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Le choix du prénom dans un couple franco-allemand

Mon mari est allemand, je suis française, nous sommes tous les deux bilingues et vivons en Allemagne. Nous avons souhaité devenir parents et nous avons eu de la chance : ça a plutôt rapidement fonctionné. Dès le début de la grossesse s’est alors posée LA question : comment appeler notre futur enfant ? Nous n’en avions jamais parlé avant, du moins jamais sérieusement. Je crois que nous pressentions trop bien les difficultés que ce choix allait nous poser.

Comme tous les parents, nous avions nos propres critères, qui auraient été identiques si nous avions épousé une personne de la même nationalité. Ainsi étaient exclus par choix personnel :

  • les prénoms des enfants de nos amis,
  • les prénoms de nos exs (!)
  • et les prénoms de plus de 4 syllabes.

De même, nous souhaitions que le prénom de notre enfant soit en harmonie avec les sonorités de notre nom de famille – ça parait logique.

Parfois, ces critères étaient déjà rendus plus difficiles par nos deux nationalités. Nous ne voulions par exemple pas du prénom d’un VIP actuellement à la mode – a fortiori si celui-ci ne nous correspondait pas. Mais les VIP d’un pays ne le sont pas forcément dans un autre. Ainsi, le prénom Léon en Allemagne est actuellement assez mal connoté, car c’est le nom du héros d’une série bon marché très connue, du type Les feux de l’amour. En France, ce prénom aurait pourtant été une option ! Nous ne voulions pas non plus d’un prénom trop à la mode dans un de nos deux pays. La liste des prénoms exclus a donc été multipliée par deux : ainsi, Emile est un prénom très donné actuellement en Allemagne, et Louis est un prénom du top 10 français. Les deux étaient exclus pour ces simples raisons.

À ces critères se sont ajoutées les spécificités propres au couple mixte. Et on peut dire que ça ne nous a pas simplifié la tâche ! Il fallait – à notre sens – un prénom qui puisse se prononcer et s’écrire dans les deux langues sans trop de difficultés. Étaient donc exclus, par exemple, tous les prénoms comportant une nasale (au masculin il y en a des tonnes : Augustin, Clément, Adrien, …), qui auraient été prononcés spontanément dans leur forme féminine en allemand (Augustin deviendrait ici AugustinE).

choisir un prénom parents français et allemand

Crédits photo (creative commons) : Tina D

Et puis il y a eu la question, à laquelle il a été très difficile pour moi de répondre : un prénom français, allemand, ou international ?

Le fait de choisir un prénom allemand a été rapidement écarté. Notre nom de famille est déjà très allemand, nous ne souhaitions pas « en rajouter ». Par ailleurs, il faut savoir que les prénoms allemands ne sont pas très appréciés dans leur pays même en ce moment. Ainsi, les autres bébés de mon groupe de préparation à la naissance ont été nommés : Isabelle, Hélène, Elisa, Louis et Tristan. Intéressant, non ? Les prénoms traditionnels tels qu’Ulrich ou Anke semblent aussi désuets que Bernard et Françoise en France actuellement ! Nous devions donc choisir entre un prénom français ou international.

L’avantage du prénom international est clair : il passe partout. Il ne dit rien sur l’origine ou la nationalité de la personne qui le porte. Il est comme transparent. J’entends par prénom international les prénoms tels que Tom ou Alex, par exemple.

Lors de mes recherches à l’époque, j’avais lu l’article d’un psychologue qui m’avait fait beaucoup douter. Il affirmait qu’un prénom le plus neutre possible était le plus beau cadeau que l’on puisse faire à un enfant. Qu’il laissait ouvert tous les possibles, n’enfermait l’enfant dans aucune direction pré-formatée par ses parents. En effet, choisir un prénom français, c’était marquer mon bébé, qui grandirait certainement en Allemagne, au fer rouge. Sans le connaître, tout le monde supposerait dès le départ : cet enfant a des origines étrangères.

