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Témoignage

Faire un enfant : un acte égoïste ? Mes tergiversations…

Il y a un sujet qui me turlupine depuis quelques temps, une réflexion qui revient régulièrement lorsqu’avec mon mari tout neuf, nous évoquons le sujet des enfants : mais pourquoi est-ce que nous voulons faire un enfant ? Et en particulier, si nous n’arrivons à répondre à cette question que par des raisons que l’on peut qualifier d’égoïstes, alors n’est-ce pas un signe que nous ne sommes pas prêts ?

Le problème, c’est que moi, je n’arrive pas à identifier de « raisons » qui ne soient pas, même si ce n’est qu’un tout petit peu, égoïstes… Alors qu’est-ce que ça veut dire ? Que je ne suis pas prête ? Ou qu’effectivement, vouloir faire un enfant est bien quelque chose de foncièrement égoïste ?

Egoïste ? Il ne faut pas exagérer…

Evidemment, le mot « égoïste » a une connotation très négative. Je l’entends dans le sens « nous voulons faire un enfant », c’est-à-dire « nous en avons envie ». À partir du moment où faire un enfant répond à une envie personnelle, c’est par définition égoïste.

Je ne dis pas que céder à ses envies est forcément une mauvaise chose (au contraire !). Mais quand on cède à une envie qui implique une autre personne, on se doit de prendre en compte l’impact que ça peut avoir sur elle. Et ça se complique encore quand l’enjeu n’est pas seulement l’impact de ton action sur une autre personne, mais quand l’action en question a pour conséquence de donner la vie à une nouvelle personne ! (Rien que ça !)

Eh ben oui, parce que cette personne, là, elle n’a rien demandé. Si on ne fait pas un enfant, on ne le prive de rien, puisqu’il n’existe pas. Tu me suis ? (Je sais, je suis la reine des prises de tête. Accroche-toi, parce que ça se corse !). Cette réflexion est en dehors de toute considération religieuse bien entendu, car on peut également considérer qu’empêcher la conception d’un enfant, par la contraception par exemple, c’est déjà le priver de quelque chose. Je ne souhaite pas générer un débat, ce n’est juste pas mon point de vue.

Donc finalement, ça revient à se poser la question : est-ce que la vie est une chance ou un fardeau ? Tu vas me dire que même si la vie n’est pas tous les jours facile, c’est un peu morbide de se dire qu’elle ne vaut peut-être pas la peine d’être vécue !… Ben oui, mais sans l’avoir vraiment exprimé, je crois qu’au fond moi, je me pose sérieusement la question. As-tu déjà vécu dans les chaussures d’une personne handicapée ? Malade ? Pauvre ? Dépressive ? Par chance, moi pas, alors je ne peux pas juger…

Je sais que ce n’est pas politiquement correct, que l’on peut toujours trouver du bonheur même dans les moments et les situations les plus sombres. Mais le truc, c’est qu’adopter cette position une fois que cette vie on l’a, je dis oui à 100% : puisqu’on est là, autant faire tout ce qu’on peut pour trouver du bonheur. Mais si l’on n’avait jamais existé, on n’aurait pas eu à faire tant d’efforts pour trouver l’étincelle de bonheur au milieu de tout le reste…

petite fille nature ailes de fée souffler sur un pissenlit

Crédits photo (creative commons) : Lauren Hammond

Les angoisses d’une control freak qui se soigne

Personnellement, je me sais extrêmement privilégiée, même si ma vie est loin d’être parfaite, et que ce sont aussi ces imperfections qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui, donc je ne les regrette pas (je reviendrai sur ce point). J’ai la capacité intellectuelle d’appréhender les tenants et aboutissants de mon environnement, j’ai une structure émotionnelle suffisamment solide pour gérer les difficultés sans me détruire, voire en en sortant grandie (quitte à demander un peu d’aide de temps en temps !), et une situation financière qui me permet de vivre sereinement. Et franchement, c’est déjà une chance énorme d’avoir tout cela ! J’ai peur d’échouer à fournir à mon enfant tous ces outils, et ce faisant de faire pencher la balance bonheur/malheur dans le mauvais sens…

Le problème, c’est le poids écrasant de la responsabilité de mettre un enfant au monde. Prendre cette responsabilité, c’est s’engager à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour donner à cet enfant tous les outils lui permettant d’être heureux dans sa vie, et considérer qu’on en a la capacité. En soi, c’est déjà un peu prétentieux ! Tout en sachant que quoi qu’il arrive, on va se planter. Plus ou moins, mais toujours un peu.

Malgré tous nos efforts, il faut regarder les choses en face : les malheurs et les difficultés font partie de la vie, et malgré toutes les bonnes volontés des parents et tous les bons outils que ceux-ci peuvent donner, l’enfant vivra forcément des périodes de difficultés qu’il devra surmonter. Cela fait partie intégrante de la vie, et on dit d’ailleurs souvent que ce sont les difficultés qui forment la personnalité !

