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Maman ET active : le duo impossible ?


Publié le 10 février 2020 par Maman Kangourou

Je me souviendrai sûrement toujours de la nuit où j’ai réellement réalisé qu’il y avait un problème : Bébé Loutre, qui devait avoir 10 mois, s’était mise à hurler dans son lit au beau milieu de la nuit. J’ai accouru, et j’ai voulu la prendre dans mes bras, mais elle s’est débattue. Elle me frappait avec ses poings, ses pieds, et continuait à crier. Et là son père est arrivé, et instantanément, elle m’a repoussé pour se jeter dans ses bras. A ce moment-là, j’ai su : j’avais mal concilié ma vie de mère avec celle de ma vie de femme active, et j’en payais le prix fort.

Crédit : photo personnelle

Une histoire plus que banale

Mon histoire n’est pas si extravagante : ma fille est arrivée comme un rayon de soleil alors que j’étais encore étudiante. Elle avait 8 mois lorsque j’ai enfin fini mes 8 ans d’étude, et pris mon premier poste. Pour moi, c’était une consécration : une nouvelle étape de ma vie, un travail dont je rêvais, un salaire bien plus que décent. Mais aussi des responsabilités énormes, du travail en quantité et une équipe de 10 personnes à gérer, dont les 2/3 ont plus du double de mon âge. Ce travail, que je voulais tant, j’avais pris des années à m’y préparer, et je voulais à tout prix le réussir. Sans pour autant lâcher ma vie de maman !

Alors j’ai tout fait pour concilier les deux : j’ai évité d’accumuler les heures supplémentaires, en bossant comme une dingue sur mes heures de travail ; j’ai pris la décision de m’occuper de ma fille 2 après-midi par semaine, quitte à devoir commencer mon travail à 4h du matin ces jours-là ; j’ai accepté le téléphone portable professionnel qu’on me tendait, parce que, tout en m’incitant à répondre à mes mails à la maison, il me permettait justement de gérer des problèmes depuis ma maison, sans devoir retourner au bureau.

Pendant deux mois, j’ai eu l’impression d’avoir une double vie. Je commençais le plus tôt possible, je gérais mes équipes d’une main de maître toute la journée, et 9h plus tard, je courrais chercher Bébé Loutre chez sa nounou, et j’enchaînais avec toutes les tâches de la maison. Nettoyer, faire à manger, lancer une lessive, payer une facture, prendre un rendez-vous chez le médecin, sortir le chien…

Ah oui, toi aussi tu as remarqué ce qu’il manque dans cette liste ? Bien joué, moi j’ai mis deux mois à m’en apercevoir…

Courir, courir, courir, sombrer

Un jour, papa Poule m’a dit : « depuis quand tu n’as pas donné un bain ? ». Ce fut un premier électrochoc. Effectivement, je ne donnais plus de bain, je ne donnais plus des repas, je ne changeais plus de couches, et surtout, je ne jouais plus avec Bébé Loutre.

Et ce n’était pas volontaire, simplement soit je faisais autre chose (et je ne manquais clairement pas de tâches à accomplir), soit j’étais épuisée (je te mets au défi de te battre pour faire manger un bébé à 19h alors que tu ne t’es même pas assise depuis 4h du matin !). Pour te donner une parfaite métaphore de moi à l’époque, j’étais comme un missile à tête chercheuse : je détectais à 10m à la ronde la moindre tâche à accomplir, et je courrais m’épuiser dessus, au travail comme à la maison, jusqu’à arriver à un moment de ma soirée où j’explosais, littéralement, à coup de larmes et de cris, et je partais donc me coucher.

Et j’avais, injustement, défini mon bébé comme une liste de tâches à accomplir : préparer le sac de nounou, prévoir la purée du soir, mettre les couches à la machine, plier et ranger le linge propre, mettre de l’ordre dans la zone de jeu, changer les draps du lit, etc, tout ça c’était mes tâches à accomplir après le travail. Donner à manger, changer bébé, donner un bain, câliner, lire une histoire, jouer, c’était les tâches déléguées de fait à Papa Poule, tâches qu’il accomplissait d’une main de maître, en temps et en heure, ce qui me convenait très bien.

Pas étonnant donc que Papa Poule ait été élu parent référent de Bébé Loutre !

Pas étonnant non plus, au bout de deux mois ainsi, de me prendre en pleine face la vérité : après avoir fait une vilaine dépression post-partum les premiers mois de Bébé Loutre, j’étais en train de m’enquiller un sympa petit burn-out professionnel ET maternel. Bingo !

Redevenir maman !

