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Le début des essais bébé : trouver un équilibre

J’ai donc retiré mon anneau vaginal à la fin d’un cycle, comme il fallait, toute excitée de ce qui m’attendait. Aurais-je des cycles réguliers ? Mes règles seraient-elles plus douloureuses ou plus abondantes ? Allais-je me retrouver couverte d’acné ? À cet enthousiasme s’est rapidement mêlée malgré moi, mais je dois bien le reconnaître, une petite pression. Quand allais-je donc tomber enceinte ?

Je n’étais pas partie très optimiste quant à la durée de nos essais. Ulrich et moi étant tous les deux issus de couples infertiles, nous avons toujours su qu’un enfant ne venait pas par la seule force du désir, conscients que la science devait parfois s’en mêler. Ce réalisme faisait partie de nous, il nous a sans doute aidés, mais il pesait aussi. Nous avions peur de subir ce parcours du combattant, sachant toute la souffrance qui peut en découler.

J’avais la chance d’avoir un mari très motivé, là où certaines doivent se montrer convaincantes : Ulrich rêvait déjà depuis longtemps de devenir papa. J’aurais cependant souhaité par moment qu’un de nous deux puisse relâcher la pression et dire « ce n’est pas si grave après tout si on attend un peu, nous sommes si bien à deux ! ». Au contraire, en fin de mois, quand les règles revenaient, je ne devais pas seulement subir ma déception, mais aussi la sienne. Car elles sont revenues, régulièrement contrairement à ce que je craignais, mais elles sont revenues.

Je me suis bien sûr renseignée à outrance sur internet : symptômes d’ovulation et autres n’ont très vite eus plus de secret pour moi. J’ai d’autant plus regretté à cette époque toutes ces années passées sous hormones : j’avais l’impression de ne rien savoir, de ne pas connaître le corps que j’habitais, et de le découvrir pour la toute première fois. Je l’observais donc chaque mois sous toutes les coutures, sans être sûre à chaque fois d’en faire la bonne analyse.

Je redoutais à l’avance de devoir subir les traitements que nos mères avaient endurés. Mon désir d’enfant était si neuf, encore mal assuré, je n’étais pas sûre de les supporter, d’en avoir la motivation nécessaire.

couple marchant au milieu de la rue

Crédits photo (creative commons) : Maggie Winters

J’ai découvert à cette période un effet très pervers du mariage, sans doute accentué par nos âges, que j’avais mal appréhendé. Tout le monde attendait de nous une annonce tout le temps, au travail comme entre amis, je me sentais épiée. Boit-elle encore de l’alcool ? A-t-elle pris du ventre ? Peut-on vraiment lui confier un nouveau projet ?

Parfois, les personnes sans tact se permettaient même des réflexions fort déplacées : « Et ce bébé alors, c’est pour quand ? ». Quand on vient d’une famille qui a connu l’infertilité, on sait que ça ne se fait pas, que ce peut-être une épée dans le ventre, une douleur terrible. Malheureusement, certains semblent l’ignorer. Pour notre chance, au moins, nous n’avons pas eu à le subir de nos parents, compréhensifs et réservés sur le sujet, évidemment.

Mais finalement, ces quelques mois d’attente n’ont pas été si douloureux. Le désir d’Ulrich me prouvait son amour, je le trouvais touchant. J’appréciais de voir la fréquence de nos câlins augmentée, nous en riions ensembles et inventions de nouveaux jeux.

J’étais persuadée que, quoiqu’il arrive – ou plutôt au cas où il n’arrivait rien –, je saurais y faire face. Je refusais de mettre mon corps sous pression, d’aller trop loin dans son étude. J’essayais de profiter malgré tout de chaque instant, sachant qu’ils seraient peut-être les derniers avant un grand changement. Et puis nous avions un autre grand projet : l’organisation de notre voyage de noces.

Il me manquait simplement parfois de ne pas pouvoir parler de nos essais librement. J’avais choisi de ne me confier à personne de notre entourage sur ce thème, car je ne voulais pas accentuer la pression que je ressentais. Je redoutais les regards interrogateurs à chaque fin de mois, je n’avais pas envie d’en parler avec celles qui n’avaient pas encore connu cette phase, ou l’avaient déjà depuis fort longtemps dépassée, persuadée qu’elles ne pourraient me comprendre, redoutant leur jugement aussi. Pourtant, j’avais besoin de me confier, et si possible à quelqu’un d’autre qu’à Ulrich.

J’ai finalement choisi de m’inscrire sur un forum. Il y est d’usage de monter de petites équipes de jeunes femmes « en essai ». Ils peuvent paraître pathétiques, je sais. Mais je dois dire que, personnellement, ça m’a beaucoup aidé. C’était bon de délirer avec ces copines virtuelles sur mes dates de règles et d’ovulation, ça m’a soulagée. J’y ai trouvé une espèce de défouloir, sans aucune pression de résultat ou même d’assiduité. J’ai peut-être eu tout simplement de la chance avec celles qui j’y ai croisées, mais elles m’ont vraiment aidée.

Le mois suivant, notre voyage devait avoir lieu et j’en rêvais déjà, organisant chaque détail comme je sais le faire. Au travail, mes responsables avaient finalement décidé de me confier le projet que je convoitais. Il allait m’occuper au moins pendant une bonne année, me faire découvrir de nouveaux aspects de mon entreprise que j’imaginais passionnants. Je répondais aux curieux que, pour le moment, nous avions d’autres projets.

J’avais finalement trouvé mon équilibre après trois mois d’essais.

Et toi ? Tu étais toutes excitée à l’idée de commencer les essais ? Tu avais peur à l’idée que ça puisse ne pas fonctionner ? Comment s’est passée la période où tu as réapprivoisé ton corps ?Tu t’es sentie épiée par ton entourage, guettant toujours l’annonce ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Je me suis installée au nord de l'Allemagne il y a cinq ans pour y rejoindre mon mari allemand. Depuis novembre 2014 je suis l'heureuse maman d'un petit garçon (franco-allemand évidemment). J'aime lire et écrire, cuisiner et bien manger, faire du crochet et surtout, partager et échanger les expériences et bonnes idées !