Menu
A la une / Témoignage

Renoncer au troisième enfant

Avec mon chéri, quand nous avons commencé à évoquer nos envies de fonder une famille, nous sommes assez rapidement tombés d’accord, nous aurions trois enfants.

Chez moi, nous n’étions que deux enfants, mais trois dans sa famille à lui. J’aimais cette ambiance chez ses parents, quand toute la famille était réunie. L’écart d’âge entre deux enfants était le même dans nos familles respectives : trois ans. Suffisant pour avoir le temps de souffler et de reprendre des forces avant une nouvelle grossesse et pour profiter sereinement des toutes premières années de chaque enfant. Et pas trop important pour qu’il y ait une vraie complicité et des jeux partagés dans la fratrie.

Notre aîné est arrivé, et nous avons fait construire notre maison, avec ses quatre chambres. Nous avons si bien fait les choses que notre deuxième loulou est arrivé trois ans après le premier, presque jour pour jour.

Cette seconde grossesse n’était pas sereine : deuils et maladies dans ma famille, boulot éreintant, déménagement provisoire dans un environnement stressant avant que la maison soit prête… Bref, pas le temps de me regarder le nombril, de profiter de l’instant présent… Mais je me répétais sans cesse  « tu savoureras ta troisième grossesse, cette fois-là tu prendras le temps qu’il faudra ».

En plus, un deuxième garçon s’annonçait, alors je pensais « ce n’est pas grave, deux garçons c’est bien, le troisième sera une fille ». Après la naissance, mon fils était très souvent malade, il dormait peu. L’atmosphère était électrique chez nous, et je continuais à me répéter « pour le troisième, tu auras un congé plus long, ce sera plus facile ».

Sauf que. Mon fils a commencé à faire des colères terribles, il s’exprimait par cris et hurlements, à 3 ans, il ne parlait pas. Mais pas du tout, du tout. Nous étions à bout dans notre couple, au bord de la séparation, quand nous avons eu la chance de tomber sur une instit formidable à son entrée à l’école. Elle a envoyé balader tout ceux qui nous disaient dans notre entourage – médecin compris – qu’il était « juste un petit peu en retard ».

Nous avons consulté le pédopsy, l’orthophoniste, l’ORL, le RASED, la psychomotricienne… c’est un enfant Dys.

Un enfant attachant, intelligent, vif, drôle, mais différent. Nous avons obtenu une reconnaissance « enfant handicapé », une place dans un institut adapté où il a fait des progrès extraordinaires. A présent il a 6 ans, c’est un bonhomme adorable, bavard et espiègle, mais il évolue à son rythme, qui n’est pas celui d’un enfant de son âge, même si l’écart se comble doucement.

photos enfants et cadre, 2 garçons un bébé fille

Crédits photo (creative commons) : Bniice Hugs N Kisses Photography

Et le troisième enfant alors ? Évidemment, jusqu’à récemment, la question ne s’était même plus posée, tellement ces soucis accaparaient tout notre temps et notre énergie. C’était juste inenvisageable. Mais à présent que mon grand est autonome, que mon deuxième est maintenant épanoui et a trouvé son équilibre, j’y repense.

Mais trop de temps a passé. Mon chéri ne veut plus de troisième, pour des raisons que je comprends tout à fait : on commence juste à se poser, à pouvoir enfin faire des choses sympas à 4. Gérer le boulot, l’école, la maison et les activités (et les consultations) des deux garçons, c’est déjà sport, alors un bébé en plus ! Et puis on n’a plus 30 ans, la fatigue, les nuits sans sommeil, les premières dents… on y laisserait la santé.

Notre couple s’est tellement trouvé en danger ces deux-trois années où nous avons vécu sous une extrême tension familiale, que nous courons le risque, si nous n’avons pas un bébé parfait qui fait ses nuits à quatre semaines et sourit tout le temps, de ne pas résister cette fois à la rupture.

Tout ça, je le sais, j’y souscris même. Sans compter que j’aime aussi ma tranquillité. J’apprécie d’avoir une pièce de la maison à ma disposition pour y ranger tout mon bazar (je bricole beaucoup), cette chambre est devenue mon atelier, notre salle de télé, et la chambre des amis de passage. J’ai des projets professionnels intéressants pour les années à venir, incompatibles avec l’accueil d’un bébé. J’ai enfin réussi à retrouver la ligne, et mon ventre et mes seins vont finir par toucher terre si j’ai un troisième enfant. Des milliers de raisons objectives me font dire qu’il vaut mieux s’arrêter à deux.

Mais je ne peux pas m’y résoudre. Une partie de moi me crie que c’est impossible. J’ai envie – besoin ? – de pouvoir vivre à nouveau une grossesse sereine, de franchir avec notre bébé toutes les grandes étapes de l’enfance, les premières dents, les premiers pas, les premiers rires… Tout ce qu’on a connu avec notre premier enfant (un modèle de bébé), et qu’on a vécu dans l’angoisse et la tristesse avec le deuxième.

J’ai envie de me dire que ce n’est pas de ma faute si mon fils est différent (toutes les mères d’enfants différents se demandent un jour ce qu’elles ont fait de travers, non ?). Et ma motivation la plus profonde, et la plus déraisonnable de toutes : je voudrais avoir une fille.

Oui, je sais, c’est une chance sur deux. J’ai du mal à expliquer pourquoi ça me travaille autant. Je le sais, mais ça ne se dit pas en quelques mots, il me faudrait un blog à moi toute seule !! Je te dirais juste que mon cœur se brise encore quand je vois le rayon fillette dans un magasin de vêtements. Que je suis malheureuse quand je vois une amie en compagnie de sa fille.

Mon chéri sait tout ça, il a de la peine pour moi. Il me dit qu’il ne dit pas non définitivement, mais au fond de moi je sais bien que même s’il dit oui, ce sera seulement pour moi, et ça c’est pire que tout. Et puis j’ai très peur de ma réaction, si on se lance et qu’un garçon s’annonce. Je crois que si mon chéri me suit, même s’il change réellement d’avis, je suis prête à renoncer à mon confort de vie, à mes projets professionnels, à prendre le risque d’un nouveau bouleversement dans le couple, à faire une croix sur mon sommeil… Mais seulement si c’est pour avoir une fille. La conclusion s’impose, non ? C’est une folie de tenter le coup.

Mais je n’arrive pas à m’en convaincre. Ma raison dit stop, mon cœur dit vas-y… On se laisse encore deux ou trois ans pour y penser… sachant que plus le temps va passer, plus on va se trouver à notre aise dans notre organisation actuelle. Mais je sais que ma peine, elle, ne me quittera pas…

Et toi ? Tu as très envie d’un autre enfant mais ta raison te dit non ? Qu’en pense ton compagnon ? Tu ressens un grand manque ? Toi aussi, tu as peur d’être déçue si tu faisais un autre enfant mais qu’il n’était pas du sexe que tu désires ? Viens en parler !