Ce phénomène, j’en ai réellement pris conscience il y a deux mois, quand je me suis rendue compte de la conséquence terrible de cette façon de concilier mes vies : ma fille, que j’aime plus que tout, ne voulait plus m’approcher.

Evidemment, elle, elle s’en moquait que je fasse les démarches administratives pour qu’on ait de l’eau chaude, que je cuisine pour lui mettre une super purée bio dans l’assiette du soir, ou que je gagne de l’argent pour lui acheter un beau livre marionnette. Tout ce qu’elle voyait, c’est papa qui jouait avec elle à l’heure du bain, qui lui donnait à manger, et qui lui lisait une histoire au moment de se coucher. Les enfants se moquent de tout ce qu’on peut faire pour eux, ils ne voient que ce qu’on fait AVEC eux.

Crédit : photo personnelle

Alors j’ai mis un grand coup de frein. Assez ! Je n’avais pas rêvé d’être simplement mère, j’avais rêvé d’être une maman, de sentir ses petits bras autour de mon cou, d’entendre son rire rebondir contre les murs, de lui murmurer des mots d’amour en la berçant. Je voulais redevenir sa maman, et pas simplement une inconnue de passage dans la cuisine !

Evidemment, les choses ne changent pas du jour au lendemain, et si je veux être tout à fait honnête, ma charge de travail au boulot comme à la maison ne s’est pas atténuée. Ce qui a changé en revanche, c’est la façon dont je gère tout ça : je choisis de me concentrer sur les priorités, j’accepte de déléguer, ou de remettre à plus tard. Je me facilite la vie, je trouve des moyens de réduire les tâches ménagères (vive le sèche linge pas écolo !), et si ça ne suffit pas, et bien tant pis, j’apprends aussi à être imparfaite. Si le salon n’est pas rangé quand la voisine passe, elle n’en fera pas une maladie. Et si elle me juge quand même, à moi de ne pas en faire une maladie.

Je choisis de prendre le temps, le temps de donner un bain, le temps de m’allonger sur le tapis d’éveil pour jouer avec Bébé Loutre, le temps de prendre soin de moi aussi. Je l’ai emmené en vacances, toute seule, et j’ai d’ailleurs tellement de choses à te raconter à propos de cette expédition que ça méritera un article entier. Je choisis de lâcher prise, de renoncer à mes rêves de perfection, tout en restant une femme active, mais surtout en restant plus que tout une maman !

Alors non, je ne pense pas qu’il soit impossible de concilier une carrière et des enfants, seulement cela demande de sacrés ajustements. Dans une société où on nous demande d’être parfaite à la maison (parce que c’est notre rôle depuis la nuit des temps, n’est-ce pas ?) et parfaite au travail (bin oui, après tout on n’avait qu’à pas se battre pour l’égalité des sexes !), dans cette société où la moindre erreur impose une flagellation en place publique (j’ai nommé les réseaux sociaux), et bien il faut choisir : choisir d’être imparfaite, et choisir de l’assumer ! Et aussi se laisser du temps, le temps de trouver son rythme, tant au travail qu’à la maison, le temps d’apprendre à gérer, parce qu’un bébé ce n’est pas une simple tâche qu’on rajoute sur nos plannings surchargés. Un bébé c’est une opportunité d’aimer, et d’être aimé, et c’est bien là le plus important.

Et toi, comment as-tu choisi de concilier ton travail et tes enfants ? Est-ce que tu as traversé une période de burn-out ? Comment as-tu décider d’y faire face, ou de t’en prémunir ?


 


Commentaires

16   Commentaires Laisser un commentaire ?

Nathalie (voir son site)

Ton article tombe en plein le jour où Elodie de Ailes&Graines (@ailesetgraines sur Instagram) commence une thématique sur le burnout parental justement.

Merci de ton partage, juste et honnête, qui parlera et aidera beaucoup de monde !

le 10/02/2020 à 07h51 | Répondre

Chloé

Il y a 2 choses qui m’ont marqué dans ton témoignage:

– le fait que ton mari n’ait pas l’air de participer à la partie ménage, repas, organisation du foyer. C’est génial qu’il soit un papa aussi présent pour son bébé. Mais ca donne l’impression que si il faisait un peu plus le ménage ou les repas, tu pourrais te libérer du temps avec ton enfant.
C’est peut être mal exprimé (ou mal compris). Mais c’est ce que j’ai tiré de ton article.

