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A la une / Vie de maman

L’angoisse d’une mère

Après mon accouchement haut en émotions, une première grossesse tragique et un premier trimestre éprouvant, je pensais qu’avoir Pépette auprès de moi, bien vivante et en bonne santé, serait la fin des doutes et des angoisses… Comme j’avais tort!

Et la santé?

Avant de tomber enceinte, je me considérais comme quelqu’un de décontracté. Le stress, c’était plutôt pour les autres. Mais depuis que Pépette est née, je me retrouve à souvent angoisser pour des choses qui, si elles m’arrivaient à moi, ne me feraient même pas hausser le sourcil.

Je pense que toutes les mères passent par là, toute leur vie. L’inquiétude, le doute, la peur de perdre son enfant. Qu’il soit malade (bonjour, gros stress totalement ingérable avant un rendez-vous chez le médecin). Qu’il se fasse mal (bonjour, crises cardiaques à répétition dès que Pépette s’est mise à marcher!). Je lui ai donné suffisamment de Doliprane? Trop? Quels sont les risques d’un nez bouché trop longtemps? Elle se tient beaucoup la tête, peut-être qu’elle a une tumeur…? (À ce moment-là, rester éloignée d’Internet est d’une importance vitale pour éviter les auto-diagnostics alarmants).

Crédit photo (creative commons): octavio lopez galindo

Le spectre de la mort subite du nourrisson a plané sur mon esprit pendant ses 6 premiers mois. Cette terreur de se dire que l’on peut tout bien faire, mais que bébé peut très bien arrêter de respirer. Les nuits interrompues, à se demander si elle respire correctement… (rassure-moi, toi aussi parfois tu passes la tête dans sa chambre pour écouter le bruit rassurant des expirations et inspirations d’un sommeil paisible?).

À vrai dire, sa respiration est la chose qui m’inquiète le plus souvent. Peut-être est-ce dû à la façon dont elle est née. A 9 jours, peu habituée aux étranges bruits que fait un nourrisson la nuit, et perturbée par une Pépette qui pour la première fois ne s’est pas endormie paisiblement, j’ai passé 3 heures d’angoisse, avec elle qui dormait de manière agitée sur moi, à être persuadée qu’elle faisait de l’asthme. Ça a été notre premier voyage inutile aux urgences.

Heureusement, je vis dans un pays où l’accès aux soins est simple et gratuit. Mes angoisses sont souvent rassurées par un personnel médical quelque peu abasourdi. Entendre un professionnel me dire que ce n’est pas grave est parfois la seule chose qui me permette de complètement me relaxer. C’est de moins en moins le cas, parce que je commence à mieux connaître Pépette – mais aussi parce que sais mieux quels sont les signes inquiétants.

La hantise de la mauvaise mère

À cette constante peur qu’il arrive quelque chose à mon bébé s’ajoute la crainte de ne pas être à la hauteur. C’était particulièrement vrai dans les premiers jours où j’étais seule avec elle à la maison. Et si je n’arrivais pas à calmer ses peurs? Si je la laissais trop pleurer? Ou trop dormir sur moi? Vais-je la rendre trop dépendante, trop stressée, la traumatiser? Est-ce que je la stimule suffisamment? Ou trop… ?

Ces angoisses ne disparaissent pas au fur et à mesure qu’elle grandit. Elles changent. Est-ce qu’elle mange suffisamment, et de façon saine? Est- ce que je l’ai mise à la crèche trop tôt? Développe-t-elle suffisamment sa curiosité, son langage, sa motricité, que puis-je faire pour l’aider au maximum?

Crédit photo (creative commons): ErikaWittlieb 

J’ai peur de ne pas lui donner le plus de chances possibles de devenir un adulte épanoui, sain, et heureux. J’essaye au maximum de ne pas me faire enfermer par l’image de la mère parfaite (tu sais, celle qui fait des repas maison, a une maison rutilante, adopte les meilleures techniques d’éducation et est toujours maquillée). Quand je la croise aux fils des publications, ou même dans la rue, j’essaye de ne pas culpabiliser et de me dire que je ne peux faire que ce qui me correspond à moi.

