la vraie prématurité.

15 jours de surveillance intensive plus tard, je peux sortir : les examens sont bons, bébé a repris du poids et se porte comme un charme. Aucune raison donc d’aller contre la nature, je poursuis ma grossesse avec des examens réguliers à hôpital de jour.

L’accouchement

Samedi 18 octobre, jour de ma DPA. Bébé n’est pas encore là, je suis en dépassement de terme. J’ai désormais rendez-vous à la maternité toutes les 48 heures pour surveiller bébé.

À J+4 jours, je suis prévenue : si bébé ne vient pas dans les 48 hrs, je serais déclenchée.

Et c’est ce qu’il va m’arriver. Adieu le fantasme de l’accouchement idéal ! Perdre les eaux dans la nuit à un moment inattendu, réveiller le futur papa pour qu’il se prépare en vitesse et prendre la voiture pour vivre une nuit magique, non, ça ne sera pas pour nous. Mais je le vis bien, et c’est heureuse que je quitte ma maison le vendredi, à J+6 pour vivre ce qui sera – même avec le recul – la journée la plus intense de ma vie.

Installée dans une salle de pré travail, on me pose un tampon pour déclencher le travail. Premières contractions 30 minutes plus tard, de plus en plus douloureuses. À 13 heures, dilatée à 4, je passe en salle de travail, où l’anesthésiste me posera la péridurale une heure plus tard.

La poche est rompue à 14 heures 30, le travail avance. Mais très vite, les choses se compliquent.

J’apprendrai plus tard que le liquide perdu était teinté, ce qui explique l’arrivée de l’obstétricien qui procédera à un test en prélevant une goutte de sang sur la tête de mon bébé. Le mot « césarienne » est prononcé, c’est dorénavant une possibilité.

Je suis née par césarienne, ma sœur aussi. Ma mère n’aura jamais connu le bonheur d’un accouchement par voies naturelles, pour cause de pré éclampsie. Alors la césarienne, bizarrement, ça ne me fait pas vraiment peur. Le principal est d’avoir un bébé en bonne santé, non ? La seule chose qui m’angoisse, c’est de rester consciente : imaginer me faire charcuter le bas ventre, ça serait trop dur pour moi.

Les résultats tombent et ne sont pas très bons. De plus, nous remarquons que le bébé semble de moins en moins supporter les contractions, il a une baisse du rythme cardiaque significative. Toute une équipe déboule dans la salle, je suis prise dans un tourbillon, tout va vite, trop vite, me voilà au bloc où je panique.

Trou noir.

Je me réveille à 17 heures, complètement shootée. Je me suis endormie enceinte, je me réveille et mon bébé est né depuis plus d’une heure déjà. En salle de réveil, il me rejoindra avec son papa. La soirée et la nuit se passeront assez calmement. C’est le lendemain que je vais déchanter.

Je réalise peu à peu les évènements de la veille. Mon petit garçon est né sans que je puisse m’en rendre compte. J’ai à peine le souvenir du peau à peau que nous avons fait lorsque l’on m’a amenée dans ma chambre.

Baby blues et douleur de la césarienne n’aidant pas, je n’arrive pas à déborder de bonheur et d’amour comme je l’ai souvent lu. Ce bébé me fait fondre, mais est-ce bien le mien ? Je suis frustrée, triste, et je n’ai aucun souvenir de la naissance de cet enfant que l’on désigne comme le mien. Je ne peux même pas le prendre dans mes bras seule, la cicatrice est encore trop fraîche et trop intense.

Mon amoureux, lui, irradie ! Il profite enfin de ce bébé tant attendu. Voilà, tant de sacrifices, et je n’ai même pas eu la joie, le bonheur, la satisfaction de souhaiter la bienvenue à mon bébé, fraichement sorti de mon ventre !

L’allaitement se passe mal également. Ça me stresse et je le vis là aussi comme un échec.

