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A la une / Vie de maman

Être une maman moins présente que le papa

Dans ma tribu à moi, les stéréotypes de genres n’ont pas cours. Je bricole, Mamour cuisine, Bibou adore jouer à la dînette, Titou a un poupon rose bonbon qu’il promène dans une poussette assortie et même Minette mets leur misère à tous les matous du quartier. Mais on n’est pas sectaire non plus : j’adore faire du shopping, Mamour regarde des matchs de foot en beuglant sur l’arbitre, Bibou et Titou ont chacun une multitude de petites voitures et Minette est très câline. Ouais… chez nous, le genre, le sexe, on s’en fout. Bien sûr, nous sommes influencés par notre culture (comment faire autrement ?) mais on essaie de ne pas se mettre de limites en raison de notre sexe et de ne pas en mettre à nos fils. S’ils veulent faire de la danse, ils en feront. S’ils préfèrent le rugby, ils en feront aussi. Et notre organisation familiale est le reflet de tout ça.

Nos idéaux vs la réalité

Je n’ai jamais eu pour rêve de m’arrêter de bosser pour élever mes enfants (d’ailleurs, les enfants n’étaient même pas dans mes rêves). En revanche, Mamour se verrait bien homme au foyer si on en avait les moyens. Je travaille à temps plein, lui non. J’aime mon métier, lui se cherche encore un peu. C’est donc évidemment lui qui passe le plus de temps avec nos fils. Dit comme ça, ça paraît simple. J’ai même cru longtemps que ça l’était. Mais il y a une chose qu’on avait sous-estimée et que je ne fais que réaliser maintenant… C’est que les enfants ont BESOIN de leur maman… mais genre vraiment besoin… et besoin de passer du temps en tête-à-tête avec elle (peut-être les garçons plus que les filles, je ne sais pas… si tu as des filles, tu as sûrement une opinion là-dessus).

Crédits photo (creative commons) : StockSnap

Moi qui ai passé mon enfance dans une famille où c’était le papa qui était le plus souvent absent, je n’ai jamais ressenti ses absences comme un manque. J’ai toujours aimé mon papa très fort, mais les moments où il était là me suffisaient et ceux où il n’était pas là nous donnaient l’occasion, à mon frère et à moi, de passer du temps seuls avec notre maman et ça nous convenait. En revanche, passer du temps seuls avec notre papa ne nous manquaient pas spécialement. Les quelques fois où ça arrivait étaient assez nombreuses pour que ça nous suffise.

Loin de moi l’idée de faire des généralités. Peut-être que mes fils sont comme ça, mais que d’autres sont différents. Mais en tous cas, les miens me font clairement sentir que mes absences leur pèsent, voire même, me les font payer…

Quand c’est Papa…

Pourtant, je ne suis pas une mère absente. Non. Je suis juste MOINS présente que Mamour. Dans l’organisation d’un jour classique, je suis là le matin pour m’occuper d’eux, pour emmener Bibou à l’école, je suis là le soir pour aller le chercher, pour l’aider à se doucher, voire pour doucher Titou, je suis là pour les couchers. Je limite mes activités professionnelles en dehors des horaires de bureau aux obligations incontournables. Mais justement, obligations incontournables il y a certains soirs et certains week-ends. L’organisation ces jours-là prend un tout autre tour et Mamour s’occupe alors de tout ou presque, ce qui, à moi, ne m’arrive pour ainsi dire jamais.

En général, quand je rentre, j’ai droit à un accueil en fanfare. « Mamaaaan ! » Câlins. Bisous. « Viens voir, maman, viens voir ! », « Tu peux venir jouer avec moi ? » Bref, ils sont heureux de me retrouver et c’est vraiment très agréable comme accueil. Mais ça se gâte assez rapidement : jalousie entre frères qui veulent tous les deux m’avoir pour soi tout seul, incompréhension du fait que je ne puisse pas toujours être disponible pour eux dans la seconde (« Attendez, j’enlève mes chaussures. » « Deux, minutes : j’ai très envie de faire pipi. » « Hé les garçons, je n’ai pas encore mangé moi. »), jalousie envers Mamour qui a aussi des choses à me dire… Bref. Ça tourne souvent en eau de boudin (dis-moi que toi aussi tu connais cette expression…).