Mais contrairement à mes angoisses sur sa santé, celles-ci ne s’effacent pas totalement. Heureusement, elles me bouffent moins. Car je me dis qu’à partir du moment où je me pose ces questions, c’est que ma Pépette a une maman qui l’aime et qui va essayer de tout faire pour qu’elle soit heureuse. Je n’ai pas peur d’être une mauvaise mère, parce que j’ai peur d’être une mauvaise mère (tu me suis?). Au final, ces doutes me permettent d’être la meilleure mère possible. Et au fur et à mesure, ils deviennent plus ténus, car je vois que ma Pépette se développe correctement, est heureuse… ça rassure tout cœur de maman de voir son enfant s’épanouir.

Les angoisses irrationnelles

À toutes ces angoisses s’ajoutent celles totalement idiotes qui me traversent l’esprit maintenant, alors qu’avant elles n’existaient pas. Je parle de ces questions idiotes, ces phobies particulières, qui n’ont aucun fondement mais qui apparaissent tout de même dans mon esprit (qui d’un coup me fait l’impression d’être totalement dérangé).

J’ai peur que quelqu’un kidnappe Pépette alors que nous dormons tranquillement dans son lit. J’ai plusieurs fois rêvé de retrouver son lit vide au petit matin. Du coup, je vérifie 5 fois avant de me coucher si la porte est bien fermée à clé (timbrée, je te dis). J’angoisse qu’une araignée la pique et qu’elle devienne mutante. Et forcément, les pigeons qu’elle adore regarder peuvent très bien lui percer les yeux à grands coups de bec (là je blâme Hitchock). Il y a la possibilité qu’elle avale l’eau du bain et que ça la rende ivre (pourquoi? aucune idée…).

Bref, autant te dire que ces idées sont faciles à écarter de mon pauvre cerveau dément. Mais elles me traversent tout de même l’esprit.

Un symptôme de l’amour

Depuis que je suis devenue maman, ces nouvelles angoisses ne me lâchent pas. Certaines sont faciles à gérer, d’autres me suivront toute ma vie. Je me dis que c’est normal de douter et de se remettre en question face à une responsabilité aussi écrasante. Selon moi, les angoisses sont partie intégrante de la vie d’une maman. Sans elles, impossible de se remettre en question et d’avancer. Le problème est de bien savoir trouver l’équilibre entre une angoisse saine et normale (celle de ne pas être à la hauteur) et celles qui ne sont pas utiles et finissent par t’empêcher de fonctionner normalement (celle que ton enfant se fasse kidnapper au milieu de la nuit). Parfois je me raisonne toute seule, parfois Mister Man m’aide (souvent à grand coup de « mais ça va pas la tête ») et de temps en temps il faut que ce soit notre pédiatre qui ait un petit mot doux.

(Je vais faire un petit aparté important: mes angoisses ne m’ont jamais empêché de respirer, dormir, ou fonctionner normalement. Si jamais c’est le cas pour toi, ce n’est pas normal, et mieux vaut en parler autour de toi pour trouver l’aide nécessaire.)

Mais ces peurs sont équivalentes à l’amour que je porte à ma fille, et quand elles deviennent trop pesantes, je me calme en me disant que ce n’est qu’une preuve d’amour de plus. Qu’il est normal d’avoir peur pour quelqu’un que j’aime autant et qui est si fragile. Qu’au final, l’angoisse d’une mère est le pendant négatif de l’ampleur de son amour.

Crédit photo (creative commons) : SimsalabimSabrina

Toi aussi, tu angoisses pour un rien? Comment gères-tu ces angoisses?

A propos de l’auteur

32 ans et toutes mes dents, maman depuis août 2018 d'une fabuleuse Pépette, et expatriée en Suède depuis 5 ans, je suis une vraie geek, désorganisée (un peu), créative (beaucoup), mais surtout passionnée (de films, de livres, de jeux vidéos...) C'est maintenant avant tout ma petite famille qui déchaîne ma passion!