Je sors de la maternité et essaye de mettre toutes les vilaines pensées de côté. Ce bébé est juste magnifique, je souris rien qu’à le voir, et ne peux m’empêcher de l’observer dormir de longues minutes.

Mais le souvenir de « l’accouchement » me hante. Clairement, j’ai du mal à me sentir maman. Il manque une pièce au puzzle, j’ai comme loupé quelque chose ! J’ai peur d’en parler, je ne me sens pas normale et je culpabilise énormément. Je pleure presque tous les jours, et je donnerais n’importe quoi pour revivre ma grossesse.

Les jours passent et je m’attache de plus en plus à mon bébé. Il commence à s’éveiller et ses sourires me font tout oublier. Mais j’envie ces femmes enceintes qui s’apprêtent à vivre « leur grand jour », celui-là même que je n’ai pas eu le droit de vivre, et celles qui racontent leur accouchement des étoiles dans les yeux.

Faire le deuil d’un accouchement idéal

Il faudra attendre mi décembre pour que j’arrive enfin à amorcer le deuil de mon accouchement idéal.

Peu avant Noël, j’ai rendez-vous avec l’interne qui a procédé à ma césarienne. Elle me demande comment j’ai vécu l’évènement, et je vide mon sac. Elle me rassure en me disant que c’est un sentiment partagé par nombres de mamans dans mon cas, qu’il ne faut surtout pas hésiter à en parler, et qu’une psychologue est présente si j’en ressens le besoin.

Le soir, je fonds en larmes dans les bras de mon mari. Et ça me fait du bien. Un premier pas de fait pour me tourner une bonne fois pour toutes vers le futur et notre nouvelle vie à trois.

Parfois, c’est encore dur. Je suis dans l’âge où les femmes de mon entourage tombent enceintes et donnent naissance. Apprendre leur grossesse me réjouit et m’attriste à la fois. Mais comme le dit mon mari, je suis dans l’un des plus beaux moments de ma vie : j’ai un merveilleux bébé et quand nous serons prêts, nous en aurons sûrement un autre. Une grossesse que je vivrai sans doute différemment, et avec un peu de chance, je pourrai enfin vivre un accouchement normal, comme décrit dans les livres.

Paradoxalement, la cicatrice encore très visible ne me gêne pas. Si on me conseille de bien la masser pour l’aider à disparaitre, j’ai comme besoin d’elle : c’est le seul signe, pour moi, que oui, j’ai bien donné la vie.

J’ai souhaité écrire cet article pour déculpabiliser toutes les femmes dans mon cas. Oui, le plus important est d’avoir un enfant en bonne santé, et oui, la césarienne est un passage parfois obligé pour la vie de son enfant.

Mais si notre culture veut montrer la maternité comme la plus belle chose au monde, c’est aussi parfois un moment difficile, qui demande des sacrifices. Non, on n’irradie pas toutes de bonheur les premières semaines de la vie de son enfant. Oui, c’est difficile. Oui, tu as aussi le droit de pleurer et de dire que non, ça ne va pas, pour X ou Y raisons. Le principal : ne surtout pas garder ça pour soi.

Née il y a presque 30 ans par césarienne, aujourd’hui, je comprends mieux ma propre mère, et je regrette que ce que j’ai vécu ne soit pas davantage abordé, comme si ce sujet était presque tabou.

Et toi ? Tu idéalisais l’instant de l’accouchement ? L’idée d’une césarienne t’effrayait ? Tu as eu l’impression de ne pas avoir accouché en raison d’une césarienne ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

29 ans et toute jeune Maman d'un Baby Boy, mariée à son papa depuis 3 ans, je suis aussi l'auteure du blog "Mais quelle idée de faire un bébé" créé lorsque j'ai commencé à rencontrer quelques complications durant ma grossesse. Entre grands bonheurs et grandes angoisses, je partage avec vous mon quotidien de primipare qui découvre peu à peu le monde merveilleux de la maternité.