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A la une / Récit de grossesse

« Je suis enceinte ! » : quand ce n’est pas une bonne nouvelle

Cet été, Dans Ma Tribu et ses chroniqueuses prennent quelques jours de vacances… Nous serons de retour le 22 août avec des nouvelles chroniques et de nouveaux témoignages ! En attendant, nous t’avons concocté un petit best of des articles les plus vus de l’année 2016. Ce sont donc toutes tes chroniques préférées que tu retrouveras dans les jours à venir ! 🙂

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut que je te présente le contexte. Nous sommes en juin, j’ai 24 ans et je viens de rentrer en France après avoir passé plus d’un an à l’étranger. J’avais donc quitté mon appartement, mon chat et mon amoureux, pour travailler dans un pays lointain où je ne connaissais rien ni personne.

Ça a été une super expérience, et j’aurais adoré y rester. Malheureusement, le contrat n’a pas pu être prolongé, car je ne suis pas citoyenne du pays (et les règles d’immigration ont changé). Je rentre donc en France, où j’attends avec beaucoup d’appréhension mon amoureux, qui rentre de son stage à l’étranger trois semaines après moi. Et si nous ne nous entendions plus ?

L’amoureux rentre, et tout se passe bien, très bien, trop bien. Nous trouvons tous deux un travail rapidement – des CDD, mais c’est mieux que rien. Nos deux emplois ne se trouvant pas à proximité, nous retournons chez nos familles respectives (avec le moral dans les chaussettes), le temps de trouver un emploi stable dans un lieu commun.

Nous essayons de nous voir le plus souvent possible, et entre deux CDD, nous trouvons même le temps de partir « en vacances » rien que tous les deux. Nous retrouvons notre complicité et notre couple. Et ça fait un bien fou ! Je profite de cette transition pour changer de contraception. Ma plaquette de pilule se terminant, je prends rendez-vous avec une gynécologue.

Enceinte ? Pas enceinte ?

Au retour des vacances, je fais un test de grossesse. Aucun symptôme, pourtant. J’ai eu mes règles il y a quelques jours. Je suis un peu fatiguée, sans plus (je mets ça sur le compte de la route et des randonnées). Mais, je ne sais pas, un truc est bizarre. Et depuis deux jours, ma poitrine me lance.

Je fais donc ce test un matin, sans en parler à mon chéri. Je suis persuadée que le test sera négatif, de toute façon. Je suis juste fatiguée et stressée par mon contrat qui doit s’arrêter dans quelques semaines.

Test positif. Mon monde s’écroule. Je m’écroule. Ce n’est pas possible. Nous utilisons des préservatifs depuis qu’il est rentré. Tout s’est toujours bien passé. Le test est forcément faux. Ça existe bien, les faux positifs, non ? (En fait, c’est extrêmement rare, mais je ne l’ai appris que bien plus tard…)

Garder ou pas un bébé surprise

Crédits photo (creative commons) : Jo Ann Deasy

Je relativise, donc. Nous sommes vendredi, et nous devons passer le weekend avec ma belle-famille. Je ne dis rien, à personne. Lundi, j’irai faire une prise de sang. Qui confirmera ma non-grossesse. Parce que non, ce n’est pas possible. Je ne peux pas être enceinte. Je viens juste de rentrer, je ne sais pas comment envisager mon couple, et nous n’avons pas de travail stable. Non, c’est forcément une erreur.

Sur la route, je pense beaucoup. J’envisage les différentes possibilités. Avortement, naissance sous X, adoption, garder l’enfant… Sur Pinterest, je crée un tableau secret où j’épingle mes trouvailles (chambres d’enfant, conseils alimentaires et autres). Je reste silencieuse et distante, ce qui ne me ressemble pas vraiment. Nous arrivons dans sa famille, et je m’occupe directement de mon neveu adoré de 18 mois. Avec le recul, je pense que déjà, mon choix était fait à 60%. 

Dans la soirée, alors que nous sommes seuls, mon amoureux me confronte : « Qu’est-ce qu’il y a ? » Rien. Rien, vraiment. Et puis, je craque. Je n’ai jamais su mentir, de toute façon. « Je crois que je suis enceinte. » Il se met en colère. Je me mets à pleurer.

« Ce n’est pas possible, » me dit-il. Là, je ne suis pas d’accord. Je dirais plutôt que c’est peu probable.

« Et puis, tu as eu tes règles ! À moins que tu ne m’aies menti ! » Je pleure de plus en plus. Non, je n’essaye pas de lui faire un enfant dans le dos, et oui, j’ai bien eu mes règles.

« Faisons un test ! » J’en ai déjà fait un, positif, mais j’irai en acheter un deuxième. Qui sait ? Celui-ci sera peut-être négatif.