J’aime mon métier. Travailler n’est pas non plus une passion dévorante pour autant. Je suis toujours très contente d’être en week-end ou en vacances. Mais pour mes deux grossesses, je n’ai pris que mon congé maternité et rien de plus. Pas de congé patho, pas de congé parental, pas d’arrêt maladie et pas de reprise à temps partiel non plus. Je l’ai fait parce que je le pouvais évidemment. Si j’avais eu de gros soucis de santé, si j’avais mal vécu mes grossesses, si j’avais été très fatiguée, j’aurais sûrement agi autrement. On n’a pas toujours le choix. Mais moi je l’avais et, si j’ai été contente de partir en congé mat, je l’ai été d’autant plus que j’avais été « au bout ». Et si la reprise avait un petit côté « pffff » (ouais, j’ai pas trouvé d’adjectif, mais tu imagines la nana qui soupire parce que… la flemme quoi !), j’étais quand même contente de retrouver un rythme et de me rendre utile à d’autres qu’à mes/mon fils.

Et donc quand il a fallu trouver un mode de garde pour Bibou parce qu’on avait une place en crèche seulement à la rentrée et qu’on avait eu le mauvais goût de faire un enfant trop tôt dans l’année, et bien, c’est Mamour qui a pris un congé parental. La question ne s’est même pas posée en fait. Moi, je n’avais nullement l’intention d’en prendre un et puis c’est moi qui gagne le plus. Donc c’était lui et ça lui faisait plaisir en plus.

C’est aussi lui qui a pris le relais avec Titou, qui, lui, a eu une place en crèche tout de suite mais a eu le mauvais goût (ouais, on est de très mauvais goût dans la famille) de tomber malade pile pendant sa période d’adaptation.

Justement, en parlant de maladie, c’est plus souvent Mamour que moi qui prend sa journée pour s’occuper d’eux dans ces cas-là (pour toutes les raisons citées plus haut). C’est donc plus souvent lui qui les emmène chez les docteurs en tous genres.

« Nan, c’est Maman ! »

Bref. Ce n’est pas que je ne sois pas présente, c’est que j’ai la chance d’avoir un Mamour TRÈS présent. C’est une vraie chance au quotidien car je n’ai pas non plus à me soucier des repas, des courses ou de la lessive. Mais c’est à double-tranchant car mes fils, eux, quand ils voient leur maman, ils ne veulent QUE Maman. Et ils sont parfois un peu durs avec leur papa. Et puis, moi, sur ces temps-là, ils m’épuisent parce qu’ils ne conçoivent pas que je ne sois pas à 100% avec eux, et avec eux deux qui plus est. Il me faudrait trois paires de bras pour bien faire… (et puis des toilettes qui ferment à clés… je sais que tu vois ce que je veux dire…)

Crédits photo : photo personnelle

Oui. Il était tout à fait urgentissime que je lise ce numéro de de Toupie fraîchement reçu. Non. Ceci n’est pas une mise en scène.

On a beau ne pas vouloir « genrer » nos vies, on est finalement rattrapé pas des instincts, je crois. Et puis, peut-être aussi que ce sont nos attitudes à Mamour et à moi qui conditionnent tout ça… Peut-être que le mélange des côtés control freak et protecteur de Mamour et de mes côtés indépendant et « libre-arbitre » donne ce résultat détonnant.

Tu en penses quoi, toi ?

A propos de l’auteur

Maman trentenaire de deux fistons nés en 2015 et 2017 qui font déborder mon cœur d’amour et ma tête de questions.