– le fait que tu ne questionne pas tes horaires à rallonge (même si tu ne penses pas faire d’heures sup, le travail à la maison ca en est) et le fait de devoir être joignable même en soirée.
Clairement pour moi c’est un problème. Je sais que certaines entreprises n’ont pas la considération nécessaire pour donner à leur employés une quantité de travail faisable en 35-40h hebdo mais c’est une entreprise dans laquelle je ne voudrais pas bosser.
Certains de mes collègues veulent comme toi aller chercher leurs enfants à 15h chez la nounou et travaillent 1 ou 2h le soir après le coucher du bébé. Mais ils commencent à 8-9h seulement vu qu’ils terminent leur journée à la maison.

J’espère que tu as depuis trouvé un équilibre qui te conviens entre ta vie de maman, de femme et de travailleuse. Je sais que ce n’est pas facile alors courage, ne baisse pas les bras. on peut être les 3 en étant heureuse. (Et c’est vrai que ca demande des ajustements.)
Je suis totalement d’accord avec toi qu’on a pas besoin d’être parfaite.

le 10/02/2020 à 09h19 | Répondre

Maman Kangourou

Bonjour Chloé
Effectivement ce sont deux points qui ont été extrêmement discuté quand j’ai commencé à sortir la tête de l’eau. Mon mari a vraiment pris conscience qu’il devait se mettre à faire des tâches ménagères, et pas uniquement ce qui l’arrangeait (donc bébé quoi !). Et j’ai pris mon boss entre quatre yeux et je lui ai dis que si on continuait à ce rythme j’allais tomber en arrêt maladie, du coup on a convenu de lever le pied de ce côté là aussi.
Du coup les choses vont nettement mieux côté épuisement 🙂

le 12/02/2020 à 19h10 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

Merci d’être venue en parler.
Pour ma part, j’ai aussi été à la limite du brun out parental, mais pour des raisons bien différentes. Les nuits étaient tellement compliquées pendant de longs mois, que j’étais épuisée en permanence et du coup j’évitais les activités avec ma fille.
Comme toi, elle me rejetait et ça a été très difficile à vivre et la prise de conscience plus rude aussi.
J’espère qu’aujourd’hui ça va mieux. C’est difficile de tout concilier.

le 10/02/2020 à 10h45 | Répondre

Maman Kangourou

Oh oui c’est le plus dur je trouve quand on prend conscience que bébé en est presque à nous rejeter. Mais ce sont des enfants, ils ne sont pas rancuniers, du coup très vite après avoir remis les choses à leur place, j’ai de nouveau eu de l’affection de la part de ma fille, et maintenant y a plus de préférence entre papa et maman ^^

le 12/02/2020 à 19h12 | Répondre

Madame Lagon

Oups, ça me parle quand tu parles de voir ma fille comme une liste de tâches… Merci de m’y faire réfléchir !

le 10/02/2020 à 10h51 | Répondre

Croco

Je ne compte pas les soirs où au moment de la dernière tétée je me dis que je n’ai pas (vraiment) interagis avec ma fille de la journée, y compris le week-end. Bon, c’est une troisième, ce qui n’aide pas (les aînés rajoutant forcément plein de lignes dans la liste des tâches et demandant eux aussi de l’attention), mais c’est vrai que ça me fait toujours mal au cœur… et que dans ce cas là je repousse généralement le coucher de quelques minutes pour profiter d’elle ! (mais parfois je suis trop épuisée, et l’idée des sacs qu’ils faut encore préparer, du repas à débarrasser… me font la laisser s’endormir au plus vite en espérant me rattraper le lendemain).
En tout cas, j’espère que ça va mieux pour vous trois, et que vous partagez de beaux moment (la photo du moment lecture est trop belle !).

le 10/02/2020 à 11h59 | Répondre

Maman Kangourou

Merci 🙂 ça va beaucoup mieux avec ma fille, oui. Et cette photo est vraiment géniale parce qu’elle a été pris sur le vif, je savais même pas que mon mari nous photographiait.

le 12/02/2020 à 19h13 | Répondre

Madame Grenouille

Ce témoignage résonne en moi pour l’aspect liste de chose à faire. Ma fille avait également 8 mois quand j’ai pris conscience que je n’étais pas une mère mais une maîtresse de maison (en plus de ma vie professionnelle). Par contre, dans mon cas, je ne dirais pas que c’est à cause de ma vie pro, j’aurais peut-être fait pareil sans emploi : poser des cadres et régir le quotidien peut parfois paraître plus sécurisant qu’interagir et d’adapter à un petit être.
Aujourd’hui, ma fille a 2 ans, et je lui consacre plus de temps pour avoir de vrais temps d’interactions. Bon c’est souvent de la négociation : ok on lit une histoire mais après maman épluche les carottes !
Prochaine étape : prendre du temps pour moi, pour atteindre la 4e facette et ne plus être que la maman active et maîtresse de maman !