Sauf que je suis française. Que je suis la maman. Et que pour moi, mon bébé est français, autant qu’allemand. Si j’avais été asiatique, je lui aurai transmis mes yeux bridés. Alors il me semblait naturel, voire important, de lui donner un prénom de mon pays. Le papa comprenait tout à fait ce point de vue. Un prénom traditionnel français, un nom de famille traditionnel allemand, il trouvait cet ensemble à notre image. Je me suis longtemps demandé si ce n’était pas égoïste de ma part. Mais d’un autre côté, devenir parent, n’est-ce-pas ça avant tout transmettre, et en cela, faire des choix ? Nous avons donc finalement choisi de donner à notre fils un prénom bien français. Et j’espère qu’il ne m’en voudra pas de ce choix plus tard, mais qu’au contraire, il l’assumera avec fierté.

Ça y est je l’ai dit, et j’aurais du peut-être le faire avant : j’attendais en effet un petit garçon ! Ça a, je crois, largement contribué à nos difficultés. Les prénoms féminins sont en général beaucoup moins difficiles à prononcer, s’écrivent pour beaucoup comme ils s’entendent, et, je crois, « s’internationalisent » mieux. Ou bien je me fais des idées ? S’il y a parmi les lectrices des mamans de couple mixte avec une petite fille je serai ravie de savoir ce qu’elles en pensent !

Notre fils a donc hérité d’un prénom traditionnel français. Je n’ai pas envie ici de dire lequel pour des raisons de confidentialité. Mais il porte un prénom du même genre que Pierre, Charles ou François, pour te donner une idée. Pour compenser cette « lourdeur », nous lui avons en revanche donné un deuxième prénom très international. Ainsi, si un jour il n’en pouvait plus d’être épinglé « français » avant même d’avoir ouvert la bouche, il pourrait toujours inverser l’ordre.

Notre fils est né depuis plusieurs mois maintenant. Évidemment il est très rare que les gens te disent vraiment ce qu’ils pensent de ton choix. Mais les allemands font souvent preuve d’une franchise (pour ne pas dire d’un manque de tact) étonnante. J’ai donc ainsi déjà eu droit à au moins trois remarques :

  • Drôle… Le pédiatre de la maternité, lorsqu’il m’a rencontrée pour la première fois (et a donc entendu mon accent français à couper au couteau) : « Ah maintenant je comprends le choix du prénom de mon petit patient ! Je me demandais ! Moi j’ai toujours rêvé d’épouser une française ! » (Euh mais il me drague ou quoi ?)
  • Neutre… La directrice de la crèche où j’ai inscrit le petit bébé : « Le prénom est typiquement français parait-il, c’est une employée qui me l’a dit ! » (Euh oui, ça me semblait évident !)
  • Stupéfiante… Une secrétaire médicale lors d’une prise de rendez-vous : « Non mais c’est quoi ce prénom ? Vous avez trouvé ça où ? Ah c’est français ! Ah je ne savais pas. J’adore la France ! » (C’est ça, essaie de te rattraper.)

Aujourd’hui, le prénom que nous avons choisi est celui de mon fils et il l’incarne parfaitement. Alors bien sûr, je ne peux plus dire de façon neutre ce que j’en pense. J’adore son côté exotique et traditionnel à la fois. J’aime un peu moins le fait que, malheureusement et malgré toutes nos précautions, beaucoup d’allemands écorchent son orthographe (mais pas sa prononciation). L’avenir me dira (ou plutôt mon fils, quand il sera en âge), si c’était un bon choix !

Et toi ? Tu as dû choisir un prénom en réfléchissant à son côté international ? Tu tenais à ce que tes origines transparaissent dans le prénom de ton enfant ? Tu trouves que c’est plus facile pour une fille ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Je me suis installée au nord de l'Allemagne il y a cinq ans pour y rejoindre mon mari allemand. Depuis novembre 2014 je suis l'heureuse maman d'un petit garçon (franco-allemand évidemment). J'aime lire et écrire, cuisiner et bien manger, faire du crochet et surtout, partager et échanger les expériences et bonnes idées !