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A la une / Témoignage

Le cauchemar des suites de mon accouchement

Je vais partir aujourd’hui sur une note un peu moins rose que la dernière fois. Je n’avais jamais imaginé un seul instant qu’il serait si dur de passer ces premières semaines avec un bébé. Après une grossesse idyllique et un accouchement rapide, rien n’indiquait que j’allais vivre un petit enfer intérieur et extérieur. Croquette était enfin née, à J+9, elle était en parfaite santé, j’allais bien : que demander de plus ?

Je sais que beaucoup de jeunes mamans vivent très bien cette période, et je ne veux surtout décourager personne ! Mais moi, j’aurais dû lire plus de choses à l’époque, pour me rassurer sur ce qu’il était possible de vivre en post-accouchement. Je ne l’ai pas fait (mais pourquoi ?!), et j’ai été prise par surprise dans ce ressenti négatif…

Mère déprimée

Crédits photo (creative commons) : Helga Weber

Quand le chaos des sensations s’installe…

Déjà, je vais de ce pas briser ce mythe de l’oubli de tout ce qui t’entoure quand tu reçois enfin ton bébé dans les bras !

Si comme moi, tu n’as pas eu droit à la sacro-sainte péridurale (ou si tu ne la voulais pas), quand ton bébé est enfin sorti, il est vrai que tu ne ressens plus les contractions, donc tu as effectivement une impression de soulagement. Mais ce serait trop simple si tu n’avais plus mal ! Loin du « sans douleur », je sentais en réalité que toute la région du siège me brûlait, comme si elle avait été irritée par quelque chose (bah ouais, un peu, quand même). Et franchement, cette désagréable sensation, ajoutée à l’épuisement de la poussée, m’occupait tout autant l’esprit que ma Croquette posée sur mon ventre ! Voilà, comme ça, c’est dit : après l’accouchement, t’as encore mal, faut pas rêver.

Un des principaux ennuis que j’ai eus suite à l’accouchement (sinon le principal, en fait) concerne l’épisiotomie. Geste lourdement pratiqué par les médecins, discutable et discuté, il est en tout cas connu pour avoir quantité d’effets secondaires particulièrement « sympathiques » (tu la sens, l’ironie ?). Chez moi, elle a eu des effets sur le transit intestinal, sur la reprise de l’activité sexuelle, sur ma façon de m’asseoir, sur ma démarche, etc.

À la maternité et dans les livres, on conseille de ne pas trop forcer pour aller à la selle après une épisiotomie, à cause des points de suture. Ok. Mais j’aimerais t’y voir, à ne pas forcer sur tes points, alors que tu as été constipée pendant cinq jours ! Une seule solution, donc : les suppositoires de glycérine, en prenant son temps. Rien que ce point me fait hésiter à refaire un enfant !!! C’est dire…

Et je ne te parle pas des différentes positions pour s’asseoir tant qu’il y a encore des points. À l’époque, je n’ai pas pensé à utiliser un coussin creux, mais c’est une idée que je garde précieusement pour mon prochain sac de maternité.

La plaie a cicatrisé en moins de trois semaines, mais c’est une zone qui a été douloureuse pendant encore quatre à cinq mois : dès que nous tentions avec mon mari d’avoir des relations, ça faisait horriblement mal. Ça commence à peine à aller mieux (nous sommes huit mois plus tard)…

Dans la continuité des dégâts « matériels » de l’accouchement, il y a : ma vessie ! Je n’entrerai pas dans les détails (mes reins défaillants et mon combat contre les infections pourraient couvrir une encyclopédie à eux seuls…), mais j’ai toujours eu beaucoup de soucis au système urologique. Rien de grave, je te rassure ! Mais ça a probablement joué dans ce cas-ci.

Pendant deux jours, on a dû me sonder, car je ne parvenais pas à ressentir ma vessie, ni à la vider seule. Comme elle était gonflée, mon utérus n’arrivait pas à se rétracter efficacement et je perdais beaucoup de sang. Moi qui ai toujours eu une santé de fer, qui n’avais jamais fait un seul malaise, je me suis évanouie dans la salle de bain tellement j’étais anémiée. Pourtant, je me sentais très bien ! C’est très vite rentré dans l’ordre, heureusement, mais je sais à présent que le personnel médical était inquiet, et mon mari, malade de peur à l’idée que l’hémorragie ne se résorbe pas.