Une grande partie de ces difficultés seront liées aux parents (donc, si ça ne va pas, c’est toujours un peu de ta faute), et l’autre partie, à l’environnement (donc, tu ne peux rien y faire, tu ne peux pas maîtriser toute la vie de ton enfant. Ça paraît logique, mais ça doit être terrible à vivre pour un parent !).

Même si les parents font tout « parfaitement », ça cause aussi des dégâts : par exemple, une personne dont les parents avaient une relation parfaitement harmonieuse risque d’avoir des problèmes dans ses relations amoureuses, car ses standards seront bien trop hauts (vécu !). Et celle ayant vécu une existence protégée a de grandes chances de ne pas être équipé émotionnellement pour gérer les difficultés… Regardons les choses en face : on est tous un peu névrosés !

Donc en résumé, il faut à la fois faire de son mieux pour donner à son enfant un maximum de bonheur. Mais aussi travailler consciemment à lui donner les outils de se débrouiller seul avec les difficultés, et de s’insérer sans trop de problèmes dans la société. Le tout en lâchant assez prise pour accepter que l’environnement apportera des expériences non maîtrisées, qui risquent de déséquilibrer ce rapport subtil… Aïe aïe aïe ! Le mal de tête pointe…

Et en plus, en mettant tout ça en perspective avec les évènements terribles du mois dernier, les guerres, le changement climatique, et j’en passe, on ne peut pas s’empêcher parfois de se dire : est-ce que mettre au monde un enfant est vraiment lui faire un cadeau ?…

Mais alors, pourquoi veut-on faire un enfant ?

Parce que c’est normal, le chemin classique ? Peut-être un peu, le poids de la société dans les envies est toujours difficile à séparer des envies intrinsèques. Je ne nie pas qu’il y a sûrement un peu de ça !

Parce que c’est inscrit dans nos gènes, un réflexe de l’ordre de l’animal ? Peut-être aussi, même si ce n’est pas du tout généralisable : il y a bien des gens qui n’ont pas envie d’avoir d’enfants, et ça ne veut pas dire qu’ils sont détraqués (malgré ce que certains veulent bien laisser entendre…).

Pour laisser une trace, participer au grand cycle de la vie ? Mouais, je ne me suis jamais sentie vraiment concernée par ça… J’ai l’impression que c’est le genre de considérations qui peuvent arriver plus tard dans la vie, certainement une fois qu’on a déjà des enfants : on a envie de les avoir élevés de façon à ce qu’ils ne rendent le monde pire qu’il n’est. Ou encore, on veut que le monde se souvienne de nous par nos actions personnelles… Tiens tiens, on ne retomberait pas dans les envies personnelles ?

Pour concrétiser son amour ? Pourquoi pas, c’est très joli dans l’idée, mais d’une part, il y a plein d’autre façons concrètes de se montrer son amour, et d’autre part, dans le genre égoïste comme raison…

Alors, quoi d’autre ? Pour quelles raisons ?

Une raison un peu moins égoïste peut être celle d’avoir confiance en notre capacité à donner à un enfant suffisamment d’outils pour qu’il soit heureux dans sa vie, qu’il trouve ce fameux équilibre. Là, l’idée est de se dire que l’on peut donner la vie à une personne qui a de bonnes chances d’être heureuse, et alors donner la vie est un vrai cadeau.

Dans le même ordre d’idée, il ya la piste donnée par Anne au lendemain des attentats de Charlie Hebdo : celle de changer le monde, un enfant à la fois, en incarnant au quotidien les valeurs auxquelles nous croyons.

Mais encore une fois : même si ces raisons peuvent guider l’éducation que nous allons donner à nos enfants, ce n’est pas pour changer le monde que nous avons envie de faire un enfant… Et d’autre part, aucun de ces arguments ne résiste au rationnel ultime : si l’on est convaincus qu’on a les moyens de rendre un enfant heureux, on peut atteindre ce but de façon beaucoup plus altruiste en adoptant un enfant orphelin… Car si l’on pousse le raisonnement jusqu’au bout, amener dans le monde un enfant « de plus » alors qu’il y en a déjà beaucoup qui sont orphelins, c’est difficile à justifier par un raisonnement altruiste.

De la culpabilité de vouloir un enfant « de nous »…

Là, on arrive à un point compliqué. Déjà l’adoption, c’est une décision qui se fait à deux, et ça peut être plus ou moins évident selon les gens. Par exemple, chez moi, mon mari a du mal à imaginer que l’on puisse créer un lien aussi fort avec un enfant, qu’il soit de son sang ou non. Personnellement, je suis convaincue que l’on n’aime pas moins un enfant adopté, ni même différemment (en tous cas, pas plus différemment qu’on n’aime ses différents enfants), bien que n’ayant pas d’enfant à moi, je ne peux en être sûre.