« On ne peut pas avoir un enfant maintenant ! » Je suis d’accord, mais si la grossesse est avérée, l’enfant, il est là. Enfin, il sera là dans quelques mois, et il n’a rien demandé. Je finis par couper court à la conversation. Je suis dévastée. Je ne m’attendais pas à une explosion de joie, mais pas non plus à de la fureur.

Je pars m’exiler, et j’appelle ma sœur, en pleurs. Je lui expose la situation, elle me rassure, me calme. « Il est choqué, me dit-elle. C’est normal. »

Je rentre chez ma belle-famille, qui n’a rien remarqué (ou qui a le tact de faire comme si elle n’avait rien remarqué). Je parle peu et je souris. Je dois faire comme si rien ne se passait.

Une partie de moi veut garder cet enfant. Je sais que c’est déraisonnable, je ne veux pas attendre et l’élever seule. L’autre partie sait que ce n’est pas la situation idéale, pour avoir un enfant. Je suis donc consciente que nous allons devoir en parler, longuement. J’appréhende. Sa réaction, si véhémente, me pousse à vouloir protéger l’enfant.

Nous en parlons peu ce soir-là. Le lendemain matin, je refais un test, qui est lui aussi positif. Je lui donne sans un mot.

Le lundi, je fais une prise de sang. Résultats à 17h : c’est positif. Mon monde s’écroule à nouveau. J’espérais toujours que ce serait négatif.

Et du coup ?

Je réfléchis. Il réfléchit. Chacun de notre côté. Pendant un peu moins d’une semaine, à distance, nous en parlons entre nous le soir, argumentant, tentant d’y voir plus clair. Tu te doutes de notre choix, puisque j’en parle ici – mais jusqu’au dernier moment, on a hésité.

Cet enfant, il n’arrive pas à point nommé, c’est-à-dire au moment où on l’aurait souhaité. Mauvais timing. Nous ne sommes pas dans une situation favorable, nous ne sommes pas prêts non plus. Financièrement, psychologiquement. Nous ne l’avons pas voulu, attendu. Ce bébé n’était pas programmé, on n’a pas cherché à le concevoir. Nous n’avons pas poussé des cris de joie quand nous avons su.

Mais il est là. Nous sommes amoureux, ensemble depuis des années, et nous avons toujours parlé d’avoir des enfants. Certes, il arrive tôt, mais nous ferons face. Nous essayerons, en tout cas. Ensemble. Nous refusons l’avortement, pas parce que nous sommes contre moralement, mais parce qu’une partie de nous pense : « Si nous ne menons pas cette grossesse à terme et qu’il arrive quelque chose qui nous empêche d’avoir des enfants plus tard… »

Je suis alors dans mon deuxième mois. C’est décidé, on le garde. Envers et contre tout/s.

Nous évitons de le dire à nos amis, à notre famille. C’est notre secret. L’amoureux évite même d’y penser. Nous nous sentons comme des enfants en faute, qui ont commis une bêtise. Nous avons un peu honte, mais surtout, peur de la réaction des autres. De ce fait, nous en parlons très peu, même entre nous.

J’ai du mal à me projeter. Mon contrat se termine peu avant le début du deuxième trimestre. Je cherche alors un autre travail, un appartement. De la stabilité. Mon couple aussi.

Mais je relativise. Il y a des situations bien pires que la mienne. On va s’adapter, se remettre à faire des projets. Les images de ce bébé me font prendre conscience que oui, dans quelques mois (si tout se passe bien), un petit truc viendra se taper l’incruste dans notre famille. Mais ce n’est pas si mal que ça, au final. Ça peut même être franchement cool.

Tomber enceinte, c’était peut-être imprévu. Mais je suis enceinte. Dans quelques mois, un petit être va venir au monde et va nous bouleverser. Pour le meilleur, comme pour le pire. Nous voulions un engagement moral et spirituel. Et finalement, cet enfant, c’est un peu tout ça. Un heureux événement.

Et toi ? Est-ce que ton bébé était prévu ? Si non, par quels sentiments es-tu passée ? Comment as-tu envisagé l’avenir avec cet enfant ? Viens nous en parler…

Toi aussi, ça te plairait de nous raconter ta grossesse mois après mois ? Toutes les infos pour devenir chroniqueuse grossesse, c’est par ici !

A propos de l’auteur

26 ans, mariée depuis quelques mois, en couple depuis six ans et maman d'un bébé chat et d'un bébé (plus si bébé) Cookie né en avril 2016, je suis prof de français pour migrants, optimiste, bordélique, passionnée de voyages, de contes, de cuisine et de tout ce que essayer de faire avec mes dix doigts, je fatigue (légèrement) mon entourage. Mais c'est souvent pour la bonne cause ! Pour me contacter : Instagram : @djawene Email : freesiabdv@gmail.com