le 10/02/2020 à 21h30 | Répondre

Maman Kangourou

Oh oui, le temps pour soi est tout aussi important ! J’ai appris à sortir du coup, à voir des amis, à aller au cinéma, et ça fait un bien fou ! Bon l’avantage c’est que Papa Poule est complètement capable de la gérer seule, donc j’en profite 😉

le 12/02/2020 à 19h15 | Répondre

Madame Grenouille

Ps : Bébé Balthazar a eu beaucoup de succès chez nous aussi !

le 10/02/2020 à 21h32 | Répondre

WorkingMutti (voir son site)

Tout pareil que toi ! Des jumeaux à la fin de mes études, un poste de chef de service à la suite. Une dépression du post-partum. Je me suis rendue compte que je voyais à peine mes enfants. Genre une demi-heure par jour. Alors, j’ai mis un gros coup de frein suite à mon burn-out.

Pour le moment, je suis en arrêt maladie. Mais après, je ne reprendrai qu’à 50% pendant quelques années.

le 11/02/2020 à 11h20 | Répondre

Maman Kangourou

Ah oui, avec des jumeaux j’ose même pas imaginer… J’avoue que j’ai eu peur d’en arriver là, de plus avoir la force de travailler, mais comme c’est aussi moi qui fait vivre ma petite famille, j’avais la pression d’arrêter. Même le mi-temps me paraissait compliqué, mais du coup maintenant que je suis plus posé je commence à l’envisager quand même ^^

le 12/02/2020 à 19h17 | Répondre

Lin Li-Aï

Ton article m’amène à prendre beaucoup de recul sur ma propre histoire. J’ai un travail très très prenant et Chéri est pour le moment au chomage….suite à un burn-out pro autour de la naissance de ma fille (son boss le faisait bosser 3 fois plus à son retour de congés paternité, sans prendre en compte sa nouvelle vie, ses nouvelles contraintes. Il a tenu 3 mois puis depression sévère…).
Bref, il est bien plus présent à la maison que moi et jusqu’à présent, je ne voyais pas de différences de traitement de ma fille envers moi ou mon mari. Mais depuis plusieurs semaines…c’est Papa, Papa et Papa..

J’ai très nettement envie de reconsidérer les choses avant qu’il ne soit trop tard !

le 11/02/2020 à 13h28 | Répondre

Maman Kangourou

Oui c’est le risque, ici aussi on a ajouté le fait que Papa Poule a eu beaucoup de période sans travail, ou juste à mi-temps, et du coup il s’en occupait d’autant plus, et moi d’autant moins. Je te souhaite de trouver une situation qui vous convienne mieux à tous les trois ^^ mais ne t’inquiète pas, après il retourne vite vers maman quand même !

le 12/02/2020 à 19h18 | Répondre

La Piu

Merci pour cet article. Je le trouve très juste et fort bien écris.

Les enfants se fichent de ce qu’on fait pour eux, ils voient ce qu’on fait avec eux = Très forte réflexion ! Je vais en faire un mantra 😉

Je suis aussi mère et active. J’essaie et ai envie d’être un peu plus maman. Je n’y arrive pas certains jours et ça me pèse dans ce contexte de surcharge.

J’ai deux enfants rapprochés, 2.5 ans et 1an. Ma technique c’est de sortir pour plus profiter de jouer pour de vrai avec eux. Abandonner quelques heures ce chantier sans fin qu’est la maison, ne plus voir ces tâches qui me tendent les bras.

Suite à la naissance de mon 1er j’ai réduit mon taux de travail… sauf que je ne profitais pas plus de mon enfant. Au contraire, je travaillais encore plus à la maison… et au travail les taches s’accumulaient en mon absence car service en surcharge… j’étais prise au piège de l’échec et au travail et à la maison : je n’arrivais à venir à bout du travail nulle part. Je me suis sentie et me sens encore parfois pas assez bien, fatiguée, incomprise… je ne sais pas si jai vécu un burnout mais en tout cas j’ai vécu des moments très durs.

Aujourd’hui, il a enfin changé de travail et baissé son taux. Moi j’ai remonté le mien. Nous avons chacun 1 journée par semaine avec les enfants. Il y a encore nombreux ajustements à faire encore pour mieux vivre… mais nous avons amorcé une nouvelle étape visant le partage et l’équilibre.

Bravo à vous toutes ! Les courageuses !

le 13/02/2020 à 05h05 | Répondre

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