En plus, on ne peut pas s’empêcher de se dire que, quand on a la possibilité de faire un enfant soi-même, ça paraît étrange de faire le choix de ne pas en faire, mais plutôt d’aller adopter. Après tout, si on ne contrôlait pas notre fertilité, on en ferait naturellement, des enfants. Donc si on en veut, cela paraît assez logique de laisser faire la nature plutôt que de la bloquer et de se lancer dans des démarches interminables pour adopter… En résumé, l’option de faire un enfant paraît plus évidente !

Mais comment le justifier ? Si l’on était totalement rationnels, dans un monde hypothétique, alors personne n’aurait le droit de « fabriquer » un nouvel enfant tant que tous les enfants orphelins n’auraient pas été adoptés – peut-être même, par des familles dont on aurait confirmé la capacité (théorique…) à donner à ces enfants les meilleures chances pour être heureux ? Hum. Tu penses Big Brother ? Moi aussi…

Eh oui : quand on pousse le raisonnement ainsi, quand l’altruisme doit passer avant tout le reste, on se retrouve avec des idées de sociétés totalitaires… Or l’Histoire a montré que ce n’était a priori pas tout à fait la meilleure façon d’avoir un peuple heureux, n’est-ce pas ? Même sans aller jusque-là, les dérives ne sont pas loin… À quand l’interdiction de PMA aux couples infertiles ? « Ben oui, ils n’ont qu’à adopter… », ou pire « C’est la sélection naturelle, ça veut dire qu’il y a un truc qui cloche chez eux  ! ». Bref. Tu vois l’idée. J’en ai froid dans le dos !

Se réconcilier avec le souhait d’avoir des enfants

Et c’est là finalement, que j’en arrive presque à être en paix avec mes faiblesses.

Oui, je crois que vouloir faire un enfant, c’est être un peu égoïste… Mais ce n’est pas grave.

Par exemple. Je l’admets, je suis curieuse. Depuis toute petite, je suis comme ça – j’adore essayer des nouvelles choses. En revanche, en général, je m’en lasse très vite : dès que je maîtrise les bases, je m’en désintéresse ! C’est vrai pour mes loisirs (tout y est passé : tennis, gymnastique, natation, handball, rugby, dessin, broderie, tricot, peinture, métier à tisser les perles, poterie, danse, photographie, piano, guitare, et j’en passe), mais aussi pour mes jobs (jusqu’ici, j’en ai changé tous les 18 mois maximum…), et même, jusqu’à ce que je rencontre mon mari, pour les hommes (hum) !

Bon, j’ai bon espoir de trouver un job qui me plaise sur le long-terme ; après tout, j’ai bien trouvé un homme qui ne me donne pas du tout envie d’aller voir ailleurs ! Mais du coup, je ne peux pas m’empêcher de me demander si dans mon désir d’enfant, il n’y a pas aussi un peu de ça…

Même si je suis sûre que je ne me désintéresserai pas de mon enfant au bout de quelques mois (!!!), je sais aussi que l’une de mes motivations est, c’est vrai, la curiosité. J’ai envie de savoir ce que ça fait, d’être enceinte, de sentir ces changements dans mon corps, de connaître les sensations et les émotions liées à l’arrivé du bébé, de vivre cet amour si spécial qu’est apparemment celui que l’on a pour son enfant.

Mais au-delà de la curiosité, si je n’avais pas d’enfant, j’aurais l’impression de passer à côté d’un élément important de ce que signifie être vivant. C’est pour cela que, bien que je ne fasse pas partie de ces femmes chez qui l’envie d’un enfant est viscérale et ancrée depuis l’adolescence, j’ai aussi toujours su que j’aurai un jour des enfants si j’en ai la possibilité, car je n’envisage pas la vie autrement.

Donc oui, j’ai envie d’un enfant « à nous », un que nous aurions fabriqué tous les deux. Et je ferai tout mon possible pour lui transmettre nos valeurs et contribuer à rendre le monde un petit peu meilleur.

Idéalement, j’aimerais « satisfaire » ma curiosité en vivant une grossesse, et en mettant au monde un enfant qui serait de nous deux génétiquement, puis agrandir la famille en adoptant. J’espère en avoir un jour le courage, mais en même temps, si je suis honnête, ça fait certainement partie de ces vœux pieux qui nous font nous sentir mieux, mais que l’on ne concrétise jamais… Mais ça, c’est une autre histoire !

Et toi ? Tu t’es fait des nœuds au cerveau avec l’idée d’avoir ou non des enfants ? Tu ne t’es jamais posé toutes ces questions ? Qu’est-ce qui t’as apaisé vis-à-vis de tes envies ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Jeune mariée et alsacienne d'adoption, je profite avec bonheur de mon mari tout neuf tout en me plongeant dans un nouveau challenge professionnel. Perfectionniste, impatiente et touche-à-tout, je suis spécialiste des prises de tête philosophiques, et j'en partage ici quelques unes avec vous.