Mais je n’aurais pas appelé ça un cauchemar si la dimension « bébé » n’avait pas aussi joué dans les suites de mon accouchement.

… et le chaos des sentiments également !

Comme Urbanie, j’ai eu une petite puce qui ne supportait pas de rester seule dans son coin. Pendant six semaines, c’était hors de question de la lâcher, elle n’était calme que dans nos bras, ne dormait que sur nous. Nous avons donc passé six semaines à nous relayer pour porter Croquette… Mais mon mari travaillait, évidemment, donc j’étais seule en journée pour m’occuper d’elle. Et ça a été… très… très… très dur moralement.

Parfois, j’étais à bout : j’étais restée en pyjama toute la journée, bloquée dans le canapé avec Croquette dans les bras, je n’avais rien mangé, je finissais par la changer et à la manipuler sans douceur, puis j’explosais en sanglots quand mon mari rentrait enfin (et me libérait !). J’avais parfois l’impression qu’on avait fait une erreur, qu’on n’était pas prêts à avoir un enfant… Mon allaitement difficile, qui a mis un mois à se mettre en place, a encore renforcé ce désespoir.

Quand je repense à cette période, ça me fait mal pour ma fille. Je me dis que j’ai eu une attitude peu maternelle à son égard, que je n’ai pas assez compris sa détresse de petit bébé tout juste sorti du ventre de sa maman et que je m’en suis détournée. Je sais que ça ne nous a pas empêchées de créer un lien indéfectible un mois plus tard, que c’est aujourd’hui un bébé comblé qui respire la joie de vivre et qui adore être avec sa maman… mais y repenser fait mal. J’espère que le temps guérira cette blessure, que j’en aurai tiré les bonnes leçons pour le suivant.

Ma dernière petite blessure morale est très matérielle, et limite risible face aux précédentes… J’évite d’en parler, d’ailleurs, par peur que les gens ne me jugent trop pointilleuse sur des détails. J’ai trois ou quatre photos de Croquette et moi ensemble à la maternité, de qualité aléatoire, prises par mes collègues le deuxième jour et par sa marraine le troisième jour… et c’est tout.

Pourtant, tout le monde sait dans mon entourage que j’aime les photos, particulièrement les photos de famille ! Mon mari avait la tête ailleurs, évidemment, et a surtout photographié notre fille. Mes parents ont tout simplement oublié et… mes beaux-parents ont estimé que je ne voudrais pas de photos, vu que j’avais une « sale tête » (rappelle-toi, j’étais anémiée). Je ne suis pas fâchée, je tiens à le préciser, mais je suis vraiment triste que presque personne n’ait pensé qu’une jeune maman voudrait immortaliser ses premiers instants avec son premier bébé.

Voir le verre à moitié plein…

Tout n’a pas été noir non plus, évidemment ! Croquette est devenue un bébé merveilleux : autonome, facile, hyper sociable, curieux, ouvert… Je n’ai que des choses positives à dire d’elle !

Je garde un souvenir très amer de ces premières semaines, et il m’a fallu du temps pour passer outre, mais je sais que ça n’a été qu’une phase, qui est vite passée, surtout à l’échelle d’une vie.

Et je sais surtout que face au bonheur d’avoir notre fille à nos côtés chaque jour, ce n’est absolument RIEN !

Et toi, qu’as-tu ressenti après la naissance de ton enfant ? As-tu beaucoup souffert physiquement ? As-tu eu du mal à vivre moralement les premières semaines ? Viens nous en parler…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Lectrice assidue des blogs de la famille Dentelle depuis l'organisation de notre mariage en 2014, je suis surtout maman d'une petite fille née en avril 2015 et d'un petit garçon né en avril 2017. Passionnée de littérature, de pâtisserie, de langues étrangères et de cosmétiques, je viens partager ici mes impressions et mon vécu.